Catherine Oualian

Alumna 2010 et formatrice en médiation scientifique

Quand un chercheur fait de la médiation sur son sujet, il lui est parfois difficile de prendre du recul. Pour faire de la médiation, il faut se décentrer, penser au public et ne pas uniquement se focaliser sur ce que nous voudrions transmettre.

Catherine Oualian, docteure en biologie depuis 2010, est maintenant responsable de la formation professionnelle à l’École de la médiation (Universcience). Cette année, elle a accepté de préparer avec sa collègue Fannie Le Floch les doctorants souhaitant participer à la sélection du concours MT180 de l’Alliance Sorbonne Université. Elle retrace ici son parcours et nous partage son enthousiasme pour ce métier. Tout en nous dévoilant quelques astuces, mais aussi quelques alertes. 

Une thèse en neurosciences
Après son stage de master, Catherine est entrée en thèse en 2006, sous la direction de Pascale Gisquet-Verrier. Son sujet était le rôle des aires prélimbique et infralimbique du cortex préfrontal du rat. Cette zone du cortex permettrait aux rats d’apprendre de nouveaux comportements. Catherine a étudié la flexibilité psychologique des rats lorsque les conditions changent. Sa thèse a montré que certains protocoles expérimentaux très utilisés pouvaient comporter des biais. Elle a soutenu en septembre 2010. 

La médiation scientifique plutôt que la recherche
Pendant sa thèse, il est apparu à Catherine qu’elle ne souhaitait pas continuer dans la recherche. Elle a commencé à regarder ce qui l’intéressait. Il s’est avéré que c’étaient les moments de partage autour des sciences qui l’enthousiasmaient, plutôt que la production de connaissances. Sur la fin de sa thèse, elle a suivi des formations qui l’ont aidée à clarifier son projet professionnel. Elle a également participé au forum Biotechno et rencontré un médiateur de l’association Paris Montagne qui lui a expliqué ce qu’il faisait. De fil en aiguille, elle s’est retrouvée bénévole dans un festival de sciences en plein milieu de sa rédaction, et cela a été « une vraie bouffée d’oxygène ». Elle a compris que cette activité lui correspondait et s’est laissé un an pour trouver sa place dans le monde de la médiation.

La formation qui ouvre la voie
En octobre 2010, Catherine commence une formation au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) pour acquérir des bases et clarifier son projet professionnel. Cette formation d’un an lui a permis d’obtenir un certificat de compétence en construction d’opérations de culture scientifique et technique. Pendant cette période, elle a testé les ateliers après l’école avec les Petits débrouillards, les vacations de médiation au Palais de la Découverte, et l’enseignement en collège et lycée. Dans le cadre de la formation, elle a effectué un stage dans l’association Paris Montagne, qu’elle avait initialement rencontrée. Par chance, un poste s’est ouvert. Dans cette association, elle a assuré des formations à la médiation scientifique pour les doctorantes et doctorants puis est devenue directrice, avec un rôle de coordination. Quand le poste de chargée de formation s’est ouvert à l’École de la médiation, elle a postulé et été recrutée pour s’occuper de la formation.

Un métier passionnant à l’École de la médiation
L’École de la médiation est un projet porté par Universcience en association avec des partenaires de la recherche, de l’enseignement et de la médiation scientifique. Son objectif est d’accompagner la montée en compétence en médiation culturelle et scientifique sur la base de ressources, de rencontres professionnelles, de projets de recherche-action. Catherine y coordonne, actuellement, tout le volet formation : de la réception des demandes, l’analyse du besoin, la proposition des formations à la recherche des formateurs et formatrices, et à la coordination des aspects logistiques. Elle réfléchit avec le comité de pilotage aux nouvelles formations à intégrer dans le catalogue. Elle aide à concevoir ces nouvelles formations, en termes de contenus ou de formats. Elle anime une partie des formations. Elle vérifie aussi que les formations répondent à tous les indicateurs de la démarche qualité Qualiopi, c’est-à-dire que les stagiaires sont bien informés du contenu, que les évaluations sont bien prises en compte, que les formateurs améliorent leurs compétences, que les objectifs sont atteignables et évaluables. En parallèle, l’École de la médiation participe à des projets européens pour développer de nouvelles formations et actions, souvent autour des questions d’inclusion qui lui tiennent à cœur. Par exemple, de 2023 à 2025, Catherine a travaillé sur comment faire de la médiation inclusive autour des enjeux climatiques et environnementaux, c’est-à-dire comment toucher des personnes en situation de vulnérabilité comme les détenus ou les jeunes en difficulté d’insertion professionnelle.

Les compétences acquises durant la thèse, tout aussi utiles dans le métier
Catherine admet que sa posture et sa manière de travailler, de se poser des questions, d’analyser et de chercher la rigueur sont influencées par la démarche scientifique. Un des points qu’elle déclare utiliser le plus est sa connaissance de la réalité de la recherche. Quand elle fait de la formation pour des doctorantes et doctorants, des chercheurs et chercheuses, elle comprend ce que les gens vivent dans leur quotidien et elle en tient compte. Une des plus-values de son cursus est aussi une plus grande facilité à aller chercher des informations, des ressources. Cependant, elle met en garde : « Attention, il ne suffit pas d’avoir une thèse pour avoir toutes les compétences pour faire de la médiation », et d’ajouter : « Quand un chercheur fait de la médiation sur son sujet, il lui est parfois difficile de prendre du recul. Pour faire de la médiation, il faut se décentrer, penser au public et ne pas uniquement se focaliser sur ce que nous voudrions transmettre. » Au-delà de l’envie de vulgariser son sujet et de la capacité à interagir avec les publics, il est nécessaire de se poser la question de ce qui est pertinent et intéressant pour eux. Elle ajoute qu’il est important de se former, de se documenter sur les rapports science et société pour faire des choix de posture et de contenu qui soient pertinents. 

Ses conseils aux doctorants qui aimeraient la suivre dans cette voie
Catherine conseille de ne pas attendre la fin de la thèse pour se poser des questions sur son devenir professionnel. Elle se souvient d’avoir participé très tôt à des formations, qui l’ont beaucoup aidée à structurer la suite de son parcours. Selon elle, c’est vraiment primordial de se projeter. C’est grâce à cela qu’elle s’est rapidement trouvé dans un poste qui lui plaisait. Elle ajoute que « Confronter la réalité est nécessaire, car le milieu de la médiation scientifique est un milieu avec des questions de précarité, de reconnaissance particulièrement problématiques. C’est passionnant, mais il faut confronter la vision idéalisée à la réalité du terrain. » Rencontrer des professionnels qui font ces métiers et se rendre compte au quotidien de ce à quoi ressemble leur travail, c’est indispensable. Cela permet d’avoir une vision des postes proposés, des salaires, des structures. Elle ajoute un bémol : « En fonction des postes, une personne qui sort d’un master de médiation scientifique peut être plus compétente qu’un doctorant qui n’a pas d’expérience professionnelle de médiation. » Pour les doctorantes et doctorants intéressés par la médiation scientifique, elle conseille qu’ils suivent des formations, qu’ils aient de premières expériences avant d’envisager un poste. 

Pour en savoir plus
•    Sujet de thèse : https://theses.fr/2010PA066320
•    École de la médiation : https://www.estim-mediation.fr/
•    Démarche qualité Qualiopi : https://certification.afnor.org/qualiopi