Vers une culture en santé globale
À l'occasion du premier séminaire de rentrée de l’Institut de Santé Globale de l’Alliance Sorbonne Université (ASU-GHI), le mercredi 10 décembre 2025, Juan-Fernando Ramirez, son directeur général, et Jean-Michel Oppert, son directeur scientifique, reviennent dans cet éditorial sur les grandes missions de cet institut.
Editorial
Il est devenu insuffisant de concevoir la santé à la seule échelle de l’organisme, indépendamment des facteurs sociaux, économiques, politiques et environnementaux qui façonnent le bien-être des individus et des communautés. Une vision intégrative de la santé est devenue indispensable pour faire face aux défis mondiaux tels que les épidémies, la malnutrition, le vieillissement…
Promouvant l’égalité d’accès aux soins, incluant la prévention, embrassant à la fois les niveaux individuels et populationnels, dépassant les frontières des pays, requérant le développement de nouvelles collaborations, transnationales et transdisciplinaires, cette approche globale de la santé impose, dans sa définition même, d’aller au-delà de l’organisation traditionnelle en silos de la recherche, de la formation et des soins. En plus de l’équité en santé, elle inclut aujourd’hui les aspects de justice sociale, de gouvernance participative et de durabilité.
Dans cette perspective, l’Institut de Santé Globale de l’Alliance Sorbonne Université (ASU-GHI), lancé début janvier 2025, a pour ambition d’améliorer l’accès aux soins, la prévention et l’équité en santé au moyen d’une approche de santé globale systémique et participative, intégrant l’étude des déterminants biologiques, environnementaux et psychosociaux de la santé. Les objectifs sont de promouvoir une recherche transdisciplinaire innovante, de faciliter la collaboration entre chercheurs de l’Alliance Sorbonne Université (ASU) et de ses partenaires internationaux, de soutenir la production de connaissances originales à visée opérationnelle, de favoriser le développement de nouvelles formations dans ses domaines d’expertise, et de contribuer à éclairer la décision publique en matière de santé globale.
Les thématiques prioritaires de l’ASU-GHI sont organisées selon une approche matricielle reposant sur les nombreux domaines d’excellence de l’ASU en santé globale. Cette matrice comprend quatre axes prioritaires :
- Santé et environnement (ex : pollutions aux plastiques et santé, analyse des eaux usées pour le diagnostic et la bio-surveillance, liens entre maladies transmissibles et non transmissibles, , amélioration controle et diagnostic des maladies vectorielles par l’IA …)
- Autonomie, vieillissement et vulnérabilité (définition de l’âge bio-psycho-social, diminution d’accès aux soins liée à des conditions de vulnérabilité, littératie en santé, culture – art et santé…)
- Cancer (amélioration de la qualité des parcours de soin et de vie en situation de cancer, avec la participation active des patients et de leurs représentants)
- Nutrition et santé (enjeux liés à l’accessibilité à une offre alimentaire favorable à la santé, notamment chez les jeunes adultes en milieu urbain, systèmes alimentaires résilients…).
Ces axes sont envisagés à travers le prisme des humanités biomédicales, de la santé digitale et des technologies et de l’économie de la santé.
Au niveau de la recherche, l’ASU-GHI soutient chaque année des thèses dans le champ de la santé globale par l’allocation de contrats doctoraux. En 2025, cinq projets de thèses ont reçu le soutien de l’Institut sur les thématiques visant l’amélioration de la relation patient-soignant (intégration de la médecine narrative dans le développement des compétences médicales, analyse de corpus médicaux médiévaux en lien avec la douleur), l’amélioration par l’intelligence artificielle de la surveillance et contrôle de la maladie de Lyme et du diagnostic à distance du paludisme en Afrique (Sénégal) et le développement du concept d’âge bio-psycho-social.
L’ASU-GHI s’implique, par ailleurs, dans le développement d’une culture en santé globale en participant à la mise en place d’enseignements innovants comme le master Santé globale et enjeux médicaux émergents (M2 Santé GEME) débuté en septembre 2025, des modules santé globale du master Erasmus Mundus EPOG et d’autres enseignements au sein des masters Humanités biomédicales, Biologie intégrative-Parcours Nutrition. L’institut alloue également des gratifications de stage de M2 dans le champ de la santé globale (15 en 2025). Les actions de recherche et de formation de l’ASU-GHI s’articulent aussi avec celles de médiation et de communication du programme SOUND.
L’ASU-GHI prend appui sur les expertises complémentaires des trois facultés de Sorbonne Université (Lettres, Sciences-Ingénierie et Santé), du Muséum national d’Histoire naturelle, de l’INSEAD, de l’Inserm, du CNRS et de l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), en association avec de nombreuses institutions de recherche européennes et internationales, partenaires de Sorbonne Université. L’implication de la communauté étudiante, mais aussi, à travers l’Université des Patients, des personnes touchées par la maladie est essentielle.
Sur le plan de l’expertise à l’échelle nationale et internationale, l’ASU-GHI est membre du comité directeur fondateur du réseau France For One & Global Health, et est associé au Consortium Universities of Global Health. Des collaborations se mettent en place entre autres avec l’Europe (Alliance 4EU+) , l’Amérique du Nord (USA, Canada - UDICE /U15), du Sud (Brésil, Mexique), l’Asie (Japon, Singapour, Inde) et l’Afrique (RDC, Sénégal).
La création de l’Institut de Santé Globale de l’Alliance Sorbonne Université reflète ainsi l'engagement fort des communautés de l'ASU en faveur de la recherche, de la formation et de la communication en matière de santé globale, leviers essentiels pour transformer nos connaissances, pratiques et comportements et pour apporter une aide à la décision dans les politiques de santé mondiale. Cette structure inédite permet de proposer des projets concrets à fort impact scientifique et sociétal tout en favorisant des initiatives novatrices qui n'auraient pu voir le jour sans elle.
Juan-Fernando Ramirez, Jean-Michel Oppert