Raphaël Cannone

Raphaël Canonne

Etudiant en médecine et membre du Y20 2026

Les jeunes doivent pouvoir co-construire les politiques qui les concernent.

Entretien

Étudiant en sixième année de médecine à Sorbonne Université, Raphaël Canonne représentera la France au Y20, le sommet des jeunes du G20, qui se tiendra à Washington du 10 au 14 août 2026. Engagé depuis plusieurs années dans la diplomatie sanitaire internationale, il défend une vision de la santé globale où les jeunes ont toute leur place dans les espaces de décision.

Étudiant en médecine, vous êtes très engagé dans la diplomatie sanitaire internationale. À quel moment avez-vous eu envie d'agir aussi sur les politiques publiques ?

Raphaël Canonne : J'ai commencé mes études de médecine en Nouvelle-Calédonie, dont je suis originaire, avant de poursuivre mon cursus à Paris dans le cadre d'un partenariat universitaire. Mon intérêt pour la diplomatie sanitaire s'est construit progressivement. Mon expérience d’un semestre en Erasmus+ en quatrième année de médecine au Chili m'a fait prendre conscience que la médecine ne se pratiquait pas partout de la même façon. Cela m’a ouvert à une vision plus internationale de la médecine. J'ai ensuite rejoint l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), où j'ai été élu vice-président aux affaires internationales. J'y représentais les 90 000 étudiantes et étudiants en médecine français auprès de la Fédération internationale des associations d'étudiants en médecine (IFMSA), qui rassemble des organisations de 140 pays et représente près de 1,5 million d'étudiants. J’ai alors commencé à échanger avec des jeunes du monde entier, confrontés à des réalités parfois très différentes, mais aussi à des problématiques communes. J'ai compris que la santé ne se limitait pas à la pratique clinique et me suis intéressé à la santé publique, puis aux questions de santé globale.

Par la suite, j'ai eu l'opportunité de représenter directement l’IFMSA dans des instances professionnelles nationales et internationales, notamment à l'Assemblée mondiale de la santé. Pendant plusieurs années, j'ai assisté à des réunions de haut niveau où se discutent des sujets majeurs de santé mondiale. Cela m'a permis d'observer le fonctionnement concret de la diplomatie sanitaire, mais aussi de porter la voix des étudiantes et étudiants en médecine, et plus largement de la jeunesse, sur des enjeux qui les concernent directement.

Vous avez également développé des liens avec l’Institut de santé globale de l’Alliance Sorbonne Université. Comment cette collaboration est-elle née ?

R. C. : La santé globale offre une vision systémique et permet de comprendre les déterminants sociaux, économiques, environnementaux ou politiques de la santé. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la possibilité d'agir sur des problématiques qui dépassent les frontières nationales et qui touchent des populations entières. Lorsque j'ai voulu organiser une conférence sur ces thématiques pour les étudiants de Sorbonne Université, j'ai rencontré le professeur Juan-Fernando Ramirez, directeur général de cet institut. Nous avons beaucoup échangé et il a immédiatement soutenu ma démarche. 

L’Institut de Santé globale et Sorbonne Université m'ont soutenu dans ce cadre à diverses occasions et de diverses manières, y compris financièrement, comme lorsque je me suis rendu à l'Assemblée mondiale de la santé. J'y représentais à la fois l'Institut, mais aussi les valeurs d'engagement et d'ouverture internationale que Sorbonne Université défend auprès de ses étudiantes et étudiants.  

Vous allez participer au Y20 cet été. Pouvez-vous nous ce que c’est et quel sera votre rôle ?

R. C. : Le Y20 est le sommet officiel des jeunes du G20, de la même manière que le Y7 est celui du G7. Il fait partie des groupes d'engagement qui accompagnent les grands sommets internationaux. L'objectif est de réunir des jeunes des 20 pays membres afin qu'ils élaborent ensemble des recommandations destinées aux chefs d'État et de gouvernement. La délégation française compte cinq jeunes au Y20, chacun chargé d'une thématique spécifique : environnement, énergie, IA... Pour ma part, je travaille sur les questions de santé globale et de sécurité alimentaire.

Pendant plusieurs mois, nous travaillons sur des propositions, que nous discutons et développons avec des jeunes, des experts et des organisations concernées. Puis, nous les négocions avec nos homologues des autres pays afin d'aboutir à un consensus de recommandations. À l'issue du sommet du Y20, qui se tiendra cette année à Washington, ces recommandations seront transmises officiellement aux dirigeants du G20.

Notre objectif est de faire émerger des idées, de nourrir les débats et d'influencer concrètement les priorités politiques en faveur des problématiques et solutions de la jeunesse, en espérant que les chefs d'États se saisissent de certaines de nos recommandations.

Quels sujets vous semblent aujourd'hui les plus urgents pour la jeunesse mondiale ?

R. C. : La santé mentale est l'un des sujets majeurs. En France comme ailleurs, les jeunes sont particulièrement touchés. Dans le monde étudiant, et notamment en médecine, les niveaux de souffrance psychologique sont préoccupants.

L'autre grand sujet sur lequel je travaille est l'obésité. En Nouvelle-Calédonie, près de 40 % de la population est concernée. C'est une maladie chronique qui favorise de nombreuses complications, notamment cardiovasculaires et certains cancers. Il existe de plusieurs leviers d'action, notamment en matière de prévention ou de politiques publiques.

Enfin, j'aimerais attirer davantage l'attention sur les « épidémies silencieuses ». Nous parlons beaucoup des crises qui font la une des médias, mais moins de problèmes qui causent pourtant des millions de morts chaque année. L'antibiorésistance en est un exemple. Si rien ne change, elle pourrait provoquer près de dix millions de décès par an d'ici 2050 selon les projections de l'OMS. Pourtant, le sujet reste relativement peu connu du grand public. La pollution de l'air constitue également un enjeu majeur, avec environ sept millions de décès par an dans le monde. Ces problématiques méritent une attention politique beaucoup plus importante.

Pourquoi est-il important que des jeunes siègent dans ces espaces internationaux de décision ?

R. C. : Les décisions prises dans ces instances auront des conséquences majeures pour les générations futures. Ma conviction est simple : les jeunes doivent pouvoir participer à la construction des politiques qui les concernent. Nous apportons une expérience différente, des préoccupations spécifiques et une connaissance directe des réalités quotidiennes que vivent nos générations. Cette diversité de points de vue est indispensable à la qualité des décisions.

Quelles difficultés rencontre-t-on quand on arrive très jeune dans ces espaces ?

R. C. : Lorsque j’ai participé à mes premiers congrès internationaux, j’avais à peine 21 ans. La principale difficulté était d’être pris au sérieux. On est souvent perçu comme un observateur ou un apprenti, alors que les jeunes engagés consacrent des mois de travail à se former, à préparer leurs interventions et à développer une véritable expertise sur les sujets qu’ils défendent.

Une autre difficulté notable est le "tokénisme", c'est-à-dire une diversité de façade où l'on est invités non pas pour l'apport réel de nos contributions, mais plutôt pour la jeunesse que l'on représente sans qu'on nous laisse d'opportunité d'expression, de décision ou d'impact. Heureusement, les choses évoluent et la place des jeunes dans ces instances progresse, mais cet équilibre reste fragile, c'est un enjeu majeur pour l'avenir.

Quand vous êtes dans une salle avec des diplomates, des ministres ou des experts internationaux, vous sentez-vous encore étudiant ?

R. C. : Je me sens un étudiant pleinement engagé. Même lorsque je participe à des réunions avec des ministres, des diplomates ou des experts internationaux, je garde à l’esprit que je retourne ensuite en stage à l’hôpital, auprès des patients, et que je poursuis mes études comme tous les autres étudiants. Pour moi, l’engagement doit rester complémentaire du parcours universitaire et s’inscrire dans un équilibre entre terrain et action publique.

Que représente pour vous la participation au sommet de l’Y20 ? 

R. C. : D’abord une formidable opportunité d'apprentissage. Travailler aux côtés de jeunes aux profils très différents m'a permis de découvrir des sujets que je connaissais peu, qu'il s'agisse de finance internationale, de transition écologique, d'intelligence artificielle ou encore de sécurité internationale. Ces échanges ont considérablement élargi ma compréhension des grands enjeux mondiaux.

Au-delà de l'enrichissement personnel, c'est aussi une occasion exceptionnelle de porter la voix de la jeunesse dans des espaces où se construisent des recommandations destinées aux dirigeants du G20. Peu de jeunes ont la possibilité de participer à ce type de négociations internationales et de défendre des propositions sur lesquelles ils travaillent depuis plusieurs années. Sans prétendre représenter l'ensemble de la jeunesse française, j'essaie de porter les préoccupations et les idées des nombreux jeunes que j'ai rencontrés au cours de cette préparation. C'est à la fois un honneur, une responsabilité et une opportunité unique.

Comment voyez-vous la suite de votre engagement ? 

R. C. : Mon engagement ne s'arrêtera pas à la fin du sommet. Les recommandations élaborées dans ce cadre ont vocation à continuer d'être portées au niveau national, auprès des responsables politiques, des administrations, des parlementaires et des médias. L'objectif est que ces idées puissent trouver des applications concrètes bien au-delà du cadre du G20. 

Sur le plan personnel, je vais terminer ma dernière année d’externat de médecine avant de commencer l'internat. J'en profiterai pour effectuer un stage de médecine, cet été, à Tokyo grâce aux partenariats internationaux de Sorbonne Université. Je prévois également de réaliser un stage à l'Assemblée nationale auprès d'un député afin de découvrir de l'intérieur le fonctionnement des politiques de santé. Quelle que soit la spécialité que je choisirai, je souhaite conserver ces deux dimensions : le contact avec le terrain et la réflexion sur les grands enjeux de santé parce que les meilleures politiques de santé sont souvent celles qui restent connectées à la réalité des patients.