Florent Jacques est le seul papyrothécaire de France.  

« Mon métier n’avait pas de nom dans le milieu universitaire, alors je l’ai inventé. Un papyrologue déchiffre et édite un texte, moi je gère la collection de papyrus et les restaure, pour que d’autres puissent à leur tour les déchiffrer. »

Sur le campus de l’école supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE Paris site Molitor), il prend soin chaque jour de l’extraordinaire collection de papyrus d’Egypte antique de l’institut de papyrologie de Sorbonne Université, unique université française à en posséder une.

Après des études de lettres classiques à l’université de Lorraine, Florent Jacques se forme à l’ecdotique, science qui consiste à déchiffrer les écritures anciennes, à Lyon chez un éditeur et traducteur d’écrits chrétiens des premiers siècles. Il apprend ensuite la codicologie byzantine, l'étude des manuscrits en tant qu'objet, à l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS). C’est en 2012 qu’il obtient un poste à l’institut de papyrologie, alors dirigé par Jean Gascou, « l’un des plus grands papyrologues français », se souvient-il avec émotion. Cette rencontre sera déterminante pour la suite de sa carrière, puisque c’est lui, entre autres, qui l’initiera aux techniques de restauration.

Plus de 2 000 ans nous séparent des rédacteurs des papyrus que Florent Jacques tient avec précaution entre ses mains. Avec attention et extrême minutie, il rassemble les morceaux, les raccorde, les brosse pour les nettoyer. Il en connait toutes les spécificités.

« Au 3ème s. av. J-C on utilisait par exemple de la gomme arabique, qui résiste à l’eau. Au contraire, les encres métallo-galliques ne la supportent pas. J’analyse toujours longuement l’objet avant d’entamer la restauration, pour ne pas le dénaturer. »

Ces méticuleuses opérations de sauvetage peuvent durer plusieurs jours avant de voir apparaître les textes que pourront étudier les enseignants-chercheurs et leurs élèves.

« Certains papyrus sont des documents littéraires, des récits d’Homère par exemple. D’autres sont de simples registres fiscaux, des relevés de compte, etc. Ils sont une source formidable pour comprendre les modes de vie et moeurs antiques. »

Parmi les pièces, on trouve également des cartonnages, parures colorées qui ornaient les momies. « Ils étaient fabriqués à partir de  papyrus utilisés comme du papier mâché, puis recouverts de stuc. On parvient à le déconstruire puis à reconstituer le papyrus pour le déchiffrer », détaille le papyrothécaire. 

Le fonds d’origine de la collection a été constitué par Pierre Jouguet, fondateur de l’institut, et Théodore Reinach, académicien du début du XXème siècle. La richesse de la collection est telle que Florent Jacques affirme qu’il ne finira jamais de découvrir tous ses trésors. Un moindre mal quand on veille sur plus de 2 000 ans d’Histoire.

 

© Pierre Kitmacher - Sorbonne Université

Mis à jour le 28 déc. 2017