05 JUIN 2018

Le professeur Serge Uzan, directeur de l’Institut Universitaire de Cancérologie, revient sur les réussites de cette structure multidisciplinaire engagée dans la lutte contre le cancer.

Serge Uzan
Serge Uzan - © Sorbonne Université

Quelle est la vocation de l’Institut Universitaire de Cancérologie ?

L’Institut Universitaire de Cancérologie a été créé en 2012 pour regrouper les forces de soins, de recherche et d’enseignement dédiées à la cancérologie au sein de Sorbonne Université. Nous disposons de plusieurs sites de soins hospitaliers (La Pitié-Salpêtrière/Charles Foix, Saint-Antoine, Tenon, Rothschild, Trousseau) et de nombreuses unités de recherche consacrées à des travaux en lien avec le cancer. 

Quelle est la force de cet institut ?

Nous prenons en charge au sein de l’IUC plus de 16 000 patients atteints de cancer chaque année. Nous traitons toutes les formes de cancers, et à tous les âges. Notre « force de frappe », qui repose également sur notre importante production scientifique, fait de l’IUC l’un des centres majeurs de lutte contre le cancer aussi bien dans les secteurs du soin, de la recherche que de l’enseignement. 

Nous avons remporté des appels à projets dans de nombreux domaines comme celui du séquençage et de la génomique, des essais pharmacologiques de phase précoce avec obtention d’un CLIP (Centre Labellisé INCa de Phases Précoces). Nous avons aussi obtenu l’un des 8 SIRIC (Site de Recherche Intégrée en Cancérologie) en France : le SIRIC CURAMUS dédié à certaines formes de tumeurs et aux cancers rares.

Par ailleurs, nous allons inaugurer, dans les semaines à venir, une plateforme particulièrement innovante consacrée à la gestion des risques en cancérologie, initiée dans le cadre de l’Idex.

Quels sont vos objectifs au sein de l’IUC ?

Nos objectifs sont doubles : privilégier toutes les formes de recherche, y compris dans les sciences dites « dures », et favoriser le travail en équipe. Nos parrains, Cédric Villani et le Barbarian Rugby Club, sont le reflet de cette double ambition. 

Pour coordonner ce travail, nous avons créé une structure que je dirige et qui encourage les échanges entre les équipes à travers des congrès, des collaborations entre les laboratoires, des réponses communes aux appels à projets, etc.

Enfin, Sorbonne Université a concrétisé notre relation privilégiée avec nos collègues des lettres et sciences humaines pour créer l’université des savoirs médicaux, scientifiques et littéraires. 

Le 3e plan cancer est centré autour de 3 directives : investir dans la prévention et la recherche, guérir plus de malades, préserver la qualité et la continuité de vie. A travers quelles actions majeures avez-vous décliné ce plan à  l’IUC ?

Ces aspects privilégiés du 3e Plan Cancer ont été largement mis en œuvre à l’IUC, à travers notamment une forte activité dans le domaine de la préservation de la fertilité pour maintenir le projet de vie des jeunes patient(e)s traité(e)s dans nos centres. Nos soins de support permettent un retour facilité à la vie courante et une grande partie de nos recherches sont consacrées à la vie après le cancer. Par ailleurs, l’Université des Patients joue un rôle important dans l’accompagnement des malades grâce à un diplôme universitaire dédié : « Mission d’accompagnant de parcours du patient en Cancérologie ».

Où en est le développement de la médecine personnalisée ?

La médecine personnalisée, qui a pour but de prescrire des traitements et un suivi adaptés à chaque patient grâce à une caractérisation de l’individu et de la tumeur qu’il porte, reste un objectif essentiel de nos recherches, tant sur le plan médical que sociologique. C’est pourquoi nous participons à de nombreux essais dans ce domaine. 

Cette démarche est l’un des axes privilégiés à l’IUC avec la recherche translationnelle qui fait le pont entre la recherche fondamentale et la recherche clinique impliquant à la fois les structures mixtes de recherche et les centres, unités ou encore les groupes de recherche clinique dont la plupart sont labellisés. 

Quels types d’enseignement faudra-t-il développer en cancérologie dans l’avenir pour les acteurs de ce domaine ?

Nous avons dès le début créé un programme doctoral dédié à la cancérologie, qui connait un vif succès auprès des étudiants, notamment à l’international. Les accords que nous avons signés dans le cadre de ce programme avec les Etats-Unis, le Brésil, et très prochainement l’université de Shanghai, témoignent de sa reconnaissance à travers le monde.

Notre université, qui est aussi responsable de la coordination des diplômes nationaux de cancérologie, a par ailleurs développé une unité d’enseignement spécifique à la cancérologie personnalisée, ainsi qu’un master pour les paramédicaux en cours de mise en place. Nous continuons également de développer tous les enseignements nécessaires à l’environnement de cette nouvelle activité de cancérologie : statistiques, mathématiques, modélisation, biologie fondamentale, etc.

Comment voyez-vous la cancérologie dans 10 ans ?

Je vois la cancérologie à l’aune des progrès extraordinaires auxquels nous avons participé depuis 5 ans et que nous allons continuer de porter à Sorbonne Université. Je pense que la cancérologie évoluera simultanément vers des traitements de plus en plus efficaces et ciblés, et en même temps de moins en moins lourds pour les patients, en particulier en matière d’effets secondaires. C’est l’évolution favorable de la balance « bénéfices/risques », grâce à la personnalisation de la médecine, qui sera l’une des caractéristiques de la cancérologie du futur.