13 DÉC. 2019

Spécialistes en cryptographie, Jean-Charles Faugère et Ludovic Perret ont créé leur start-up, Cryptonext Security, en juin 2019. Ils ont été accompagnés dans cette aventure par tous les acteurs de la chaîne de l’innovation de Sorbonne Université.

Jean-Charles Faugère et Ludovic Perret ont créé Cryptonext Security
Jean-Charles Faugère et Ludovic Perret ont créé Cryptonext Security, une start-up qui propose des logiciels permettant de protéger les données sensibles face à la menace quantique.

« Avec l’arrivée de l’ordinateur quantique, les standards actuels de sécurité vont devenir obsolètes », affirme Ludovic Perret dans son bureau de la station F, la plus grande pépinière de start-up d’Europe. Dotés d’une puissance de calcul bien supérieure aux machines classiques, ces ordinateurs seront capables de briser les systèmes de sécurité les plus perfectionnés en seulement quelques heures. Face à ce constat, Ludovic Perret et son associé Jean-Charles Faugère ont eu une idée en or : proposer une nouvelle génération de normes cryptographiques pour protéger les données sensibles et sécuriser les communications. Convaincu par le potentiel industriel de ses travaux de recherche, cet enseignant-chercheur du Laboratoire d'Informatique Paris 6 (LIP6) s’est lancé en 2015, avec son directeur d’équipe, dans la création de la start-up Cryptonext Security. « Le logiciel de cryptographie que nous avons mis au point est exploitable sur des milliards de machines. Travailler sur un sujet de recherche théorique qui a des enjeux industriels aussi colossaux est une occasion inespérée dans une vie. Il fallait se lancer », indique le quadragénaire au milieu des salles suspendues qu’abrite l’ancien bâtiment ferroviaire devenu le fief du numérique du XIIIe arrondissement de Paris.

Accompagner les entrepreneurs dès la naissance de leur projet

Quatre ans plus tard, les deux chercheurs ont quitté leur laboratoire pour se consacrer entièrement à leur start-up aujourd’hui incubée à Agoranov dans le VIe arrondissement. Une aventure rendue possible grâce à l’apport de l’écosystème de l’innovation de Sorbonne Université et dont fait partie cet incubateur qui a déjà accompagné la création de 350 entreprises.

« Sorbonne Université fait tout son possible pour faciliter l’entreprenariat, assure Ludovic Perret. Durant ce parcours difficile, nous avons reçu un soutien sans faille de la direction de la recherche et de l’innovation. »

Ils ont notamment pu compter dès le début du projet sur le dynamisme de Jules Espiau, chargé de développement et de partenariat. « Jules fait partie des gens qui mettent de l’huile dans les rouages. Sans lui, nous ne savons pas comment cela se serait passé », expliquent les chercheurs qui ont décroché en 2018 le premier prix Atos - Joseph Fourier. Un prix qui récompense des travaux innovants dans le domaine des technologies quantiques.

Depuis trois ans, Jules les guide dans le dédale des démarches administratives. Au sein de la direction de la recherche et de la valorisation de la faculté des Sciences et Ingénierie, il détermine avec eux leurs besoins, fait le point sur leur projet, essaie de trouver des solutions concrètes à leurs problèmes. Avec son équipe de chargées d’affaires, Flora Delamare et Manon Horvais, il accompagne les deux chercheurs dans leurs partenariats de recherche, depuis la mise en place d’accords de confidentialité jusqu’à la négociation de contrats industriels, en passant par le montage de projets nationaux ou européens.

Jules Espiau et Francesca Dau
Jules Espiau, chargé de développement et partenariat à la direction de la recherche et de la valorisation, en compagnie de Francesca Dau, chargée de mission Industrie et Carnot.

Jules est présent quand Ludovic échange avec les ressources humaines au sujet de sa mise en délégation pour se consacrer à plein temps à son entreprise. C’est aussi lui qui a rendu possible l’évènement de lancement de l’entreprise au 24e étage de la Tour Zamansky. Véritable cheville ouvrière du projet, l’équipe de Jules est encore pour accompagner les deux entrepreneurs dans les dernières étapes vers la start-up : discussion avec la SATT Lutech de la licence d’exploitation en cours de signature entre l’université et Cryptonext Security, transition des contrats de recherche, etc. « Nous sommes des facilitateurs pour les porteurs de projet. », observe le chargé de développement et de partenariat qui jongle en permanence entre deux temporalités : celle des chercheurs et des start-up qui nécessitent une très grande réactivité et celle de l’administration.

Réunir tous les acteurs de l’innovation au service des start-up

Jules oriente également les porteurs de projet vers les personnes ressources au sein de la SATT Lutech, du fonds Sorbonne 2 ou de tout autre acteur de l’écosystème de l’innovation susceptible de fournir des conseils sur la levée de fonds, les aspects stratégiques, le modèle économique et la structuration d’une société.

« À Sorbonne Université, affirme Lucas Ravaux, directeur adjoint de la direction de la recherche et de l’innovation, nous sommes convaincus que l’un des moyens pour garder nos chercheurs est de soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat au sein de nos laboratoires en les accompagnant sur la recherche, la contractualisation et le transfert de technologie. »

Dans leur parcours, Ludovic et Jean-Charles ont également bénéficié de l’accompagnement de la SATT Lutech pour « maturer » leur projet. Cette étape vise à transformer l’invention scientifique en un résultat potentiellement commercialisable qui peut prendre la forme d’un logiciel, d’un brevet, d’un savoir-faire, etc. Avec la SATT Lutech, ils ont également interrogé la faisabilité technologique, industrielle et économique de leur projet et défini la stratégie de sécurisation de leurs résultats. « En finançant pendant quelques mois des ingénieurs sur notre projet, la SATT Lutech nous a permis de développer une preuve de concept pour l’Armée de Terre qui a montré l’efficacité de notre logiciel, précise Ludovic Perret. Elle nous a également financé une année de formation à l’entreprenariat durant laquelle nous avons pu acquérir les compétences nécessaires pour mettre en œuvre notre projet. »

Après seulement quelques mois d’existence juridique, suite à la validation de leur projet par la commission de déontologie, Cryptonext Security a intégré Agoranov et fait partie des premières start-up de Sorbonne Université labellisées French Tech Seed Sorbonne Paris Parc. Cette labellisation leur permet de doubler leur financement grâce au soutien de Bpifrance. « Ludovic Perret et Jean-Charles Faugère ont bénéficié de l’accompagnement de tous les acteurs de la chaîne d’innovation à Sorbonne Université. Depuis 2019, ces acteurs sont regroupés dans le consortium French Tech Seed Sorbonne Paris Parc qui préfigure Paris Parc, le futur lieu de l’innovation et de l’entrepreneuriat de Sorbonne Université », ajoute Lucas Ravaux qui coordonne la création d’entreprise à l’université

Entretenir et développer les liens entre les start-up et les laboratoires

Avec déjà six collaborateurs, les fondateurs de Cryptonext Security espèrent recruter prochainement d’autres salariés. Dans cette perspective, ils sont en train de monter leur première « convention industrielle de formation par la recherche » (CIFRE) en partenariat avec le LIP6. Cette CIFRE leur permettra de financer un doctorant qui partagera son temps entre la start-up et le laboratoire d’informatique. Un pas de plus pour les deux chercheurs qui souhaitent continuer à renforcer les liens qui les unissent à Sorbonne Université. Ils ambitionnent d’ailleurs d’obtenir le statut de « jeune entreprise universitaire ». Un statut qui encourage la communauté scientifique à sauter le pas de l’entrepreneuriat grâce à des dispositifs de défiscalisation.

Ludovic Perret et Jean-Charles Faugère ont réussi leur pari de créer une entreprise. Mais ils savent qu’ils pourront, s’ils le désirent, revenir à leurs missions d’enseignants-chercheurs pendant encore six ans. Passé ce délai, ils devront faire un choix entre leur carrière d’entrepreneur et celle d’universitaire. Ils espèrent que la loi Pacte 1 votée en mai 2019 permettra d’offrir encore davantage de flexibilité à leurs collègues qui voudraient se lancer dans la création d’entreprises.


(1) La loi Pacte pour « Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » vise à assouplir un certain nombre de formalités incombant aux entreprises, et notamment à simplifier la procédure pour créer son entreprise.