Depuis le début de l'épidémie, Emmanuel Macron s'est exprimé sept fois devant les Français. La dernière allocution date du 31 mars 2021. MARTIN BUREAU / AFP
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Un an de communication de crise : l’exécutif face aux Français

Articulée depuis l’Antiquité sur l’évolution des formes politiques, l’historicité de la communication politique se vérifie à notre époque dans les métamorphoses du triptyque « politiques/médias/publics ». L’effet conjoint des innovations liées au numérique et celui la crise de confiance qui traverse nos sociétés font que, pour un exécutif démocratique tel que le nôtre, le défi est d’avoir une parole qui porte.

Les crises plurielles émaillant le mandat d’Emmanuel Macron nourrissent toute la verticalité si caractéristique de la Vᵉ République. Ce trait est d’autant plus mal vécu que le processus de désillusion présidentielle, dans l’opinion, est devenu préoccupant au fil des mandats.

Depuis février 2020, c’est la pandémie de Covid-19 qui contraint le plus nos dirigeants à des mises en scène plus ou moins virtuoses de leur action. En ce début avril 2021, l’horizon communicationnel est double pour le pouvoir : l’acceptabilité des mesures contraignantes qui persistent et la bataille de crédibilité politique qui éclot. S’entremêlent donc plus que jamais légitimité, autorité et conflit. Les caractéristiques de cette tragédie sanitaire disculpent dans une large part nos gouvernants en grande difficulté. Pour autant, ce pilier cognitif essentiel de la démocratie que constitue la confiance doit s’appuyer sur la consistance, la cohérence et la constance des mots du pouvoir. Alors que dire de la communication de crise de l’exécutif français depuis un an ?

Pédagogie et acceptabilité

Pour commencer à répondre, postulons deux choses. Premièrement, s’impose à nos dirigeants, au fil de cette crise, une information pédagogique sur les motifs objectifs justifiant les arbitrages qu’ils rendent (ex. éviter une saturation des services de réanimation). En second lieu, il leur faut s’assurer, par leur communication, de l’acceptabilité de leurs mesures dans le temps.

Ces deux figures imposées à l’exécutif exigent de lui de résoudre d’abord, par la concertation, la tension entre efficacité et consensus qui est inhérente à ce type de processus décisionnel qui associe politique et science. Elles exigent aussi du président de la République qu’il tienne ses promesses. Depuis février 2020, se sont succédé à Matignon deux styles successifs : une responsabilisation souvent pragmatique avec Édouard Philippe, une ligne plus anxiogène et culpabilisante avec Jean Castex.

À l’Élysée, domine une communication dont la théâtralité nécessaire mais obsédée par l’agilité du président, interroge. Au final, la communication de crise de notre exécutif compromet ses performances. Deux raisons interdépendantes peuvent expliquer cela.

Des techniques oratoires de persuasion souvent problématiques

Depuis un an, la rhétorique de l’exécutif tout entier s’est d’abord déclinée en une large palette de figures de style déroutantes mais censées dire tour à tour l’incertitude et la puissance. Ici se distinguent bien sûr la métaphore guerrière churchillienne, les anaphores et les psalmodies du président.

Également sa dramaturgie pétrie de paradoxes. Ainsi, ce « maître des horloges… arrêtées » a mobilisé les Français pour la guerre… en les confinant, avant de décréter la paix dans un vœu pieux lors de son interview du 14 juillet 2020 :

« Nous avons des résultats puisque l’on a réussi à endiguer le virus et retrouvé presque une vie normale. »

De même, les oscillations du verbe présidentiel entre verticalité et horizontalité-proximité, entre solennité et cartes postales sont apparues dès mars 2020 : allocutions officielles, tweets de soutien aux soignants, déplacements à répétition…

Cette démultiplication de lui-même et ses légèretés avec l’ethos présidentiel ont atteint leur paroxysme entre fin février et fin mars 2021 : le président plaisante avec McFly et Carlito avant de reverrouiller tout le pays.

Les youtubeurs McFly et Carlito réagissent au défi lancé par Emmanuel Macron.

Les ratés d’exécution

Mais c’est au sujet des ratés d’exécution récurrents sur les masques, tests et vaccins que les dénis de l’exécutif ont été plus médiatisés au fil des mois.

Le 18 mai 2020, la diffusion sur BFM du reportage « Au cœur de l’Élysée, face à la crise » comporte une séquence où le président se perd dans le sophisme au sujet du manque de masques. La mise en cause de Jérôme Salomon par le sénat sept mois plus tard en a été une réplique politico-médiatique embarrassante.

Le 29 décembre 2020, le ministre de la Santé disait « assumer » la lenteur de la vaccination par précaution. Au même moment le président de la République laissait fuiter dans les médias la colère qu’elle lui inspirait, alors qu’il avait lui-même décidé cette stratégie vaccinale eurocentrée.

Certes, à la faveur de cette crise sanitaire, le flux permanent jailli de la nouvelle socio-économie des médias interpelle comme jamais nos gouvernants. Néanmoins, du fait qu’elle occasionne une polyphonie dysfonctionnelle, la théâtralité de cette communication de crise ne cesse de nourrir en retour cette nuée informationnelle.

Une polyphonie dysfonctionnelle au sein de l’exécutif

Il se trouve que l’une des vertus de l’exécutif bicéphale de la Ve République consiste à lui permettre de se moduler selon deux registres de communication complémentaires : l’Élysée incarne et arbitre, Matignon explique et exécute.

Dans la gestion de la pandémie, ce modèle, que l’on peut qualifier de « gaullien », a laissé place à un plan de communication de crise aléatoire et qui révèle d’ailleurs les limites de la dimension logocratique (gouverner par les mots) de l’institution présidentielle.

L’interminable séquence autour de l’hypothèse du reconfinement, qui s’est étirée entre fin janvier et ce mercredi 31 mars 2021, l’a montré une fois encore de façon évidente. Pourquoi ?

La cause est entendue : « gouverner c’est paraître » indiquait Jean‑Marie Cotteret et la politique est un « spectacle en soi » rappellait Georges Balandier.

Sur cette scène, discours, gestuelles et productions textuelles ou iconiques se déploient tour à tour pour servir de supports de sens assurant la mise en visibilité de la communication et, si possible, sa consistance dans l’espace public.

Brouillage de parole

La relation est toujours déterminante entre le contenu d’un discours politique et son contexte social d’énonciation, singulièrement le régime médiatique dans lequel il s’inscrit. C’est en cela que, depuis février 2020, le plan-média du tandem exécutif apparaît souvent erratique.

Quel message solennel le président vient-il nous délivrer le soir du 2 février dernier, dans son « JT » inattendu ? Aucun, mais il brouille la parole gouvernementale.

Pourquoi Jean Castex vient-il le soir du 16 mars sur BFM veille d’un Conseil de défense où tout sera décisif ? Cette absence de répartition fonctionnelle des rôles entre l’Élysée et Matignon avait émaillé les deux premiers mois de crise en 2020.

Mais, comme l’a écrit Guillaume Tabard dans le Figaro à l’époque, c’est surtout la parole présidentielle qui avait été « plus répétitive que performative ».

Le lundi 13 avril 2020, il faisait sa quatrième allocution télévisée en un mois, un record sous la Ve République. En face, la communication gouvernementale technique et rigoureuse orchestrée par Édouard Philippe avait dessiné peu à peu un « point fixe » dans la gestion de la crise. Dès avril, et quels qu’en furent les contextes d’énonciation (conférence de presse, parlement, JT télévisé…), ses ressorts sémio-discursifs – processus selon lequel se manifeste une signification dans un texte, une image ou autre considérés eux-mêmes comme des discours – avaient pivoté autour de l’humilité, le principe de réalité et la responsabilité.

Ainsi, le 2 avril 2020 en duplex TV depuis Matignon :

« On est dans un moment où il faut être humble. Il n’y a pas de honte à dire qu’on ne sait pas quand on ne sait pas » ;

ou en conférence de presse le 19 avril :

« Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus » ;

Le 28 avril devant les députés :

« Un peu trop d’insouciance et c’est l’épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce ».

Édouard Philippe le 19 avril.

Un président incapable de nommer ce qui clive ?

Que conclure ? Toute crise majeure tend à fédérer les Français autour de leurs présidents de la République. Le défi de taille consiste cette fois à protéger cette efficience présidentielle des affres induites par la durée indéterminée de la pandémie. « Le maître du temps, c’est le virus », a reconnu Emmauel Macron le 15 mars dernier à Montauban.

Si la communication est la continuation de la politique par d’autres moyens, comme l’a écrit récemment Arnaud Benedetti elle est aussi comme elle « un art tout d’exécution ».

Le président de la République doit, plus que jamais, tenir l’opinion, tout en endiguant la pandémie. C’est la raison pour laquelle plus celle-ci perdure, moins il s’autorise deux postures : contraindre les Français et se déjuger. On peut toutefois s’inquiéter de sa difficulté récurrente à nommer tout ce qui clive un tant soit peu son auditoire (« frontières », « confinement », « passeport vaccinal »…).

Pour finir, notons que cette communication de crise doit nourrir aussi, pour Emmanuel Macron, la mise en forme persuasive d’un nouveau projet politique pour 2022. Sauf si, comme pour François Hollande et « l’inversion de la courbe du chômage », la campagne vaccinale ne signifie pas à temps la sortie du tunnel…

Isabelle Le Breton-Falézan, Maître de conférences, Sorbonne Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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