15 MAR 2018
Juliette Dross
Juliette Dross - © Céline Rabaud / Sorbonne Université

Juliette Dross

Juliette Dross est maître de conférences à l'UFR de latin et organisatrice du concours "Fleurs d'éloquence"

Quelles sont vos missions au sein de la faculté des Lettres ?

Maître de conférences en lettres, j’enseigne en licence et en master au sein de l’UFR de latin (littérature, histoire des idées, rhétorique et philosophie romaine) et conduis des recherches dans le domaine de la rhétorique et la philosophie romaines. 

A quels publics vous adressez-vous? 

Dans ma recherche comme dans mon enseignement, j’ai à cœur de varier les publics auxquels je m’adresse et de faire connaitre au plus grand nombre la philosophie romaine ou l’art de la rhétorique et de la prise de parole en public. 

J’interviens dans le cadre de la formation continue, où je propose des formations à un public professionnel. J’anime également des séances lors de l’Université d’été de Sorbonne Université auprès d’un public international. De manière générale, je m’attache à faire rayonner la faculté des Lettres de Sorbonne Université en France et à l’étranger.

Pouvez-vous revenir sur le concours "Fleurs d’éloquence" que vous avez mis en place à Sorbonne Université ? 

Au-delà de mes différentes missions, je dirige depuis trois ans l’organisation du concours "Fleurs d’éloquence". Destiné à tous les étudiants de Sorbonne Université, quels que soient leur niveau et leur discipline, il est précédé d’une formation d’une vingtaine d’heures visant à apprendre aux étudiants les fondamentaux de l’art oratoire. 

Quel est l’objectif de ce concours ?

Le concours et la formation "Fleurs d’éloquence" contribuent à donner aux candidats des outils qui leur seront précieux dans leur vie étudiante et professionnelle : s’exprimer en public, défendre une position, convaincre un auditoire sont autant de compétences indispensables, quels que soient la voie ou le métier choisis. 

Les étudiants des autres facultés de Sorbonne Université participent-ils à ce concours ?  

Je me félicite du succès grandissant de ce concours, qui accueille des étudiantes et des étudiants de plus en plus nombreux de la faculté des Sciences et de la faculté de Médecine. 

Qu’en est-il de la place des femmes en rhétorique ? 

Je me réjouis en particulier que beaucoup d’étudiantes y participent : aujourd’hui, l’art oratoire est souvent associé à des figures masculines, telles Martin Luther King, Kennedy, Churchill, Obama, Badinter.

Souhaitons que demain, cette liste contienne au moins autant de noms de femmes ! La participation importante des étudiantes à la formation et au concours "Fleurs d’éloquence" est le signe d’une féminisation prometteuse de la rhétorique.

Véronique Leblond
Véronique Leblond - © Sorbonne Université

Véronique Leblond

Véronique Leblond est cheffe du service d’hématologie clinique et cheffe du pôle oncologie à La Pitié-Salpêtrière. Elle est aussi vice-présidente du groupe français FILO (French Innovative Leukemia Organisation) qui réunit plus de 90 centres impliqués dans la recherche sur les leucémies.

Pourquoi avoir choisi des études médicales ? 

Après mon bac scientifique, je n’avais pas particulièrement la vocation. J’ai choisi médecine parce que j’aimais les sciences.

Rétrospectivement, je pense que je n’aurais rien pu faire d’autre qui me plaise autant. J’ai fait mes études à La Pitié où j’ai rencontré Jacques-Louis Binet en hématologie. C’est lui qui m’a décidée à choisir cette spécialité. Il a été mon mentor. 

Avez-vous eu des modèles féminins ?

Il n’y avait pas beaucoup de modèles féminins à l’époque, même si dans le service de Jacques-Louis Binet, il y avait plus de femmes qu’ailleurs. Il a d’ailleurs nommé successivement trois femmes professeurs agrégées en hématologie. 

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant que femme dans votre carrière ?

Celles de toutes les femmes en médecine : mener de front une carrière et une vie de famille. J’ai trois enfants. C’était donc un peu compliqué, mais j’ai eu la chance d’avoir un mari qui m’a toujours soutenue.

Quelles responsabilités occupez-vous aujourd’hui ?

Je suis chef de service en hématologie et chef de pôle en cancérologie à la Pitié. Je travaille pour l’Assistance Publique et dirige également une commission sur la recherche clinique en cancérologie. Je préside aussi depuis 2005 un groupe de recherche sur les hémopathies. 

Occuper de telles responsabilités a valeur d’exception pour une femme médecin ?

Cela tend à se développer, mais c’est un cursus contraignant. Il faut parfois partir à l’étranger pendant plusieurs années pour faire une thèse, voyager souvent pour donner des conférences. Et il faut concilier tout cela avec la vie de famille. Ce sont de vraies contraintes. Mais en tant que femmes, nous avons aussi notre part de responsabilité. Les femmes se mettent trop souvent en retrait, s’autocensurent. Il faut changer les esprits. Les femmes doivent oser se mettre en avant.

Les mentalités bougent doucement, mais si la médecine se féminise, les postes à responsabilité restent encore très masculins.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui veut entrer dans la profession ?

Il ne faut pas se mettre de barrière, ne pas se dire : "j’adore cette spécialité, mais je ne vais pas la choisir parce qu’elle est trop chronophage". On s’adapte. Il faut foncer, faire ce qu’on aime et se dire qu’on va y arriver.

Pour en savoir plus : 

Véronique Leblond et al., « Les femmes médecins aujourd'hui : l'avenir de la médecine ? », Les Tribunes de la santé 2014/3 (n° 44), p. 43-49. DOI 10.3917/seve.044.0043

Hélène Dumontet
Hélène Dumontet - © Sorbonne Université

Hélène Dumontet

Hélène Dumontet est professeure des universités en mécanique. Elle est directrice de la licence de mécanique et co-responsable du cursus master en ingénierie.

Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours ? 

Mon orientation n’était pas très réfléchie au départ. Après le bac, je voulais être institutrice. J’ai finalement choisi de suivre un parcours universitaire. J’ai fait deux années assez générales en sciences à l'UPMC d'alors. J’ai ensuite suivi une licence de mathématiques et une maîtrise de mathématiques appliquées. J’ai découvert la mécanique en DEA. Après ma thèse, j’ai intégré directement le CNRS comme chercheuse. Puis, j’ai choisi de me tourner vers l’enseignement et j’ai obtenu un poste de professeure des universités en mécanique. 

Y avait-il autant de femmes professeures en mécanique quand vous étiez étudiante ?

A l’époque, il y avait paradoxalement plus de femmes professeures des universités en mécanique que maintenant. Elles étaient 8 à l'université, alors qu’aujourd’hui je suis la seule. Cela s’explique entre autre par le fait qu’une partie des écoles normales supérieures étaient encore réservées aux filles avec des concours distincts de celui des garçons. La majorité des professeurs venaient de ces écoles.

Avez-vous dû affronter en tant que femme des difficultés particulières dans votre carrière ?

Je n’ai pas eu de difficultés particulières, mais je pense que j’ai bénéficié d’un moment privilégié : le monde de la recherche n’était pas aussi concurrentiel que maintenant. Malgré tout, j’ai choisi de m’orienter vers l’enseignement, d’abord et avant tout parce que j’aimais transmettre, mais aussi parce qu’être chercheur impliquait de fortes contraintes en termes de mobilité. J’avais une vie de famille, des enfants et c’était difficile de concilier les deux. 

Quelles sont vos responsabilités aujourd’hui ?

Je suis directrice de la licence de mécanique et co-responsable du cursus master en ingénierie. Au nom de la parité, je me retrouve aussi dans de nombreuses commissions car nous manquons de femmes dans cette discipline. En siégeant au Conseil National des Universités, j’ai pu d’ailleurs constater que, si environ 35% des maîtres de conférences en mécanique sont des femmes, au niveau des postes de professeurs des universités, on tombe à 15%. 

Quelle est la part des filles dans les études de mécanique à Sorbonne Université ? 

Il y a environ 25% de filles sur une promotion de licence. En revanche, dans le cursus master en ingénierie qui est un parcours sélectif, on arrive à 40% voire 50%. Il y a 10 ans, il y avait beaucoup moins de filles. Cela évolue dans le bon sens.

Comment attirer davantage les filles dans ces formations ?

Il faut mettre à jour l’image de la discipline. Avant la mécanique était tournée vers la mécanique automobile. Aujourd’hui, c’est plutôt les énergies nouvelles, l’aéronautique, l’ingénierie pour la santé... Or les filles sont attirées par ces innovations au service des hommes et de la planète. Il faut continuer à véhiculer cette image. La recherche a besoin de profils féminins.