Urgence Ukraine : notre engagement solidaire
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Ukraine : 500 k€ de l’Idex pour l’accueil d'étudiants et chercheurs

« Les universités peuvent aussi, comme établissements autonomes, précéder des choix politiques et militer pour que des décisions raisonnables soient prises », déclare Guillaume Fiquet, vice-président de Sorbonne Université en charge des relations internationales et des partenariats territoriaux et socio-économiques, à News Tank, le 21/07/2022.

Il revient sur les actions prises par l’université en faveur des chercheurs et étudiants ukrainiens en exil depuis le déclenchement de la guerre fin février. « La protection temporaire a été accordée aux étudiants ukrainiens, mais dans un premier temps seulement aux déplacés après le 24/02, excluant de fait une population déplacée non ukrainienne mais francophone. Nous avons décidé de passer outre le message de cette première circulaire, il nous semblait que c’était notre rôle aussi de nous occuper de ces étudiants. »

Parmi les mesures prises par Sorbonne Université, le déblocage de 500 k€ sur les fonds Idex pour permettre des mesures d’accompagnement d'étudiants de l’université touchés par la crise, et l’accueil d'étudiants exilés. « En comparaison, la Région Île-de-France libère 1 à 1,5 M€, il y a donc actuellement peu de financements publics disponibles », pointe l’université.

Guillaume Fiquet précise : « Il s’agissait de répondre à une demande immédiate. Mais ces 500 k€ ne sont que la partie, certes importante, mais émergée de l’iceberg. »

Pour l’accueil d’étudiants en exil en 2022-2023, l’université a mis en place une procédure dédiée, « avec une adresse unique permettant d’envoyer un dossier unique », en parallèle de la procédure de Campus France.

Des mesures d’urgence et plus pérennes

Sorbonne Université rappelle avoir mis en place trois actions d’urgence au démarrage du conflit : 

  • Le retour en France de tous les étudiants en cours de cursus en Russie, à l’exception d’un étudiant binational franco-russe.
  • Le déploiement d’une aide matérielle et psychologique d’urgence aux membres de la communauté de SU touchés par cette crise, « sans aucune discrimination entre les ressortissants russes et ukrainiens, qui subissent les conséquences de cette guerre ». Sorbonne Université comptait au moment du déclenchement du conflit environ une centaine de personnels ou étudiants ukrainiens et plus de 200 étudiants et personnels de nationalité russe.
  • La suspension de toutes les coopérations institutionnelles avec la Russie (accords de formation, missions, séminaires communs, etc.), en cohérence avec la décision des États membres de l’Union européenne. « Ces mesures ont particulièrement impacté la faculté des lettres, notamment les CUF (Collèges universitaires français en Russie), mais aussi de nombreux laboratoires au sein de Sorbonne Université qui ont noué des liens forts avec des laboratoires de recherche russes. Sorbonne Université s’est, néanmoins, engagée à ce que les étudiantes et étudiants en bi-diplomation franco-russe puissent finaliser leur mémoire auprès des enseignants français de façon indépendante des CUF et le soutenir auprès de leur établissement de rattachement. »


Ouverture de places supplémentaires

L’université a aussi ouvert des places supplémentaires pour accueillir des étudiants ukrainiens, russes, biélorusses. « Pour la fin d’année universitaire 2021-2022, des mesures d’accueil d’urgence ont été établies avec le concours du Sial (Service d’innovation pour l’apprentissage des langues) et du DU Respé (diplôme universitaire de retour aux études supérieures des personnes exilées), permettant à des étudiantes et étudiants de prolonger leur séjour en France et de disposer d’un répit pour préparer l’année universitaire suivante. 45 places supplémentaires ont ainsi été financées au Sial pour les cours de FLE. »

Sorbonne Université a aussi soumis une quinzaine de dossiers au programme Pause « pour des séjours plus ou moins longs ».

Un accompagnement qui passe aussi par de l’aide en matière de logement : « Nous avons recensé des chambres disponibles dans les Crous, nous avons quelques chambres à la CIUP, notre service social a été très actif, et nous avons fait jouer tous nos réseaux, externes et internes, y compris informels. »

Une centaine d'étudiants déjà inscrits pour 2022-2023

Pour l’accueil d’étudiants en exil en 2022-2023, l’université a préféré mettre en place une procédure dédiée permettant d’avoir plus de renseignements sur le parcours des étudiants que ne le prévoit la procédure de Campus France, et de pouvoir mieux les aiguiller.

« Parfois des étudiants envoient un dossier pour des formations que nous ne dispensons pas, donc les équipes essaient de les renvoyer vers des établissements voisins. Il y a aussi un fil spécial pour les inscriptions en faculté de médecine, mais nous n’avons pas eu de demande. »

À fin juillet, l’université comptait :

  • « 128 contacts intéressés pour s’inscrire en faculté de sciences, et 72 dossiers déposés ce qui veut dire que certains partent vers d’autres établissements ou pays. Sur ces 72, la moitié est admise ou en cours d’inscription, l’autre étant toujours en examen par les services. Ce sont surtout des étudiants francophones qui étaient en cursus en Ukraine.
  • 25 candidatures en faculté de lettres, dont 24 ont été acceptées sur lesquelles 16 sont des étudiants ou étudiantes ukrainiens. Ce sont surtout des inscriptions en L1. »

Quant à une estimation globale, Guillaume Fiquet indique qu’elle est difficile à faire. « Pour l’instant nous n’avons pas l’impression d’être submergés par une vague de candidatures. Nous pourrons un peu pousser les murs s’il le faut, notamment pour augmenter les capacités du DU Respé et du FLE. Nous aviserons à la rentrée. Et il faut noter aussi qu’on commence à voir des retours en Ukraine, notamment des chercheurs dans le cadre de Pause. Ce qui est tout à fait compréhensible. »

Frais différenciés : « Ce serait cynique de leur imposer »

À la question de savoir si les étudiants ukrainiens, extracommunautaires, pourraient être exemptés de droits d’inscriptions différenciés, même au-delà des 10 % prévus par Bienvenue en France, Guillaume Fiquet indique : « Cela me paraîtrait très cynique de leur imposer ces frais, mais c’est un point que nous n’avons pas encore abordé en instance. Ce serait déraisonnable de ne pas les exonérer. Et comme j’ai l’impression qu’on n’a pas une vague incontrôlable, cela devrait être gérable. Quand on sera obligé de faire des choix, on verra. »

Relations avec la Russie : « Les universités seront sûrement les premières à opérer la reprise de contacts »

« De plus en plus de demandes d’enseignants-chercheurs nous parviennent pour savoir s’ils peuvent accueillir des étudiants, doctorants ou post-docs de nationalité russe. Dès le début, Sorbonne Université a été claire : il est hors de question de réduire l’accueil à un simple critère de nationalité. Quand les étudiants étaient en difficulté financière, nous n’avons pas regardé de quelle nationalité ils étaient. Et quand on regarde les motivations des étudiants russes qui veulent nous rejoindre, on voit que certains indiquent être en désaccord avec leur pays et c’est bien de les aider à franchir le pas », indique le VP.

Il précise : « À titre individuel, comme E-C, on peut garder des liens avec des collègues russes avec qui on a toujours travaillé, mais dès lors qu’il s’agit de relations partenariales ou d’accords de co-tutelle ce n’est plus possible pour le moment. »

« Un jour, ces relations reprendront, et les universités seront surement les premières à opérer cette reprise de contacts, car le tissu académique et universitaire perdure. Et ce sont des tissus solides pour le partage de certaines valeurs. Ces relations sont souvent passées par-delà les conflits, même si aujourd’hui nous sommes sévèrement empêchés. »

Une recomposition des équilibres mondiaux en cours

Pour Guillaume Fiquet, cette guerre montre déjà des impacts à plus long terme. « Après le 24/02/2022, il y a eu une recomposition des équilibres mondiaux, qui a également touché les universités. Avec l’idée que du point de vue des relations internationales, les universités doivent choisir ou rechoisir des partenaires en qui elles ont confiance. »

Selon lui, cette confiance s’est opérée déjà au sein de l’Europe : « À Sorbonne Université, nous l’avons vu avec le renforcement de notre alliance européenne. Mais nous avons observé aussi un nouvel intérêt du Canada à notre endroit, ainsi que de l’Australie qui montre son désir de retisser des liens forts avec des universités européennes, sans parler des États-Unis très présents à nos portes. »

Il ajoute toutefois que tous les pays ne se sont pas encore positionnés, « notamment en Amérique latine et Afrique ».

Alliance 4EU+ : un appui aux universités de Varsovie et Prague

« Je me suis déplacé dans des universités partenaires de 4EU+ : beaucoup étaient sous le coup de la sidération, notamment celles de Varsovie et Prague, qui ont été dans l’immédiat dans une gestion plus sanitaire que pédagogique », raconte Guillaume Fiquet. Il indique que le sujet fait l’objet de discussions régulières entre les membres afin de travailler ensemble sur cette dimension.

« L’idée est que ces deux universités soient le point d’entrée des étudiants ukrainiens, mais pas l’unique destination. Les autres universités membres de l’alliance doivent ainsi pouvoir accueillir des étudiants ukrainiens dès lors que les capacités maximales seront atteintes dans ces deux universités. Le mouvement de solidarité prendra de l’ampleur à la rentrée. »

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