Docteur en astrophysique, Raphaël Peralta a co-fondé en 2017 Spacebus France, un évènement itinérant qui va à la rencontre du grand public pour faire découvrir l'astronomie. 

Raphael Peralta
Raphaël Peralta © Sorbonne Université - Pierre Kitmacher

« Peut-être que je serai le prochain Fred. Ce serait génial ça ! », confie d’un rire franc Raphaël Peralta. En évoquant C’est pas sorcier, l’émission de vulgarisation scientifique de son enfance, son regard s’illumine. A bientôt 32 ans, cet alumnus du master Astrophysique se souvient encore de sa rencontre fortuite avec l’une des présentatrices de l’émission il y a plus de 15 ans. De la ténacité dont il a dû faire preuve au collège pour décrocher un stage dans ce programme télévisé. Des réunions de préparation avec Fred et Jamy et des expériences grandeur nature dans leur camion.

Depuis, cette soif d’apprendre et de transmettre ne l’a pas quitté. Il est déterminé. Il semble toujours l’avoir été. Cheveux bouclés, pull marin, le jeune astrophysicien a des allures de navigateur. Ses origines lisboètes y sont sans doute pour quelque chose. Il a quitté les bords du Tage pour des contrées plus lointaines : celles des exoplanètes dont il étudie aujourd’hui l’atmosphère dans l'espoir de trouver des marqueurs biologiques similaires à la vie sur Terre.

Suivre sa bonne étoile

Cette passion pour le cosmos, il ne sait pas très bien se l’expliquer. « Personne ne s’intéressait à ces questions. On n’était pas très scientifique dans la famille. Je ne sais pas d'où me vient cette fascination », répond le jeune docteur en poussant la porte du laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (LESIA).

Situé à l’observatoire de Meudon, le LESIA est un laboratoire qu’il connaît bien. Suite à un échange passionné avec un astronome, il y entre durant son DUT de mesures physiques pour un premier stage, puis un second lors de son master. C’est aussi là qu’il a passé ses trois années de thèse. Une thèse en astérosismologie pendant laquelle il a sondé les couches profondes des étoiles de notre galaxie afin d’étudier leur évolution.

Si le jeune homme n’a pas suivi la voie royale du bac scientifique et des classes préparatoires, cela ne l’a pas empêché de décrocher en 2015 le prix « 5 minutes pour ma thèse ». Son doctorat en poche, il passe encore deux ans sur la mission Euclid à étudier la matière noire avant de rejoindre le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA).

Aujourd’hui chercheur sur la mission James Web Space Telescope, il est aussi depuis deux ans, le capitaine du Spacebus. Une association qu’il copilote avec Diane Bérard, une ancienne collègue de LESIA. Destinée à vulgariser l’astrophysique, cette association veut favoriser la place des jeunes et des femmes dans les sciences. « Elle vise également à sensibiliser le grand public aux enjeux du réchauffement climatique », ajoute Raphaël Peralta en ouvrant la serrure de la « caravane spatiale » garée sur le parking du LESIA.

Des compétences tous azimuts

C’est avec cette caravane que l’aventure Spacebus a vraiment commencé. L’idée de départ, Raphaël et Diane la doivent à une doctorante de l’Observatoire, Meriem El-Yajouri, qui a voulu en 2016 faire découvrir l’astronomie à travers un évènement itinérant dans son pays d'origine. Une initiative baptisée Spacebus Maroc. Avec Tabatha Sauvaget, elle aussi doctorante en astrophysique, Diane et Raphaël font partie de la tournée marocaine. Un an plus tard, les trois docteurs créent Spacebus France et lancent leur campagne de financement participatif. En avril 2018, ils obtiennent 12 000 euros avec lesquels ils achètent la caravane de l’association. Diane et ses parents la désossent entièrement et transforment l’intérieur fleuri du camping-car en une cabine de pilotage digne des meilleurs space opera. Le projet devient une entreprise familiale. Sa sœur s’occupe des finitions. Hublots, poste de commande, écran de contrôle, signaux lumineux, musique intergalactique, combinaison de cosmonaute, tout y est. Son ami, Paul de Fromont, finit d’aménager le van en un escape game interactif et de coder le jeu, pendant que les autres docteurs de l’association développent des animations et recrutent les bénévoles. En seulement trois mois, l’équipe du Spacebus est fin prête pour arpenter les côtes méditerranéennes à bord de leur navette spatiale.  

Cette aventure, Raphaël Peralta ne l’échangerait pour rien au monde. Aujourd’hui le Spacebus est devenu son quotidien, son « deuxième boulot ». Quand il ne fait pas des réparations sur la caravane le week-end, il cherche de nouveaux financements pour l’association, gère la trentaine de bénévoles, relance les mairies des villes dans lesquelles ils passeront l’été ou répond aux nombreuses sollicitations pour des évènements scientifiques en France. « Bien sûr, c’est chronophage, mais un projet d’envergure national comme celui du Spacebus permet de développer de nouvelles compétences, comme le management, la gestion d’un budget, etc. affirme Raphaël. C’est aussi l’opportunité de faire de belles rencontres avec des gens d’horizons différents. »

L’alignement des planètes

Des rencontres qui lui ouvrent des opportunités professionnelles comme celle de son poste actuel au CEA : « un job de rêve », selon lui, où se mêlent recherche, enseignement et vulgarisation. « C’était important pour moi de garder un pied dans la médiation scientifique. Petit, j’avais besoin de comprendre d'une autre manière que celle proposée par l’enseignement classique. Je crois que le fait d’être nul à l’école m'a aidé, confesse le jeune homme. Cela m’a donné envie de trouver des ressources ludiques pour éveiller la curiosité de ceux que les sciences n’intéressent pas. »

Du cancre qu’il se dit avoir été, il ne reste pas grand-chose, si ce n’est peut-être une certaine malice dans les yeux. Aujourd’hui, au CEA il est passé de l’autre côté de l’estrade : en parallèle de ses recherches, il développe un cours en ligne sur les exoplanètes pour les étudiants ainsi que des applications pour explorer, grâce à la réalité virtuelle, le système solaire et d’autres systèmes stellaires.

Quand il lui reste un peu de temps libre, le jeune scientifique travaille aussi à l’écriture d’un livre sur les mythes et croyances populaires en astronomie. Son objectif : tordre le cou aux idées reçues et répondre à des questions que quelques-uns se posent : les satellites retombent-ils sur Terre ? Peut-on voir les étoiles en plein jour ?

Cap à l’Ouest

Ces questions, il les a entendues sur les places des villes qu’il arpente tous les étés avec les autres membres du Spacebus. Lors de leur tournée annuelle, plusieurs centaines de badauds, petits et grands, se pressent quotidiennement autour de la caravane. Ils viennent découvrir les secrets du système solaire, les questions climatiques, les atmosphères des exoplanètes, les vibrations de l’espace-temps. Ils apprennent pourquoi la Terre tourne autour du soleil ou se mettent dans la peau des premiers explorateurs de la planète Mars à travers l’escape game qui les attend dans la caravane spatiale. « L’astrophysique fait rêver. C’est un excellent prétexte pour intéresser le grand public à plein d’autres domaines scientifiques. En évoquant les voyages sur Mars, on peut parler biologie, physique, mathématiques, technologies, psychologie etc. », se réjouit Raphaël qui pense déjà aux futures expériences qu’il proposera cet été.

spacebus
© Spacebus

Après avoir sillonné en 2018, les côtes méditerranéennes et en 2019 les côtés atlantiques, l’association fera cette année le tour des côtes de la Manche. « Après quelques travaux, la caravane repartira sur les routes entre le 25 juillet et le 21 août. Nous commencerons par Rennes, puis Saint-Malo. Nous irons ensuite en Normandie », précise le président de l’association qui ne serait pas mécontent de voir la caravane du Spacebus devenir le nouveau camion de Fred et Jamy.

Updated on 20 NOV 2019