Julien Féré
Docteur 2013 et partner chez Onepoint
Ce qui me réjouis, c’est de rendre possible l’incarnation concrète d’idées dans la réalité.
Julien Féré après une thèse CIFRE et 12 ans d’expérience en agence de communication, est passé par SNCF puis a été recruté dans le cabinet de conseil Onepoint, il y a 4 ans. Boulimique de travail, il est aussi professeur associé au CELSA où il enseigne et est chercheur au laboratoire du CELSA, le GRIPIC. Il a également éditorialisé sa thèse au sein de la collection « Les dessous de » qu’il a créé en 2020 et qui traite marketing et de communication en construisant des ponts entre recherche et monde professionnel.
Julien Féré, comment êtes-vous arrivé en thèse ?
JF : J’ai rencontré mon sujet de thèse quand j’étais en master 1 au CELSA. J’étais en stage à France Télécom à la direction du marketing. Nous étions en 2005-2006. L’entreprise vendait des téléphones portables et pour se différencier des autres opérateurs, avait comme stratégie, de proposer des séries limitées. Elle demandait aux fabricants de créer des modèles dédiés. Pour ce faire, tous les ans, la société achetait des cahiers de tendances à des cabinets de style comme Peclers, Carlin, Nelly Rodi. Ces cabinets prédisent 4 ans à l’avance les couleurs, textiles, formes et matières qui vont inspirer les collections de mode. J’ai trouvé cet univers fascinant et impensé.
Quel est votre sujet de thèse ?
JF : Le titre de ma thèse est « Construction d’un objet de recherche, étude d’un dispositif d’interprétation, de mise en relation de la réalité matérielle et imaginaire et de communication ». Un ouvrage en a été tiré : Les dessous des tendances – quand l’éphémère fait avancer le monde. J’ai créé un maillage théorique autour de ce terme à partir des théories des sciences de l’information et de la communication (et plus généralement des sciences humaines) pour pouvoir le travailler du point de vue des médiations, de la circulation des tendances dans la société à travers ces cahiers professionnels, à travers le bruit médiatique et à travers les productions faites par les professionnels de l’apparence. J’ai importé des théories qui n’avaient pas été appliquées au sujet des tendances pour pouvoir comprendre le phénomène.
Vous avez effectué une thèse en CIFRE, pourquoi et comment ?
JF : Je voulais garder le lien entre le monde de la recherche et le secteur privé et créer des dialogues entre ces deux mondes. C’est d’ailleurs toujours ce qui m’anime. J’ai monté ce projet avec ma directrice de thèse Karine Berthelot-Guiet rattachée au GRIPIC et Euro RSCG C&O, une agence de communication devenue Havas Paris en 2012. Cette agence n’avait jamais recruté de CIFRE. Je travaillais 2 mois en entreprise et 2 mois sur ma thèse. Cela me permettait d’avoir de grands moments où je pouvais m’immerger dans le monde de la recherche qui est un monde différent en termes de temporalité par rapport à l’entreprise. J’avais besoin de temps pour me mettre à l’écriture et à l’analyse pour obtenir un résultat opérant. D’un côté, je créais des tendances en tant que planneur stratégique et de l’autre j’analysais comment elles circulaient, à quoi elles servaient et j’observais les rapports de force existant entre les différents professionnels. Trois ans n’ont pas suffi pour finaliser cette thèse. Je l’ai continué en parallèle de ma vie professionnelle, en y travaillant sur mon temps libre. Je l’ai soutenu en janvier 2013, 6 ans après l’avoir commencée.
Quel a été votre parcours après avoir quitté Euro RSCG C&O ?
JF : Au total, j’ai travaillé 12 ans en agence, toujours sur du planning stratégique. J’ai notamment travaillé pour Publicis puis WPP. J’ai dirigé, ensuite, pendant 4 ans, la communication des marques SNCF. J’ai créé le nom OUiGO et TGV INOUI. Il y a 4 ans, ma route a croisé Onepoint, un cabinet de conseil et je suis devenu partner en charge des sujets marketing et communication.
En quoi consiste votre métier ?
JF : Je suis à la fois directeur marketing & communication et consultant sur des missions clients. En tant que directeur marketing & communication, mon métier est de construire la marque et de gérer les interfaces entre celle-ci et ses publics. J’ai réalisé très récemment une mission client pour un concurrent de la SNCF qui se lancera sur les rails atlantiques en 2028. Avec mon équipe, j’ai créé la marque, elle s’appelle Velvet. J’ai élaboré ses codes, son logo et elle a été lancée le 1er juillet. Ce que j’aime dans mon métier c’est qu’il mêle le stratégique et l’opérationnel. Pour créer un nom de marque, c’est de la réflexion, il faut faire du positionnement, c’est très contraint juridiquement et en même temps, j’écris des communiqués de presse, je crée des événements. Ce qui me réjouis, c’est de rendre possible l’incarnation concrète d’idées dans la réalité.
Parlez-nous de Onepoint
JF : Onepoint est un cabinet de conseil spécialiste de l’accompagnement des ruptures technologiques. C’est une entreprise française créée il y a presque 25 ans par David Layani. Elle compte actuellement environ 4000 talents. C’est une entreprise qui se développe à l’international et qui opère sur tous les secteurs de la consommation : la banque assurance, les médias, l’entertainment. Tout mon travail est de mettre en avant la différence du modèle Onepoint. Ce qui fait sa spécificité est sa manière de faire les choses. Les profils recrutés chez Onepoint ont une forme d’agilité, ils sont capables de passer d’un sujet à l’autre. Nous faisons collaborer ensemble des profils techs et stratégiques pour monter des équipes inédites, tout en étant en avance sur les ruptures technologiques : IA, Cloud, cybersécurité etc.
Selon vous, quelles sont les compétences développées en doctorat qui vous sont encore utiles à l’heure actuelle ?
JF : Une des compétences majeures est la capacité à structurer la pensée. Quand quelqu’un rédige une thèse, cela demande d’avoir une capacité projective de structuration de la pensée assortie d’une capacité d’organisation du travail sur plusieurs années. Une autre qualité est une forme d’endurance voire de pugnacité car la thèse se travaille dans la durée. Faire un doctorat demande également des capacités pédagogiques. Nous sommes en permanence en train de raconter ce que nous faisons et de passer dans des échelles de discours très différentes. Entre le discours écrit de la thèse qui s’adresse à des spécialistes et un livre de vulgarisation ou une autre présentation, nous devons raconter la même chose mais différemment. Cela demande une capacité à adapter le discours, très précieuse en entreprise.
Quels conseils souhaiteriez-vous donner à des doctorants ou doctorantes ?
JF : Le dispositif CIFRE est un beau dispositif, il est très sous-utilisé en sciences humaines et sociales. C’est une vraie piste de financement. Cela demande de faire de la pédagogie pour trouver l’entreprise mais cela permet d’avoir des terrains au plus près du monde professionnel. La deuxième chose est de ne pas perdre de temps. La structuration du début de doctorat c’est-à-dire le fait de poser les hypothèses, de structurer la réflexion, est essentielle pour les années suivantes.
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Pour en savoir plus :
Portrait de Julien sur le site de Onepoint
Vidéo interview sur Youtube
Sujet de thèse