Olivier Adam

Olivier Adam

Bioacousticien, spécialiste du son des cétacés

Chacune des 89 espèces de cétacés émet des sons qui lui sont propres

Baleines bleues, bélugas, dauphins et autres rorquals… Depuis 2001, le bioacousticien Olivier Adam est à l’écoute des 89 espèces de cétacés aujourd’hui recensées autour du globe au sein de l’équipe Lutheries-Acoustique-Musique (LAM) de l’Institut Jean Le Rond d’Alembert (Sorbonne Université/CNRS). Essentiel pour prendre le pouls de ces mammifères, chaque année plus menacés. 

En 1988, toute une génération de spectateurs découvrait souvent pour la première fois le chant étrange des baleines devant le Grand Bleu de Luc Besson grâce à la musique d’Éric Serra. Trente-quatre ans plus tard, l’océan est hélas de plus en plus exploité et la situation des cétacés n’a jamais été aussi fragile, alerte Olivier Adam : « Le phénomène n’est pas nouveau. Les lamentins avaient déjà disparu de Guadeloupe au début du XXe siècle et d’autres espèces comme le dauphin de Chine sont déjà éteintes aujourd’hui. La pression est extrême partout. Chaque année on tue 100 000 cétacés dans l’océan Indien et la situation est aussi plus préoccupante dans l’Atlantique nord. Quand j’ai commencé à travailler en 2002, on y recensait encore 650 baleines franches. Il en reste moins de 400 en dépit des mesures de protection ». Même chose pour les 74 dernières orques résidentes du Sud, des épaulards surveillés comme du lait sur le feu par les associations de défense de la nature sur la côte ouest du Canada. Et la liste est longue… 

Le temps de Moby Dick et des grandes chasses à la baleine est pourtant (presque) révolu, 70 ans après la création de la Commission baleinière internationale en 1946. Pourquoi les populations de cétacés basculent-elles l’une après l’autre dans la zone rouge ? « La chasse n’est plus le premier problème », confirme Olivier Adam en évoquant une série de menaces qui commence avec la surpêche. « Dans l’histoire, on n’a jamais autant puisé dans les stocks halieutiques que depuis dix ans. Cette surexploitation peut détruire les populations de cétacés directement, lorsque les animaux se prennent dans les filets, soit indirectement avec la destruction des écosystèmes marins ». Et la surpêche n’est qu’une des menaces qui pèsent sur les cétacés, également touchés par la pollution au plastique, des sacs qui se retrouvent dans leur système digestif en passant par les microparticules qu’ils ingèrent en se nourrissant de krill, ces crevettes dont raffolent les baleines. 

Un phénomène d’autant plus préoccupant que l’acidité des océans, renforcée par le réchauffement climatique, réduit encore les quantités de krill disponibles : « Ce n’est pas un hasard si le béluga qui a remonté la Seine cet été est mort de faim », explique Olivier Adam avant d’évoquer une autre série de menaces, toutes d’origine humaine : le trafic maritime et le lot de collisions qui l’accompagne, les bruits liés aux sonars, aux éoliennes off-shore ou à l’utilisation d’engins explosifs pour des prospections pétrolières et géophysiques sous-marines…

Écouter pour comprendre

Face à un tableau passablement sombre, que peut la recherche ? Informer sur les états passés, présents et futurs des océans, indique Olivier Adam, actuellement engagé dans trois projets de recherche – les relations mère-baleineau chez les baleines à bosse, les interactions sociales et acoustiques des cachalots, et l’étude des paysages sous-marins. « Nos travaux ont malheureusement peu d’impact sur les décisions politiques et les États jouent la montre. Nous sommes pris dans une machine implacable qui ne s’arrête pas, l’industrie se développe jusque dans des zones où elle était absente… » 

Désespérant ? Oui, mais pas désespéré, insiste le chercheur pour qui une meilleure connaissance des cétacés reste indispensable. « Un baleineau qui naît peut vivre une centaine d’année, mais on le connaît mal parce que suivre et observer des cétacés n’est pas facile. Ils ne font pas surface pour vous rendre service… En les écoutant, on peut en revanche avoir une idée plus précise de leur état, de leurs trajets, de leurs migrations et de leurs comportements », explique Olivier Adam dont le travail à l’Institut Jean Le Rond d'Alembert sous tutelle de Sorbonne Université et du CNRS, permet ainsi de mieux évaluer la population de baleines à bosse présentes autour de Madagascar pour rafraîchir des données vieilles de vingt ans. « La science propose des systèmes d’observation et un suivi dont peuvent ensuite s’emparer les associations, les bénévoles, les chercheurs et le grand public pour pousser les décideurs à prendre des mesures de protection ou de décision destinées à sauvegarder telle ou telle espèce. » 

Un travail de fourmi qui porte parfois ses fruits : avec d’autres, les recherches menées pendant quatre ans par Olivier Adam à la Guadeloupe pour recenser les espèces présentes autour de l’île a contribué à la création en 2010 du sanctuaire Agoa, une aire marine protégée dédiée à la conservation des mammifères marins et inaugurée en 2010 aux Antilles françaises. « Quand vous comprenez que c’est fait, c’est le plus beau jour de votre vie. C’est un symbole, mais c’est un symbole important ». 

Mal de mer et balises flottantes

Que peut apprendre un acousticien à l’écoute des baleines ? « Chacune des 89 espèces de cétacés émet des sons qui lui sont propres. Analyser leurs émissions sonores permet de les détecter à distance et d’estimer leur localisation. Dans le cas des baleines bleues de l’Antarctique, nous sommes parvenus à identifier les migrations d’animaux que nous n’avons jamais vu… ». Paradoxal et un peu frustrant sans doute, surtout quand on souffre du mal de mer comme Olivier Adam… « Au départ, je partais pour de longs voyages », sourit l’acousticien. « Mais construire des bases de données n’est pas facile. Même lorsqu’on aperçoit les animaux qu’on veut écouter, prendre des données dans la nature ne va pas de soi. On ne peut faire aucune mesure s’il y a du vent ou de la pluie. » 

Alors depuis 2005, Olivier Adam travaille pour l’essentiel depuis Paris en s’appuyant la plupart du temps sur des relais locaux comme à La Réunion, à Madagascar ou à la Guadeloupe : « Nos partenaires là-bas travaillent sur la base de protocoles précis pour recueillir des données sur place de façon bien plus efficace. » Ailleurs, comme à Saint-Pierre et Miquelon, les conditions météo sont telles que l’équipe de recherche s’appuie plutôt sur des hydrophones qui passent quatre à six mois dans l’eau, avant d’être récupérés pour livrer des données qui seront analysées a posteriori.

L’accent des baleines

Toutes sont précieuses pour mieux comprendre le fonctionnement de mammifères marins encore mal connus, explique Olivier Adam : « On apprend sans cesse. Nous avons pu établir que les baleines à bosse ont un dialecte différent selon la région où elles évoluent : celles de l’océan Indien n’émettent pas les mêmes sons que celles de l’Atlantique ou du Pacifique nord. On parvient même à descendre au niveau du clan : chaque groupe d’orques de Colombie-Britannique produit des sons qui lui sont propres. Descendre au niveau de l’individu est en théorie possible. » 

Et d’ajouter : « On sait que chez les dauphins, certains individus produisent des sifflements individuels caractéristiques et c’est peut-être le cas pour les cachalots et les baleines à bosse mais c’est plus compliqué à mettre en évidence : il faudrait pouvoir les observer pour associer tel son à tel individu ». Une bonne raison d’oublier son mal de mer pour repartir ?
 

Olivier Adam a été le conservateur de l’exposition Baleinopolis qui s’est tenue au Palais de la Porte Dorée en 2019. Il a été l’un des membres du comité scientifique de l’exposition Musicanimale, présentée à la Philharmonie de Paris jusqu’au 29 janvier 2023. 

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