Sara Labrousse

Sara Labrousse

Chercheuse en biologie marine et nageuse artistique

Le sport m'a appris la persévérance et à ne pas me décourager au premier obstacle. 

Après une carrière de nageuse artistique qui la mènera jusqu’aux Jeux Olympiques, Sara Labrousse n’a pas quitté son élément de prédilection : l’environnement aquatique. Désormais chargée de recherche en biologie marine à Sorbonne Université, elle revient sur son parcours de haut niveau. Immersion dans l’excellence académique et sportive.

Spécialiste du monde marin, Sara Labrousse plonge dans le grand bain dès son plus jeune âge. Alors qu’elle traverse déjà les piscines en apnée à quatre ans, elle intègre le club de natation artistique d’Antibes à huit, le Pôle espoirs de Hyères à 14, et le pôle national de l'équipe de France à 17. Elle gravit tous les échelons, intègre l’Insep1 et obtient le titre de championne de France solo en 2008.

Nager entre deux eaux

Pendant ses études, la nageuse profite des aménagements prévus pour les sportifs de haut niveau. D’abord au lycée, puis à la faculté des Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université. « J'ai bénéficié de toute l'approche sport de haut niveau de l'université. J’ai eu le droit à du soutien scolaire, à un aménagement de mon emploi du temps, au rattrapage de certains cours ou examens avec des enseignants, etc. », indique la nageuse. Et ces adaptations lui sont indispensables : durant sept ans, ses journées sont rythmées par quatre à six heures d’entraînement à l’Insep le matin, les cours à l’université l’après-midi et deux heures d'entraînement le soir. Jonglant entre compétitions, préparation sportive et révisions, ces week-ends ne sont guère plus reposants. « Cela nécessite d’avoir une très bonne organisation et une excellente hygiène de vie. Si on ne dort pas, on se blesse. C’est beaucoup de sacrifices, mais on n'a rien sans rien », affirme avec détermination la jeune chercheuse.

Après un baccalauréat scientifique avec mention et une licence en science de la vie, elle choisit de rester dans son élément en suivant le master océanographie et environnement marin de Sorbonne Université. Une thématique à laquelle elle a très tôt été sensibilisée, durant son enfance à Antibes, au bord de la Méditerranée. « Les milieux marins m’ont toujours passionnée et je savais depuis longtemps que je ne voulais pas travailler dans le sport. Faire des études en parallèle, c’est beaucoup de pression et de fatigue, mais cela apporte aussi un certain équilibre et une échappatoire quand cela ne va pas à l'entrainement », raconte la chercheuse. La logistique s’est compliquée en master quand il a fallu suivre des enseignements dans les stations marines : « J'ai donc fait mon master 1 en deux ans et regroupé tous les enseignements que je ne pouvais faire à Paris la première année ». Car un objectif bien plus grand l’attendait l’année suivante : celui des Jeux Olympiques de Londres de 2012.

Atteindre les sommets

Durant des mois, la nageuse enchaîne les entraînements et les compétitions pour atteindre, avec sa partenaire, Chloé Willhelm, l’objectif qu’elle s’était fixé : la finale olympique. « Nous avons fait notre meilleure performance en finale. C'était un moment très fort car je savais que c'était la dernière fois que je nageais dans un bassin de compétition. J’arrêtais ensuite ma carrière sportive », se rappelle la chercheuse. Des JO, elle garde le souvenir du partage autour du sport et de ses valeurs : le dépassement de soi, la solidarité, la collaboration, l'égalité entre les peuples : « tout le monde est logé de la même façon au village olympique », souligne-t-elle. Elle se souvient aussi de la joie collective immense qu’elle a ressentie et la fierté d'être allée au bout de soi-même. « Le sport forge une personnalité à vie. On va si loin dans ses limites psychiques et physiques que cela apprend à résister », ajoute-t-elle.

Après cette aventure humaine hors du commun, elle se focalise sur sa carrière scientifique. Elle termine son master et poursuit en doctorat. « Sorbonne Université m'a octroyé une bourse de thèse exceptionnelle car je n'ai pas pu passer les concours de sélection de l'école doctorale qui avaient lieu pendant les JO de Londres », précise-t-elle. Elle fait sa thèse au Locean2 en cotutelle internationale avec l'Australie. Elle étudie l'écologie alimentaire des éléphants de mer sur la banquise en Antarctique. Trois ans plus tard, fraichement diplômée, la docteure en biologie marine part en campagne en mer, puis entame un post-doctorat aux USA : « Je cherchais à comprendre comment l’évolution de la banquise, suite au changement climatique, influence les populations de prédateurs en Antarctique, et en particulier les manchots empereurs qui en dépendent. » 

Plonger dans la recherche

De retour au LOCEAN à l’été 2020, elle oriente ses recherches sur l'écologie alimentaire des phoques. En parallèle, elle se prépare pour un nouveau défi : le concours d’entrée au CNRS. « Même si je ne souhaite plus me confronter à la compétition telle que je l’ai vécue dans le milieu sportif, il est vrai que le sport m’a énormément aidée. Le concours CNRS est un long processus qui demande beaucoup d'investissement et de motivation. Il y a des moments très difficiles où il faut continuer à gérer beaucoup de choses en même temps. Le sport m'a appris la persévérance et à ne pas me décourager au premier obstacle. » 

Et c’est une nouvelle fois victorieuse qu’elle sort de cette épreuve en décrochant en 2021 un poste de chargée de recherches CNRS. Depuis, elle se consacre à l’étude d’une petite crevette, le krill, un maillon essentiel de la chaîne alimentaire en Antarctique pour comprendre l’influence des changements de la banquise et de la variabilité climatique sur les mammifères et oiseaux marins du continent austral.

Pour cela, elle part régulièrement en campagne en mer. Elle se prépare d’ailleurs à retourner, cet automne, en Terre Adélie pendant deux mois et demi, après une courte escale en Australie. « C’est une expérience extraordinaire de traverser ces endroits si impressionnants, paradisiaques où l'empreinte de l'Homme est très faible. Mais, j’ai parfois un sentiment ambivalent : celui d’une extrême liberté, et celui d’être parfois de trop dans ces espaces où l'empreinte des scientifiques existe, malgré toutes nos précautions », confie-t-elle avant de rappeler l’importance de réaliser ses recherches pour comprendre les effets du changement climatique sur la banquise et ses populations.


1 Institut national du sport, de l'expertise et de la performance

Laboratoire d'océanographie et du climat (Sorbonne Université, CNRS, MNHN, IRD, IPLS)

 

Crédits photos : Mike Lucibella

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