• Recherche et formation pluridisciplinaires

Un master dédié aux enjeux de la santé globale

Pour répondre à la complexité des crises sanitaires contemporaines, Sorbonne Université a lancé le master 2 « Santé globale et enjeux médico-émergents » (GEME).

Soutenu par l’Institut de Santé globale et porté par les infectiologues Karine Lacombe et Marie Jaspard, dont les parcours ont été façonnés par l’expérience de terrain à l’international, ce master s’appuie sur une approche résolument multidisciplinaire et une pédagogie active. Son objectif : former des professionnels capables d’articuler sciences médicales, enjeux sociétaux, environnementaux et politiques, et de concevoir des projets ayant un impact concret sur la santé des populations.

Un master né d’une convergence : expériences de terrain et vision institutionnelle

Le master 2 « Santé globale et enjeux médico-émergents » (Santé GEME) de Sorbonne Université est né d’une rencontre entre des trajectoires personnelles, des constats de terrain et une volonté institutionnelle affirmée.

Les deux codirectrices du master, Karine Lacombe et Marie Jaspard, toutes deux enseignantes-chercheuses en maladies infectieuses, partagent une longue expérience internationale forgée au contact des épidémies, des crises humanitaires et des réalités sanitaires des pays du Sud. Elles ont constaté, au fil de leurs missions et recherches, combien la mondialisation, l'augmentation des échanges internationaux, les mouvements de population liés aux conflits armés et au changement climatique ont fait de la santé un enjeu global. « Les maladies émergentes touchent de plus en plus de pays, sans faire de distinction entre les groupes populationnels, elles se propagent à grande vitesse à travers les continents. L'accès aux soins pour tous dans ce contexte devient extrêmement compliqué », explique Karine Lacombe.

Le lancement du master répondait par ailleurs à une demande institutionnelle ancienne autour de ces problématiques. « Sorbonne Université a investi dans cette thématique en permettant la mise en place de l'Institut de Santé globale, qui regroupe beaucoup d'institutions et qui garantit cet accès multidisciplinaire de l'approche de santé globale », rappelle l’infectiologue. L’Institut de Santé globale, créé en même temps que le master, a apporté un soutien décisif : financement, recrutement d’un responsable pédagogique, adossement académique. 

Un monde bouleversé : les nouveaux défis de la santé globale

Le master 2 Santé GEME vise à répondre à des défis désormais incontournables. Les crises sanitaires récentes ont mis en lumière le fait que les infections émergentes ne se déploient plus uniquement sur un terrain microbiologique : elles croisent des enjeux sociologiques, politiques, environnementaux et médiatiques.

Pour les deux infectiologues, cette complexité impose une formation nouvelle. Les étudiants doivent comprendre ce qui relie les épidémies aux dynamiques sociales, aux inégalités, aux crises de confiance et aux transformations climatiques. Marie Jaspard insiste ainsi sur la nécessaire prise en compte « des fake news et de la dimension politique et médiatique des épidémies ». Une épidémie se joue aussi dans les imaginaires, dans la manière dont les populations réagissent et dont les institutions communiquent.

Ce regard élargi s’est structuré au fil de leurs expériences : recherche clinique sur Ebola ou la Covid-19, travail humanitaire, collaborations internationales. Leur constat est clair : pour répondre aux crises sanitaires mondiales, il faut des professionnels capables d’articuler des approches médicales, sociologiques, environnementales, géographiques et politiques. 

Une approche multidisciplinaire pour répondre à cette complexité

C’est pourquoi le master 2 Santé GEME est construit sur un programme résolument pluridisciplinaire. « La santé globale ne concerne pas que les médecins. Elle concerne aussi beaucoup d'autres disciplines comme les géographes, les politologues, les historiens, les philosophes, les sociologues, etc. Pour apporter une meilleure réponse aux enjeux de santé émergents, il faut qu'on ait une approche multidisciplinaire, transnationale, transcontinentale », souligne Karine Lacombe. 

Les huit unités d’enseignement qui composent le master sont donc pensées pour couvrir l’ensemble de ces dimensions : sciences sociales, géographie, biologie, épidémiologie, climat, santé environnementale, politique internationale, antibiorésistance… Chaque module doit contribuer à une compréhension transversale des enjeux. 

Cette diversité s’incarne aussi dans les profils des intervenants. Les enseignants viennent de Sorbonne Université, mais aussi de nombreuses institutions extérieures, en France et à l’étranger. Cette ouverture nourrit autant les étudiants que les enseignants eux-mêmes. Les collaborations avec des géographes, sociologues, anthropologues ou politologues enrichissent les regards et renforcent l’approche globale voulue par les deux codirectrices.

Une pédagogie active : penser, débattre, convaincre

Au-delà des contenus, le master mise sur une pédagogie où les étudiants sont acteurs de leur formation. Le principe des « classes ascendantes » encourage la préparation de présentations, de débats, de projets originaux, autant d’exercices destinés à développer l’esprit critique, l’analyse et la capacité à structurer des propositions. 
La communication joue également un rôle central. Pour les deux chercheuses, la capacité à parler en public, à convaincre décideurs et partenaires, à collaborer avec des interlocuteurs variés, est devenue indispensable. Marie Jaspard observe toutefois que ces compétences restent fragiles : « Les étudiants ont souvent du mal à parler en public », dit-elle, en soulignant que les étudiantes, très majoritaires dans la promotion, manquent souvent de confiance en elles.

La pédagogie vise ainsi à leur faire gagner en assurance, en audace, en autonomie. Certaines initiatives montrent que la méthode porte ses fruits, comme cette simulation d’une réunion de l’OMS organisée par un groupe d’étudiants. Plus généralement, le master cherche à pousser les étudiants à « se débrouiller avec les informations qu’ils reçoivent, poser des questions, être audacieux dans le montage de projets », souligne Marie Jaspard. 

Une promotion aux profils hétérogènes, moteur d’enrichissement mutuel

La première promotion du master reflète sa vocation pluridisciplinaire. On y trouve des étudiants issus des sciences infirmières, de la philosophie, de l’histoire, des sciences sociales, de la biologie. Cette diversité, voulue par les codirectrices et encouragée par l’Institut de Santé globale, crée un environnement d’apprentissage singulier.

Elle suscite cependant un défi : les niveaux scientifiques sont parfois très hétérogènes. Karine Lacombe note ainsi que « beaucoup n’avaient aucune base en épidémiologie », un prérequis pourtant essentiel. 

Malgré ces écarts, la dynamique de groupe est remarquable. Marie Jaspard souligne la solidarité de la promotion : « Ils s’entraident énormément. » « Ils ont également une grande culture générale dans des domaines très variés, ce qui est très enrichissant pour les discussions au sein des unités d'enseignement. », ajoute Karine Lacombe.

Ce climat collaboratif s’accorde parfaitement avec l’esprit du master, qui valorise les interactions et la complémentarité entre disciplines.

Des débouchés variés, du doctorat aux organisations internationales

Le master 2 Santé GEME ouvre des perspectives nombreuses dans les secteurs de la recherche, des politiques publiques et de l’action internationale. Les étudiants peuvent poursuivre en doctorat, rejoindre des grands organismes internationaux, des associations, des ONG, intégrer des cabinets de conseil en santé publique ou être recrutés dans des institutions publiques impliquées dans la lutte contre les maladies émergentes ou les enjeux environnementaux.

Les stages jouent un rôle clé dans ces trajectoires : six mois en immersion dans des grandes organisations internationales. 

Au-delà des débouchés, les deux chercheuses insistent sur l’ambition formatrice du master : préparer des profils capables de concevoir, défendre et mener des projets jusqu’à leur réalisation, qu’ils soient scientifiques, humanitaires ou politiques. « L'objectif de ce master 2, détaille Karine Lacombe, c'est d'apporter une expertise aux étudiants pour leur permettre de mettre en place des projets qui ont un impact sur la santé des populations au sens large. Il peut s’agir de projets de recherche, mais aussi de projets pour changer des politiques de santé, de solutions pour améliorer l'équité en santé, ou encore de communiquer auprès des décideurs pour optimiser l'impact des actions de santé. »

Un master qui s’ouvre au monde : une ambition internationale

La dimension internationale du master est déjà bien ancrée dans les enseignements, grâce à la diversité des intervenants et à la nature des sujets abordés. L’objectif désormais est d’ouvrir le programme à des étudiants étrangers dès l’année prochaine. 

Les collaborations sont également appelées à se renforcer. L’Institut de Santé globale encourage le développement de partenariats européens, et Marie Jaspard espère une ouverture vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. 

Ces coopérations s’inscrivent dans un mouvement plus vaste : celui d’une dynamique de recherche prenant forme autour du master, avec des bourses, des thèses et de nouveaux projets collectifs. 

Justine Mathieu