25 JUIN 2019

Sorbonne Université a inauguré le 18 juin 2019 le Sorbonne Center for Artificial Intelligence (SCAI). Professeur au laboratoire de probabilités, statistique et modélisation 1, Gérard Biau en est le directeur. Il nous éclaire sur les missions et les objectifs de ce centre d’excellence dédié à la recherche, l’enseignement et l’innovation en matière d’intelligence artificielle.

Gérard Biau
Gérard Biau © Sorbonne Université - P. Kitmacher

Pourquoi créer un centre consacré à l’intelligence artificielle à Sorbonne Université ?

Gérard Biau : Aujourd’hui, l’intelligence artificielle (IA) est partout. Elle transforme déjà la société et impacte nos vies. Dans un contexte marqué par une compétition internationale très forte, le gouvernement a lancé en mars 2018 une stratégie ambitieuse, AI for Humanity, en se fixant pour objectif de propulser la France parmi les leaders de l’IA. SCAI s’inscrit pleinement dans ce programme.

Grâce à ses facultés des Lettres, de Médecine et de Sciences & Ingénierie, Sorbonne Université dispose, avec ses partenaires de l’Alliance 2, de forces considérables tant sur les aspects fondamentaux de l’IA (en mathématiques, en informatique, en robotique), que sur ses applications (en santé, en environnement ou encore en création artistique) ou qu’en matière d’humanités numériques 3. Au total, ce sont plus d’une centaine d’experts issus de nombreux laboratoires qui sont directement impliqués dans des recherches en IA.

L’objectif de SCAI est de fédérer ces forces dans un lieu où les disciplines s’enrichissent mutuellement, partagent leurs expériences et dégagent des problématiques communes pour avancer sur des projets innovants.

Pensé comme une « maison de l’IA » en plein cœur de Paris, le centre a pour ambition de motiver, organiser et rendre visible la recherche multidisciplinaire en IA à travers le montage de chaires d’excellence, le soutien et l’accueil de projets interdisciplinaires, des réponses concertées à des appels d’offres, la création de task-forces, la mise en place de programmes doctoraux, etc.

A l’instar de Jim Kurose, professeur émérite à l'Université du Massachusetts et conseiller auprès du gouvernement américain en matière d’IA, des personnalités extérieures reconnues internationalement apporteront leur expertise à la définition des orientations stratégiques du centre.

Quels sont les apports de SCAI en termes de formation ?

G. B. : Les besoins en enseignement sont immenses aussi bien en formation initiale qu’en formation continue. Le gouvernement s’est d’ailleurs fixé pour objectif de doubler le nombre d’étudiants formés en IA d’ici 2022.

C’est pourquoi SCAI a pour vocation de devenir un laboratoire d’idées pour l’innovation pédagogique et d’aider à la structuration de l’offre de formation de l’université en matière d'IA. Un master 2 dédié à l’apprentissage et aux algorithmes ouvrira ses portes à la rentrée 2019. En licence, une mineure « IA » sera prochainement accessible aux étudiants des trois facultés de l’université. Par ailleurs, nous proposons depuis un an en formation continue un diplôme universitaire en machine learning et IA ainsi que des enseignements à la carte pour les entreprises. Nous avons également comme ambition de parfaire la formation des enseignants-chercheurs de Sorbonne Université dans ce domaine.

L’université a également vocation à participer au développement de la culture scientifique. Comment se positionne SCAI sur cette mission ?

G. B. : L’intelligence artificielle suscite des inquiétudes plus ou moins fondées scientifiquement. Au travers de séminaires et de rencontres régulières autour de ces enjeux technologiques, SCAI engage dès à présent un travail de médiation afin de démystifier l’IA auprès des utilisateurs et du grand public.

En mobilisant l’esprit critique et la démarche scientifique, les sciences humaines et sociales pourront nous aider à mieux analyser les rapports que nous entretenons avec ces bouleversements numériques et leurs impacts sur notre existence. 

Quelles relations ce centre de recherche et de formation compte-t-il entretenir avec le monde industriel et les hôpitaux ?

G. B. : Le développement de l’IA, qui passe par le déploiement d’objets technologiques comme la voiture autonome, ne se fera pas sans l’expertise et le savoir-faire des entreprises. Il est donc primordial d’impliquer nos partenaires industriels dès aujourd’hui afin de miser sur une transformation applicative de l’IA.

Pour atteindre cet objectif, nous avons souhaité monter des chaires d’excellence qui nous permettront de collaborer sur des thématiques innovantes avec le monde industriel. Un memorendum of understanding a été signé avec Thales et Total et un partenariat avec Atos est en cours d'élaboration sur la thématique de la médecine de précision. 

Par ailleurs, nous avons signé un accord avec l’AP-HP qui devrait permettre l’échange d’expertise, de savoir-faire, le montage de projets communs, la mise en place d’accès simplifiés à l’Entrepôt de Données de Santé, la mobilité des chercheurs ou d’étudiants, ou encore des actions de communication et de sensibilisation.

SCAI travaille également de concert avec les centres de transfert et de valorisation industrielle internationaux et bénéficiera des activités du futur parc d’innovation de Sorbonne Université.

SCAI, c’est :

  • 4 axes de recherche : mathématiques-informatique-robotique, santé-médecine, climat-environnement-Univers et humanités numériques.
  • + de 100 scientifiques, 150 doctorants et chercheurs post-doctoraux, 300 étudiants.
  • + de 20 partenaires industriels (des start-ups aux grands groupes internationaux).
  • 700 m² au cœur de Paris.
  • 1 antenne sur le campus d’Abu Dhabi de Sorbonne Université.

1 Sorbonne Université, CNRS, Paris Diderot.

2 CNRS, Inria, Inserm, MNHN, UTC, AP-HP, CEA.

3 Domaine qui s’intéresse à la façon dont les algorithmes et l’intelligence artificielle peuvent être mis au service de problèmes qui relèvent des humanités.