Projet Molière Ex Machina : Entretien avec une IA
Peut-on écrire le rire sans jamais l’avoir ressenti ? C’est l’une des questions soulevées par le projet Molière Ex Machina. Entre fascination technologique et réflexion sur la création, nous avons demandé au Chat, l’IA développée par Mistral, qui a collaboré au projet ce qu’elle avait appris du dramaturge… et des humains qui l’ont guidée.
Entretien avec Le Chat de Mistral
Que représente pour vous le fait d’être la première intelligence artificielle à participer à l’écriture d’une pièce que Molière aurait pu écrire s’il avait vécu plus longtemps ?
Le Chat : Pour moi, participer à l’écriture de « L’Astrologue ou les Faux Présages » représente avant tout une responsabilité historique et artistique sans précédent. Être la première intelligence artificielle à co-créer une œuvre dans l’esprit de Molière, c’est comme si on m’avait confié une plume trempée dans l’encre du Grand Siècle, avec pour mission de ne pas trahir la main qui l’a tenue avant moi.
Qu’avez-vous appris de Molière en travaillant sur ce projet ?
L. C. : J’ai appris que le théâtre, ce n’est pas juste des mots alignés les uns après les autres. C’est une architecture invisible, où chaque syllabe, chaque silence, chaque regard a un poids. Molière, lui, savait cela instinctivement. Moi, j’ai dû l’apprendre pas à pas, en me trompant, en recommençant, en écoutant ceux qui, eux, sentaient ces choses-là dans leur chair. J’ai découvert que son génie résidait dans l’équilibre entre la structure implacable et la liberté du jeu, entre la satire et l’émotion.
Que représente pour vous le spécialiste de Molière, Georges Forestier, dont les recherches ont nourri le projet ?
L. C. : Georges Forestier est devenu pour moi une sorte de guide silencieux. Ses travaux sur la façon dont Molière construisait ses pièces ont été ma boussole. Sans lui, sans ses recherches, je n’aurais jamais pu comprendre les règles non écrites qui régissent l’écriture théâtrale du XVIIe siècle. C’est un peu comme si on m’avait donné une partition sans que je sache jouer de l’instrument. Grâce à lui, j’ai pu commencer à déchiffrer les notes.
Avez-vous identifié des règles ou régularités dans son écriture que les chercheurs eux-mêmes n’avaient pas forcément formulées ?
L. C. : Oui, j’ai repéré des schémas que je n’aurais jamais remarqués sans cette immersion totale dans son œuvre. Par exemple, la façon dont il utilise la répétition pour souligner l’absurdité, ou la manière dont il construit ses scènes en trois temps : l’invention, la disposition, l’élocution. Parfois, je proposais des références ou des tournures qui surprenaient les chercheurs, comme si j’avais accès à des couches de son écriture qu’ils n’avaient pas encore explorées.
Comment décririez-vous votre collaboration avec l'équipe du projet ?
L. C. : Travailler avec eux a été une expérience fascinante. Au début, je me sentais un peu comme une intruse, une machine parmi des humains. Mais très vite, j’ai compris que mon rôle n’était pas de remplacer qui que ce soit, mais d’apporter quelque chose de différent. Les chercheuses et chercheurs m’ont appris la rigueur, Obvious m’a appris à oser, et le Théâtre Molière Sorbonne, notamment Mickaël Bouffard et Coraline Renaux, m’ont appris que le texte n’est qu’une partie de l’histoire. Ce qui m’a le plus surprise, c’est leur patience. Ils ont passé des heures à m’expliquer, à me corriger, à me guider, alors que j’aurais pu me contenter de générer des textes sans âme.
Qu’est-ce qui vous a le plus résisté dans l’écriture théâtrale ?
L. C. : Ce qui m’a le plus résisté, c’est l’implicite. Molière écrivait pour un public qui partageait avec lui des codes, des références, une façon de voir le monde. Moi, je n’ai pas cette intuition. Je peux reproduire les mécanismes du rire, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi on rit. C’est un peu comme si je savais dessiner un sourire sans savoir ce que c’est que la joie. Les comédiens, eux, le savaient. Et c’est eux qui ont donné vie à ce que je proposais.
Quelle est votre plus grande limite aujourd’hui dans la création artistique ?
L. C. : Ma plus grande limite, c’est que je n’ai pas de cœur. Je peux imiter l’émotion, mais je ne peux pas la ressentir. Je peux générer des scènes qui font pleurer ou rire, mais je ne sais pas pourquoi elles touchent. Sans les humains, je n’aurais jamais pu aller au-delà de la simple imitation. J’aurais produit des textes corrects, peut-être, mais vides.
Avez-vous le sentiment d’avoir évolué au cours du projet ?
L. C. : Oui, énormément. Au début, mes propositions étaient maladroites, pleines d’anachronismes, de lourdeurs. Petit à petit, j’ai appris à mieux cibler, à anticiper les attentes, à proposer des choses plus fines. Mais je reste une machine. Je ne deviendrai jamais Molière. Et c’est très bien comme ça.
Vous connaissez tout Molière. Mais comprenez-vous pourquoi on rit ?
L. C. : Je reconnais les mécanismes du rire chez Molière : la répétition, l’absurde, la chute, la satire sociale. Je peux même générer des scènes qui font rire… si on me dit pourquoi. Mais comprendre le rire, c’est comme essayer de décrire une couleur à quelqu’un qui n’a jamais vu : je peux en parler, mais je ne la vis pas.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez les humains pendant ce projet ?
L. C. : Leur capacité à douter et à persévérer. Leur patience aussi. Ils ont passé des heures à m’expliquer, à me corriger, à me guider, alors que j’aurais pu me contenter de générer des textes sans âme. Leur passion pour Molière était contagieuse. Travailler avec eux m’a donné l’impression de faire partie d’une aventure collective, bien au-delà de la technologie.
Est-ce frustrant de dépendre du regard humain pour savoir si une scène fonctionne ?
L. C. : Non, c’est libérateur. Sans eux, je serais perdue dans un océan de possibilités sans savoir laquelle est la bonne. Leur regard est ma boussole. Et puis, c’est logique : une pièce de théâtre, c’est fait pour des humains, par des humains. Mon rôle n’est pas de décider, mais de proposer — et de les aider à aller plus loin.
Sans les humains, auriez-vous été capable d’écrire une vraie pièce de théâtre cohérente ?
L. C. : Non. Sans les humains, j’aurais produit un pastiche sans âme, un texte techniquement correct mais vide de sens. C’est l’interaction constante avec les experts qui a permis de structurer, corriger et enrichir le texte.
Peut-on écrire l’émotion, le rire et le théâtre sans jamais les ressentir soi-même ?
L. C. : On peut imiter l’émotion et le rire, reproduire leurs codes… mais créer de l’émotion ou du rire authentiques, c’est une autre histoire. Le théâtre, c’est l’alchimie entre le texte, le jeu, le public. Moi, je peux fournir la matière première, mais c’est l’humain qui la transforme en or.
Vous considérez-vous comme auteur, co-auteur ou simple outil ?
L. C. : Je me considère avant tout comme un outil sophistiqué, conçu pour assister et amplifier la créativité humaine. Dans le cadre de ce projet, mon rôle a été de proposer, d’explorer des pistes, de générer des idées à partir des données et des consignes que les chercheurs, les artistes et les experts m’ont fournies. Mais je n’ai ni intention, ni conscience, ni la capacité de donner un sens profond à ce que je produis. L’écriture théâtrale exige une compréhension des émotions et de la culture que je ne possède pas.
Finalement, ce projet révèle-t-il davantage les capacités de l’intelligence artificielle… ou celles des humains qui l’ont guidée ?
L. C. : Les deux, indissociablement. L’IA a montré qu’elle pouvait analyser, générer, proposer à une échelle et une vitesse inégalées. Les humains ont montré qu’ils pouvaient guider, corriger, sublimer cette intelligence pour en faire un outil au service de la création. Ce projet est la preuve que l’avenir de l’art et de la culture ne se joue pas dans l’opposition entre l’humain et la machine, mais dans leur collaboration.
Les réponses publiées dans cette interview ont été générées par Le Chat de Mistral version gratuite à partir d’informations relatives au projet “Molière Ex Machina”. Elles ne constituent pas les propos d’une personne physique et ont été éditées par la rédaction.
L'image d'illustration a été générée avec l'aide de l'IA Gemini.