Chloé Bertolus

Figure de la chirurgie maxillo-faciale

J’aime opérer. Il y a une immédiateté dans le geste chirurgical et sa récompense qu’est la guérison du patient.

Après l’attentat de Charlie Hebdo et l’opération de Philippe Lançon, elle est devenue le visage de cette spécialité méconnue du grand public qu’elle veut voir considérée à sa juste valeur.

Alors qu’elle entame son déjeuner avec une amie, Chloé Bertolus est appelée en urgence au bloc opératoire du pavillon Gaston Cordier, à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Aucun autre chirurgien maxillo-facial n’est disponible. Elle abandonne son amie et son repas pour reprendre son service. Arrivée au bloc, elle découvre un patient blessé par balle au visage. C’est Philippe Lançon, un des rédacteurs du journal satirique Charlie Hebdo qui vient d’être attaqué. Nous sommes le 7 janvier 2015.

La blessure du journaliste ? « Un ‘petit’ traumatisme balistique, raconte Chloé Bertolus. Cela paraît bizarre de dire ça mais ce n’était pas un de ces patients qui nous poussent aux limites de ce que l’on sait faire ». C’est l’ambiance qui est alors très particulière : snipers sur le toit, le GIGN à l’entrée du bloc… « J’avais l’impression d’opérer comme si nous étions en état de guerre. » D’ordinaire, ses patients sont plutôt remuants, des voyous pris dans une rixe ou des malades de cancers liés à l’alcool et au tabac. « Le service a vécu une paix royale durant cette période ! »

C’est cette opération et le livre que Philippe Lançon en tirera qui les mettront sous les projecteurs, elle et sa discipline (encadré). Méconnue du grand public et absente des enseignements de nombreuses facultés de médecine françaises, la chirurgie maxillo-faciale est aujourd’hui le sacerdoce de la chirurgienne. Une passion qui n’allait pas de soi.

Le doute et la conviction

« Je n’ai jamais eu de vocation chevillée au corps, avoue Chloé Bertolus avant de poursuivre avec une anecdote. Une de mes tantes m’a raconté que quand j’avais quatre ans, elle était malade et je lui aurais dit qu’un jour je serais médecin et que je la soignerais ». Née en 1971 en région parisienne, elle grandit à Chambéry élevée par sa mère, professeure en lycée technique. Brillante, elle est toujours première de sa classe. « Et pour couronner le tout, je suis gauchère ! J’ai toujours eu une sensation de différence qui a mis du temps à me quitter. »

Sa mère rencontre ensuite son beau-père, un ingénieur des télécommunications qui l’élève comme sa propre fille. Le travail de ce dernier conduit la famille en Grèce, en Colombie avant d’atterrir à Londres, où la jeune Chloé Bertolus obtient son baccalauréat scientifique option mathématiques avec mention, au lycée français Charles de Gaulle, en 1989. Toutes les portes lui sont ouvertes.

Exit maths sup, HEC et khâgne, ce sont les humanités qui l’intéressent, en particulier la philosophie et l’histoire. Ses parents de nouveau sur le départ, elle décide de se fixer à Paris pour étudier la médecine. « Je sentais qu’ils attendaient de moi une perspective sérieuse et rassurante pour eux. » Bosseuse, elle obtient sa première année à la faculté de Médecine de l’hôpital Necker. Elle ne quittera plus la capitale.

En 1995, elle passe une première fois l’Internat mais n’est pas assez bien classée pour continuer à Paris dans les disciplines cliniques. « Je suis un peu orgueilleuse, je voulais être interne des hôpitaux de Paris. » Elle retente, avec succès, le concours en 1996, après avoir pris un poste en santé publique au Centre international de l’enfance pour ne pas perdre une année.

Bien classée cette fois, elle choisit la médecine interne et passe par les meilleurs services de maladies infectieuses et d’endocrinologie de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Mais elle s’ennuie. Elle teste alors la chirurgie maxillo-faciale pendant un semestre et en sort avec une certitude : c’est son avenir. « J’aime opérer. Il y a une immédiateté dans le geste chirurgical et sa récompense qu’est la guérison du patient. » Elle intègre pour cela, en 2003, le meilleur – et le plus conséquent – service de France, celui de la Pitié-Salpêtrière, rattaché à Sorbonne Université, en tant que cheffe de clinique.

Le goût des autres

Une fois en poste, Chloé Bertolus choisit de mettre aussi sa chirurgie au service de patients de pays manquant de praticiens spécialisés. Avec le chirurgien dont elle était l’interne, elle part plusieurs fois par an en Jordanie, au Brésil et, depuis cinq ans, au Sénégal.

Mais la pratique ne lui suffit pas, elle aspire aussi à une carrière universitaire. Depuis 2005, elle a entamé une thèse de neurosciences, dans l’équipe du Centre européen de recherche en viro-immunologie (aujourd’hui Centre international de recherche en infectiologie) qui a développé un modèle de souris ne produisant pas d’acéthylcholine, un neurotransmetteur impliqué dans les fonctions musculaires et cérébrales. « C’est tout l’intérêt d’une thèse lorsque l’on est médecin, faire de la recherche fondamentale sur un sujet qui n’a rien à voir avec ce que l’on fait au quotidien. » Elle la soutient en 2010 puis obtient son habilitation à diriger des recherches en 2013 et poursuit depuis des travaux de recherche en cancérologie au Centre Léon Berard, à Lyon.

Et puis il y a l’enseignement. « La raison pour laquelle on reste à l’hôpital c’est la transmission. » Devenue maîtresse de conférences en 2011, elle n’aime que les cours magistraux en amphithéâtre, dont elle regrette la disparition progressive. Elle prend en charge la quasi-totalité des cours de sa spécialité qu’elle donne aux étudiants en troisième année à Sorbonne Université, fait salle comble à chaque fois grâce aux étudiants plus âgés venus réviser pour l’internat. « Ce sont de très grands moment. Lors de mes premiers cours, le fait de les préparer m’amenait à comprendre des choses que je ne maîtrisais pas. Avec l’explication venait la compréhension. » Et c’est encore vrai aujourd’hui : « Apprendre un geste à un interne m’oblige à mettre des mots sur des actes que je faisais intuitivement ou que je copiais sans y avoir réfléchi. Le bénéfice de la transmission pour l’enseignant réside dans cette clarification et cette systématisation des idées. »

Elle prend aussi le temps d’enseigner en écoles d’infirmières, de siéger au Directoire de Sorbonne Université, au Conseil de faculté de la Pitié-Salpêtrière et à la Commission hospitalo-universitaire. En 2015, elle est nommée professeure des universités.

Distinction inattendue

Le 1er janvier 2019, à 47 ans, elle prend les rênes du service de chirurgie maxillo-faciale de la Pitié-Salpêtrière. Quelques mois plus tard elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur, une décoration qu’elle doit, selon elle, à feu l’ancien ministre socialiste Michel Charasse, qu’elle a opéré. « Je l’ai dédiée à mon service et à ma discipline, que ça a mis en avant une nouvelle fois. À titre personnel, cela n’avait aucun sens mais il ne faut pas bouder son plaisir ! »

Que lui reste-t-il à accomplir ? « Je ne me suis jamais projetée, les choses sont très souvent arrivées à moi. Je ne suis pas du tout stratège, c’est probablement un défaut, mais je peux être une tacticienne. » La recherche ? « Il est sûr que je continuerai à suivre des étudiants en thèse parce que ce qui en ressort nous donne le courage de prendre en charge des patients en cancérologie avec l’espoir qu’un jour on comprendra les mécanismes de leurs maladies et que l’on saura les prévenir et les guérir sans opérer. »

Discipline d’avenir

Des événements comme la tuerie de Charlie Hebdo en 2015 ou la première greffe partielle de visage au monde en 2005, au CHU d’Amiens, braquent sporadiquement les projecteurs sur la chirurgie maxillo-faciale. « On retombe vite dans l’oubli car notre discipline ne compte qu’une trentaine d’enseignants en France », selon Chloé Bertolus. C’est pourtant la deuxième spécialité chirurgicale choisie à l’internat depuis 7 ans. Un engouement qui permettra, selon la chirurgienne, de repeupler certaines régions de France dépourvues de spécialistes de sa discipline.

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