Marie-France Dignac
Chimiste et spécialiste de la pollution par les plastiques
On essaie aussi de lutter contre la désinformation, car il y a beaucoup de déni de la part des pays qui sont opposés au traité mondial contre la pollution plastique.
Directrice de recherche sur la biologie des sols à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et membre de l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (IEES-Paris), un organisme rattaché à Sorbonne Université, Marie-France Dignac est spécialisée dans l’étude de l’impact des microplastiques sur les sols. En plus de ses nombreux travaux de recherche, elle consacre une partie de son temps aux négociations du traité mondial contre la pollution plastique.
Une chercheuse sur tous les fronts. Depuis 2023, Marie-France Dignac a participé à presque tous les cycles de négociations du traité mondial contre la pollution plastique. Spécialiste des microplastiques et de leur impact sur le vivant dans les sols, cette directrice de recherche à l’INRAE a contribué à un certain nombre de notes de synthèse à partir de ses différents travaux. « On essaie aussi de lutter contre la désinformation, car il y a beaucoup de déni de la part des pays qui sont opposés au traité », glisse Marie-France Dignac.
« Le sol est un grand réservoir de carbone »
Formée à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles (ESPCI) de la ville de Paris, Marie-France Dignac s’est intéressée aux sujets liés à l’environnement au cours de son master 2. En 1998, elle soutient une thèse de chimie à Sorbonne Université, alors université Pierre et Marie Curie, sur les caractéristiques de la matière organique au cours du traitement des eaux usées. Elle poursuit ensuite un post-doctorat sur la pollution des sols à l’université technique de Munich. En 2001, elle rejoint l’INRAE, dans le département AgroEcosystem, sur des sujets liés à l’agriculture et à l’environnement.
Au cours de ses recherches, elle développe des outils de biogéochimie pour comprendre le fonctionnement des sols et, en particulier, le cycle des éléments carbone et azote dans les sols. « Et aussi pour comprendre le rôle de petits animaux comme les vers de terre sur cette dynamique du carbone. Le sol est un grand réservoir de carbone. À partir d’un site expérimental que j’ai étudié, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de marqueurs chimiques qui ne provenaient pas de matières naturelles, mais de matières synthétiques, de polymères de polystyrène en particulier. Et on s’est demandé comment ces microplastiques étaient arrivés dans les sols », explique Marie-France Dignac.
À partir de ces questions, elle lance le projet Plastisol, financé par l’ADEME, qui cherche à développer des méthodes de quantification des microplastiques dans les sols ainsi qu’à évaluer leurs impacts sur la vie du sol, notamment les vers de terre et les escargots.
En parallèle, et en appui du premier, elle travaille sur le projet e-DIP, financé par l’Agence nationale de la recherche et l’ADEME, qui évalue l’ampleur de la menace de la pollution plastique, y compris celle des additifs, sur la dégradation des sols. « On a travaillé avec des chimistes pour fabriquer des polyéthylènes dont on connaît la composition, pour en étudier un sans additif ou avec différentes teneurs en additifs. Car il n’y a pas de transparence sur la composition des plastiques : c’est un secret industriel qui constitue un frein pour la recherche », déplore Marie-France Dignac.
La science de plus en plus prise en compte
En 2023, la chercheuse a rejoint le comité de direction de la Coalition des scientifiques pour un traité efficace sur les plastiques. Cette organisation, qui regroupe des expertes et experts de nombreux pays, vise à produire des notes d’information et des synthèses afin d’apporter des connaissances scientifiques sur les plastiques, à destination des négociatrices et négociateurs du traité mondial contre la pollution plastique. « Mon rôle consiste à informer les délégués qui négocient le traité et à m’assurer que leur position est en accord avec les connaissances scientifiques. On a aussi la possibilité d’intervenir pour souligner les faits scientifiques. L’idée, c’est que les pays prennent en compte les connaissances scientifiques pour que le traité soit vraiment efficace pour éliminer la pollution plastique », précise Marie-France Dignac.
Après cinq sessions de négociations sous l’égide des Nations unies, ainsi qu’une ultime tentative en août dernier, l’objectif d’obtenir un traité ambitieux et juridiquement contraignant n’a pas été atteint. Pour Marie-France Dignac, ces cycles de discussions ne constituent pas un échec, mais un premier pas vers une meilleure prise en compte de la science dans les décisions politiques. « Les pays ont refusé un texte qui ne contenait pas les éléments essentiels, comme un article sur la réduction de la production, qui ne parlait pas des substances chimiques des plastiques, et qui ne parlait pas de la santé humaine. La Chine, par exemple, a reconnu que le problème était plus complexe que ce qu’elle croyait. Elle pensait que c’était un problème de gestion des déchets, alors qu’il faut revoir tout le cycle du plastique, en particulier la production. C’est plutôt bon signe que les pays comprennent l’enjeu, et c’est normal que les négociations continuent. Donc, il faut rester positif », estime la directrice de recherche.
Guillaume Sergent