15 MAR 2019

 

La plupart des gens associent les méduses à des rencontres plutôt désagréables et douloureuses. Les méduses-boîtes australiennes comptent notamment parmi les animaux les plus toxiques de la planète. Les méduses, ainsi que les coraux, anémones de mer et l’hydre d’eau douce, appartiennent au groupe des cnidaires*, une lignée très ancienne d’animaux urticants. Les méduses ne sont cependant pas toutes dangereuses : celles du groupe des hydrozoaires ne mesurent généralement pas plus de quelques centimètres et sont pour la plupart inoffensives. Elles incluent l'espèce commune Clytia hemisphaerica dont le génome a été décodé par des chercheurs du Laboratoire de biologie du développement de Villefranche-sur-Mer (CNRS/Sorbonne Université) en collaboration avec le CEA-Génoscope, une équipe de l’IBPS (CNRS/Sorbonne Université) et de l'Université de Vienne.

Grâce à des souches bien caractérisées et faciles à manipuler, la méduse Clytia est en effet une habituée des laboratoires. Derrière la simplicité de cette espèce (et de nombreuses autres espèces de méduses), se cache un cycle de vie complexe alternant entre trois formes. Une larve nageuse se métamorphose en un polype vivant sur le fond des mers, qui génère par bourgeonnement les méduses nageuses que nous connaissons.

Les chercheurs ont focalisé leur analyse sur la détection des gènes impliqués dans le développement de la forme méduse, mettant en évidence une rare présence de gènes spécifiques. Ils ont ainsi découvert que les méduses réutilisent surtout des gènes anciens[1], – dont certains bien connus chez d’autres animaux et notamment chez l’homme, régulant le développement embryonnaire. De plus, il apparaît que certains de ces gènes ne sont pas utilisés au cours de la formation de l’embryon de Clytia mais dans la constitution du système nerveux et des tentacules de la méduse.

Cette découverte inattendue révèle que la méduse utilise un assemblage original de gènes anciens bien sélectionnés. L’évolution est donc loin de s’être arrêtée chez ces surprenantes créatures.

 

Référence:
The genome of the jellyfish Clytia hemisphaerica and the evolution of the cnidarian life-cycle, L. Leclère, C. Horin, S. Chevalier, P. Lapébie, P. Dru, S. Peron, M. Jager, T. Condamine, K. Pottin, S. Romano, J. Steger, C. Sinigaglia, C. Barreau, G. Quiroga Artigas, A. Ruggiero, C. Fourrage, J. E. M. Kraus, J. Poulain, J-M. Aury, P. Wincker, E. Quéinnec, U. Technau, M. Manuel, T. Momose, E. Houliston and R. R. Copley. Nature Ecology & Evolution.

 


[1] Ces résultats corroborent les conclusions d’une étude sur le génome de la méduse Aurelia parue récemment : The genome of the jellyfish Aurelia and the evolution of animal complexity, David A. Gold et al., Nature Ecology & Evolution 3, 96-104
Méduse Clytia
Méduse Clytia © Marion Lechable et Alexandre Jan