Pascal Giat
Chef de service CIFRE à l'ANRT
La CIFRE permet de découvrir la recherche dans des contextes très différents, mais toujours appliqués.
Pascal Giat
Docteur en 1995 en physique et acoustique, Pascal Giat est chef de service CIFRE à l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie). La CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche) est un dispositif qui renforce les échanges entre les laboratoires de recherche publique et les milieux économiques privés, favorise l'emploi des docteurs dans les entreprises et contribue au processus d'innovation des entreprises établies en France.
Un parcours entre science fondamentale et innovation dans l’imagerie médicale
Titulaire d’une maîtrise en physique fondamentale obtenue à l’université Paris 7, Pascal Giat s’est orienté vers la physique appliquée en intégrant un DEA de physique acoustique. Il poursuit son parcours académique par une thèse de doctorat à Sorbonne Université qu’il soutient en 1995. Ses travaux de recherche s’inscrivent dans le champ de la physique des ondes ultrasonores, plus précisément dans l’analyse de la propagation des ultrasons dans les milieux hétérogènes multiphasiques, avec une application biomédicale directe à la caractérisation osseuse. L’objectif était d’élaborer un protocole ultrasonore capable de diagnostiquer l’ostéoporose de manière non invasive, en se focalisant notamment sur le calcanéum (os du talon).
À la suite de sa soutenance, Pascal Giat prolonge ses travaux via une mission post-doctorale appliquée, en lien avec l’hôpital Cochin. En 1997, il intègre l’entreprise Diagnostic Medical Systems (DMS) à Montpellier, chargée d’industrialiser le prototype issu de ses recherches doctorales. Ce transfert technologique débouche sur un produit commercialisé dans plus de 50 pays, primé par l’ANVAR1 pour son caractère innovant. Il y occupe un poste de responsable des applications avancées.
Après cette première expérience dans l’industrie, il rejoint en 1999 GE Healthcare, où il développe pendant quatorze ans une carrière axée sur l’interfaçage entre recherche et développement, marketing clinique et utilisateurs finaux. Il y exerce différentes fonctions : directeur des applications avancées pour la région Europe-Afrique-Moyen-Orient en imagerie scanner, puis directeur marketing en oncologie et en cardiologie interventionnelle au niveau mondial. Son rôle s’inscrit alors dans une démarche de valorisation technologique des dispositifs d’imagerie médicale (scanner, rayons X, échographie, IRM, etc.) à travers la consolidation des usages cliniques, l’analyse de la concurrence, la remontée terrain auprès de certains médecins (notamment les Key Opinion Leaders) et la participation au développement produit.
De l’imagerie médicale mondiale à l’accompagnement des talents scientifiques
Après une riche expérience dans les domaines de la cardiologie et de l’oncologie chez GE Healthcare, Pascal Giat prend un tournant décisif en rejoignant l’univers de l’innovation et de l’entrepreneuriat scientifique. Ce virage s’est amorcé lorsqu’il a été sollicité en tant que coach pour les 24 heures chrono de l’entrepreneuriat, un programme audacieux porté par l’ANRT2. Inspiré des hackathons universitaires, ce format original réunit des doctorants en convention CIFRE autour d’un défi de taille : concevoir en 24 heures, sans dormir, un concept de produit innovant, en allant du prototypage à l’élaboration d’un plan de développement, en passant par une veille technologique et commerciale, ainsi qu’un business plan à trois ans.
Ces contacts avec l’ANRT furent décisifs. Lorsqu’il apprend que le poste de chef du service CIFRE se libère, il n’hésite pas à contacter la personne en poste – qui deviendra plus tard déléguée générale de l’association – et qui l’avait recruté comme coach quelques années plus tôt.
Depuis novembre 2016, Pascal Giat s’est pleinement investi dans cette nouvelle mission. En tant que chef du service CIFRE depuis neuf ans, il a non seulement encadré et développé les 24 heures chrono en France – avec trois éditions, avant l’arrêt imposé par la crise sanitaire – mais aussi à l’international, notamment en Inde et en Australie. Une manière de faire rayonner ce dispositif unique et de soutenir la créativité et l’esprit entrepreneurial des jeunes chercheurs, tout en consolidant les passerelles entre monde académique et sphère industrielle.
L’avenir du dispositif CIFRE dans le contexte actuel de recherche et d’innovation
Pascal Giat se montre résolument optimiste quant à l’avenir du dispositif CIFRE. Son point de vue s’appuie à la fois sur les retours très positifs des utilisateurs et sur le soutien constant de l’État, qui accompagne ce programme depuis maintenant 44 ans. Selon lui, ce dispositif est unique au monde. S’il existe des mécanismes similaires à l’international, aucun ne reproduit exactement le modèle français du format CIFRE.
L’ANRT, association loi 1901 à but non lucratif et entièrement privée, est mandatée par l’État pour gérer ce dispositif. Ce n’est pas son activité principale, mais cette mission s’inscrit pleinement dans son rôle au service de ses membres, qui représentent environ les trois quarts des forces de recherche françaises, publiques comme privées. L’ANRT bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale : de nombreux pays – le Brésil, la Tunisie, le Maroc, le Canada, l’Australie, ou encore l’Espagne – se montrent intéressés pour l’adapter à leur propre contexte. Le Maroc, par exemple, travaille à la mise en place d’un programme similaire, en lien avec l’ANRT via le programme Transmaroc.
Cependant, dans le contexte économique actuel, certains freins apparaissent. Les entreprises rencontrent des difficultés à recruter des candidats adaptés aux projets CIFRE, malgré un vivier croissant de doctorants et de docteurs. Cette pénurie met en lumière des lacunes structurelles dans les formations, dès le secondaire : déficit d’expression, manque d’aptitudes analytiques ou de concentration… Autant de signaux qui soulignent un besoin de repenser la préparation à la recherche et à l’innovation.
En parallèle, des mesures concrètes sont en cours pour renforcer l’attractivité du doctorat. Une mission dédiée, conduite par Sylvie Pommier et Xavier Lazarus, a récemment proposé des actions pour mieux valoriser le doctorat au sein de la société et, surtout, dans le monde de l’entreprise. Car aujourd’hui, seuls 16 % des chercheurs en entreprise sont titulaires d’un doctorat. Le reste est principalement composé d’ingénieurs. Pour Pascal Giat, il est essentiel de favoriser une meilleure reconnaissance du doctorat dans le secteur privé et d’encourager l’intégration de docteurs au cœur des activités de recherche et de développement industriel.
1 Agence nationale de valorisation de la recherche.
2 Association Nationale de la Recherche et de la Technologie.