Gabrièle Lienhard

Gabrièle Lienhard

Doctorante en neurosciences et premier prix du jury de la finale régionale MT180

Rendre la science accessible est aussi notre responsabilité de chercheur

Entretien avec Gabrièle Lienhard

Lauréate du premier prix du jury lors de la finale régionale du concours Ma thèse en 180 secondes (MT180), Gabrièle Lienhard, doctorante en neurosciences à l’Institut du Cerveau, représentera l’Alliance Sorbonne Université lors de la finale nationale le 28 mai à Lille. Elle revient sur son parcours, ses recherches et son expérience du concours.

Pourriez-vous nous retracer votre parcours ?

Gabrièle Lienhard : J’ai commencé par une formation en biologie à l’École normale supérieure Paris-Saclay, avec une orientation en biologie fondamentale. Assez rapidement, j’ai ressenti le besoin de me confronter davantage au vivant, ce qui m’a conduite à suivre en parallèle un cursus à l’École vétérinaire d’Alfort, où j’ai obtenu mon diplôme de docteur vétérinaire.

Je me suis ensuite recentrée sur ce qui m’animait depuis le début, les neurosciences, en intégrant le master de Sorbonne Université, avant de poursuivre en doctorat à l’Institut du cerveau. Je réalise mes recherches, depuis trois ans, en collaboration avec Ahlem Assali, sous la direction de Nicolas Renier, dont l’équipe Plastic développe des technologies avancées d’imagerie autour de la plasticité cérébrale.

Expliquez-nous votre sujet de thèse en moins de 3 minutes

G. L. : Je travaille sur la manière dont la grossesse transforme le cerveau maternel, en m’intéressant plus précisément à ses vaisseaux sanguins. Pour cela, j’utilise une technologie développée par l’équipe, qui permet d’obtenir une cartographie complète du réseau vasculaire cérébral chez la souris et de le reconstruire en trois dimensions.

On sait déjà que la grossesse modifie le cerveau, notamment au niveau des neurones. En revanche, les vaisseaux sanguins cérébraux restaient jusqu’ici très peu étudiés dans ce contexte. Pourtant, ils jouent un rôle fondamental, en apportant l’oxygène et les nutriments nécessaires au fonctionnement cérébral, ou encore en assurant l’échange de molécules de signalisation. Longtemps, on a pensé que ce réseau, une fois construit à l’âge adulte, restait stable. Mais mes travaux s’inscrivent dans une série d’études émergentes qui montrent au contraire qu’il peut se remodeler activement, et notamment, comme le montre mon projet, pendant la gestation. 

J’ai ainsi observé que de nouveaux vaisseaux apparaissent dans certaines régions du cerveau, sous l’effet des hormones de la grossesse. Ce résultat est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas seulement d’un changement anatomique : j’ai aussi pu montrer que ce remodelage est important pour le comportement maternel. Chez la souris, lorsqu’on empêche ce processus, les comportements maternels après la naissance sont diminués. Cela révèle donc un lien inédit entre système circulatoire cérébral et comportement.

À plus long terme, ces résultats pourraient ouvrir de nouvelles pistes pour mieux comprendre certaines pathologies liées à la grossesse. Si cette plasticité vasculaire existe aussi chez la femme, elle pourrait éclairer des complications comme la susceptibilité accrue aux accidents vasculaires cérébraux ou certains troubles du post-partum.

Pourquoi avez-vous participé au concours Ma thèse en 180 secondes ?

G. L. : J’en avais entendu parler depuis longtemps, et c’est une doctorante de l’Institut du Cerveau qui m’a vraiment donné envie de me lancer en me racontant son expérience.

Ce qui m’a motivée, c’est avant tout l’envie de transmettre. J’ai toujours aimé apprendre, et j’ai eu la chance de croiser des enseignantes et enseignants, ou des journalistes qui m’ont marquée en me faisant découvrir de nouvelles choses. Aujourd’hui, j’ai envie, à mon tour, de susciter cet intérêt et cet émerveillement.

C’est aussi une responsabilité, en tant que chercheuse, de rendre nos travaux accessibles au plus grand nombre. Le concours est une très belle occasion de le faire, surtout sur un format aussi exigeant.
Et puis, il y a aussi le plaisir. Être sur scène, face à un public, sentir qu’il comprend, qu’il réagit, c’est quelque chose de très fort. 

Comment avez-vous vécu cette expérience et que vous a-t-elle apporté ?

G. L. : J’ai vraiment adoré cette expérience. Elle m’a permis de sortir de ma zone de confort, parce que je suis quelqu’un d’assez discret au départ. Prendre la parole devant un public aussi large, c’était à la fois un défi et quelque chose de très gratifiant. Cela m’a apporté une forme de confiance nouvelle, notamment dans ma capacité à transmettre et dans la portée que peut avoir mon travail auprès d’un public non spécialiste.

Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est l’aspect collectif. Même si c’est un concours, nous l’avons vécu en groupe. J’ai rencontré des doctorantes et doctorants de disciplines très différentes, et nous avons partagé nos doutes et nos idées. Nous nous encouragions beaucoup. Il y avait un véritable esprit de camaraderie, qui a rendu l’expérience encore plus forte. 

À quelles difficultés avez-vous dû faire face ?

G. L. : J’ai beaucoup hésité à mentionner l’utilisation des souris dans mes recherches, par crainte de la réaction du public. Puis j’ai finalement choisi de l’assumer, parce qu’il me semble important d’en parler avec transparence. L’expérimentation animale est aujourd’hui très encadrée, avec des protocoles stricts et une attention constante portée au bien-être des animaux. Même si on limite le plus possible le recours à des modèles animaux, dans certains cas, comme l’étude des processus complexes comme la grossesse ou le fonctionnement du cerveau, il reste néanmoins nécessaire. C’est un sujet sensible, mais essentiel à expliquer au grand public.

Trois minutes pour résumer une thèse, cela semble court. Comment avez-vous préparé votre intervention pour le concours ? 

G. L. : Nous avons d’abord bénéficié d’une formation à la communication, organisée par le Collège doctoral de Sorbonne Université, avec Alexandra de Kaenel. Elle nous a apporté des conseils très concrets sur la prise de parole, mais aussi une réflexion plus approfondie sur ce que l’on veut vraiment transmettre et sur la manière d’embarquer le public.

Ensuite, tout l’enjeu a été de trouver le bon équilibre : simplifier pour être compris, sans jamais trahir la rigueur scientifique. On ne peut pas tout dire en trois minutes, mais on ne peut pas non plus dire des choses inexactes. C’est un travail de sélection et de précision assez exigeant. Et c’est assez frappant : plus le format est court, plus la préparation est longue. 

Vous êtes sélectionnée pour la finale nationale en mai prochain. Comment abordez-vous cette nouvelle étape ?

G. L. : Avec beaucoup d’enthousiasme et de curiosité ! À chaque étape du concours, j’ai le sentiment d’apprendre quelque chose, que ce soit en termes de prise de parole, de confiance ou de rencontres. Mon objectif, pour cette finale, est surtout de donner le meilleur de moi-même et de profiter pleinement de l’expérience. C’est aussi très enrichissant d’échanger avec d’autres doctorants, de voir leurs sujets et leurs façons de les raconter.

D’ici-là, je vais continuer à faire évoluer ma présentation tout en restant fidèle à ce qui fonctionne et à ce qui me correspond. 

Quel regard portez-vous sur l’impact de ce concours sur l’image du doctorat ?

G. L. : J’espère d’abord que ce type de concours peut susciter de l’espoir. Quand on voit tous ces doctorantes et doctorants travailler sur des enjeux majeurs, qu’il s’agisse de santé, de climat ou d’inégalités, on se rend compte que beaucoup de personnes se mobilisent au quotidien pour mieux comprendre le monde et apporter des solutions.

C’est aussi une manière de renforcer la confiance dans la science, en ouvrant les portes des laboratoires et en rendant les recherches plus accessibles. Dans un contexte où la parole scientifique peut parfois être remise en question, cette transparence me semble essentielle.

Enfin, j’espère que cela peut éveiller de la curiosité, voire des vocations, et en particulier chez les jeunes filles, en leur montrant qu’elles ont toute leur place dans les métiers de la recherche.