Anahide-Kefelian

Anahide Kéfélian

Docteure 2017, lauréate d’une bourse européenne Marie Skłodowska-Curie IF

Expérimenter un post-doctorat à l’étranger est presque indispensable pour avoir du recul sur la recherche menée en France, d’avoir d’autres approches et ainsi obtenir une ouverture d’esprit.

Anahide Kéfélian a effectué sa thèse dans l’école doctorale Mondes anciens et médiévaux. Elle a soutenu sa thèse en mars 2017 et est actuellement en post-doctorat au cabinet des médailles du Musée de l’Ashmolean de l’Université d’Oxford, où elle étudie la circulation des monnaies romaines dans le Royaume de Grande Arménie.  

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?
Anahide Kéfélian : J’ai fait un master sur l’archéologie et les mondes anciens à l’université Lumière Lyon 2. Je me suis spécialisée sur l’Arménie ancienne car je souhaitais étudier les interactions entre l’Empire romain et ses zones périphériques. Le Royaume de Grande Arménie s’étendait de l’actuelle République d’Arménie, à une partie de la Turquie, de l’Azerbaïdjan et dans une moindre proportion de la Géorgie et de l’Iran. Dans le cadre du master, j’ai étudié les sources disponibles en l’absence de sources contemporaines arméniennes et je me suis tournée vers les sources romaines. En première année de master, j’ai par conséquent étudié les sources numismatiques (l’étude des monnaies) nous transmettant les événements relatant des contacts entre le Royaume de Grande Arménie et l’Empire romain mais aussi la perception de l’Arménie et des Arméniens. En deuxième année, j’ai continué avec l’épigraphie notamment l’étude des inscriptions grecques et romaines.

Pourquoi avoir choisi Sorbonne Université pour votre doctorat ?
A.K. : Pour un suivi en thèse, un spécialiste de l’Arménie ancienne était indispensable et c’est à Sorbonne Université que je l’ai trouvé en la personne du professeur Giusto Traina qui est rattaché au Laboratoire Orient et Méditerranée*.

Quel était votre sujet ?
A.K. : Mon sujet de thèse traitait des interactions politiques, militaires et culturelles entre l’Empire romain et le Royaume d’Arménie. C’était une thèse transdisciplinaire qui se fondait à la fois sur la géopolitique, l’histoire, l’archéologie, et la linguistique. Je me suis rendue sur place plusieurs fois pour cataloguer les artefacts témoignant de ces contacts et plus particulièrement les monnaies et les inscriptions grecques et latines. J’ai également travaillé sur l’aspect linguistique par l’intermédiaire de l’étude des transferts du latin ou grec à l’arménien ancien, appelé grabar. Suivant cette étude linguistique, j’ai ensuite poursuivi mon étude avec une étude sociologique, ethnologique et linguistique pour essayer de comprendre l’origine de ces transferts. La thèse était un premier échelon visant à faire état de la question et à projeter les études à effectuer dans le futur.

Après votre soutenance, qu’avez-vous entrepris ?
A.K. : J’avais comme projet de postuler à une bourse post-doctorale européenne Marie Curie. Le dépôt a lieu une fois par an en septembre et nous avons la réponse courant février de l’année suivante. En attendant de déposer le dossier, j’ai saisi une opportunité offerte par la Direction de la Recherche de la faculté des Lettres de Sorbonne Université et j’ai accompagné les laboratoires et unités de recherche dans l’élaboration des dossiers et la visite de du HCERES dans le cadre de l’évaluation quinquennale. Cette expérience enrichissante m’a permis de voir ce qui est attendu de la part des chercheurs et des directeurs de laboratoires. La charge de travail était tellement importante que j’ai finalement repoussé la demande de financement Marie Curie à l’année suivante. En 2018, j’ai fait une première tentative mais malgré de très bons résultats, je n’ai pas été retenue. Ces bourses sont très compétitives avec environ de 8 % à 13 % de taux de réussite et nécessite de postuler à plusieurs reprises. J’ai peaufiné ma candidature et postulé une deuxième fois en 2019, ma candidature a été acceptée en février 2020.

En post-doctorat, vous approfondissez encore le sujet. En quoi cela consiste-t-il ?
A.K. :
Le projet Roman Coin Circulation in Ancient Armenia (ROCCAA)**  vise à étudier la circulation des monnaies romaines dans le Royaume de Grande Arménie. Après le règne du roi arménien Tigrane II (95-55 av. J.-C.), la production de monnaie arménienne se raréfie. J’étudie l’introduction des monnaies romaines parmi d’autres types de monnaies qui supplantent la monnaie arménienne. Pour mener à bien mon étude, j’ai répertorié toutes les monnaies romaines, arméniennes, parthes, sassanides, etc. accessibles découvertes dans le territoire du Royaume de Grande Arménie. Je collecte ces données, je réalise un catalogue de monnaies qui sera publié à l’issue de mon post-doctorat et suivi d’une analyse sur la circulation monétaire. Mon but est de comprendre quand les monnaies romaines ont été introduites, dans quel cadre (militaire ou économique), quelle a été l’évolution en fonction des changements géopolitiques et quel type de monnaie romaine (monnaies d’or, d’argent, ou de bronze) était prépondérante en Arménie. J’étudie aussi les provenances géographiques de ces types et analyse le tout pour voir s’il y a des tendances visibles. Cela doit faire appel à l’histoire, archéologie, la numismatique mais aussi les statistiques et le SIG (Système d’Information Géographique). Il est néanmoins important de garder à l’esprit que ce qui est retrouvé sur les sites aujourd’hui est le reflet partiel de ce qui circulait à l’époque ancienne.

Comment se passe votre post-doctorat ?
A.K. :
Pour mener à bien mon étude, les meilleures universités et équipes se trouvent à l’Université d’Oxford sous la direction de Chris Howgego. Avec la COVID et afin de minimiser les effets collatéraux, j’ai reculé le début de mon post-doc de 6 mois et je suis arrivée en octobre 2020.  Malgré les difficultés pour voyager, je me suis rendue sur les terrains de recherche à deux reprises afin d’élaborer mon catalogue de monnaies. Mes données enregistrées ont permis d’alimenter deux projets internationaux hébergés à Oxford avec d’une part le Roman Hoards of the Roman Empire (CHRE) et prochainement le Roman Provincial Coinage (RPC). Le premier projet répertorie tous les trésors de l’Empire et de ses périphéries et le second enregistre les monnaies provinciales romaines. En contrepartie, j’acquière de nouvelles compétences. Par exemple, j’ai appris à rédiger en anglais académique qui est bien différent de l’article académique rédigé en français.

Quels sont vos projets pour la suite ?
A.K. :
Deux possibilités s’offrent à moi : soit je reste en Angleterre et je postule pour être Fellow, actuellement je suis seulement Junior Research Fellow, soit je postule à une bourse européenne qui s’appelle ERC Starting Grant (European Research Council). Les ERC Starting Grant s’adressent à des chercheurs qui ont entre deux à sept ans d’expérience après leur soutenance de thèse. Ce sont des projets très compétitifs de 5 années avec 2,5 millions d’euros à la clé. Mon projet viserait à étudier de la circulation monétaire dans tout le Caucase et Sud-Caucase pendant l’Antiquité.

Quel est votre projet professionnel ?
A.K. :
J’aimerais postuler au CNRS. Le travail à mener est tellement important que j’aimerais pouvoir créer plus tard une équipe pluridisciplinaire sur cette thématique. Ce qui manque, c’est de créer un réseau et une équipe de recherche pluridisciplinaire sur l’Arménie pour tirer de nouvelles données sur cette région. En l’absence de textes littéraires conservés, nous devons recourir à des études pluridisciplinaires. De nombreuses disciplines y compris les sciences dures sont utiles pour restituer les données et le cadre de vie. Je pense aussi notamment à la carpologie (l’étude des graines), la palynologie (l’étude des pollen), à la géomorphologie (étude des paysages) ou bien les SIG (Système d’Information Géographique) qui ne cessent de se développer. Toutes ces sciences peuvent agrémenter la connaissance de l’Arménie ancienne ou de ses voisins.

Selon vous, quel est l’intérêt de postuler à une bourse Marie Curie pour les jeunes chercheurs ?
A.K. :
Expérimenter un post-doctorat à l’étranger est presque indispensable pour avoir du recul sur la recherche menée en France, avoir d’autres approches et ainsi obtenir une ouverture d’esprit. J’encourage les jeunes docteurs à postuler aux bourses Marie Skłodowska-Curie qui offrent une expérience exceptionnelle. C’est une bourse prestigieuse, un tremplin pour l’avenir. Elle permet d’obtenir un fond à la mobilité alloué afin de participer à des conférences, séminaires ou encore pour faire son terrain de recherche. Postuler donne également une expérience dans le dépôt de ce type de projet avec une terminologie à acquérir. Pour vous aider, vous pouvez assister à des séminaires sur le montage du projet, faire relire le projet par quelqu’un qui a lui-même une bourse, qui connait le jargon. J’ai moi-même relu des projets et je peux encore le faire. L’apprentissage du langage permet aussi d’envisager de postuler à des financements internationaux plus importants encore.

* Orient & Méditerranée est une Unité Mixte de Recherche, UMR 8167 en Sciences historiques, philologiques et religieuses, associant le Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS, Sorbonne Université, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’École Pratique des Hautes Études et le Collège de France.
'**The project leading to this application has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme under the Marie Sklodowska-Curie grant agreement No 892180.


Pour en savoir plus

Anahide Kéfélian sur la page du Wofson college
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