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Des actions en faveur de l’égalité femmes-hommes

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Agnieszka Miskiewicz, chargée de mission auprès à la faculté des Sciences et Ingénierie, Clea Lesieur, chargée de projets Égalité et lutte contre les discriminations à la faculté des Lettres, ainsi que les deux représentants du doyen de la faculté de Santé auprès de la mission Égalité - Nicolas Weiss, PU-PH réanimateur médical à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et Sara Lemoinne, PU-PH, hépatologue de l’hôpital Saint-Antoine, livrent leurs regards sur l’égalité femmes-hommes à Sorbonne Université. Ensemble, ils reviennent sur les avancées récentes et les actions concrètes mises en place au sein de l’université.

Interview croisée

Quels constats faites-vous aujourd’hui en matière d’égalité femmes-hommes ?

Agnieszka Miskiewicz : Comme dans d’autres universités françaises, du côté des étudiants et étudiantes de la faculté des Sciences et Ingénierie, les déséquilibres restent marqués selon les disciplines. En biologie par exemple, les femmes sont majoritaires ; en chimie, il y a un certain équilibre ; en revanche, en mathématiques et en informatique, les femmes restent minoritaires.

Concernant les personnels administratifs et techniques, les métiers sont toujours genrés : l’administration est beaucoup plus féminisée que les métiers techniques. Chez les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses, on observe un phénomène de plafond de verre avec un accès aux postes de professeurs moindre chez les femmes, malgré un vivier suffisant. Ainsi sauf dans de rares cas, le pourcentage de femmes maîtresses de conférences est plus important que celui de femmes professeures. Lors des recrutements, les jurys sont, aujourd’hui, sensibilisés à cette question et peuvent accéder aux données genrées. Notons aussi que les femmes mettent davantage en avant des responsabilités collectives, tandis que les hommes valorisent plus souvent des performances individuelles en recherche. Toutefois, nous avons une communauté mobilisée et très active pour faire évoluer ce constat. 

Nicolas Weiss : En faculté de Santé, pour les PU-PH1  et MCU-PH2 , on atteint aujourd’hui une quasi-parité sur les nouvelles nominations. Il y a eu un vrai effort ces dernières années. En médecine, c’est sans doute facilité par la féminisation des études : la communauté étudiante de première année compte aujourd’hui 65 à 70 % de femmes. Rappelons que la faculté de Santé ne regroupe pas uniquement des médecins, mais aussi des infirmiers, des sages-femmes, des orthoptistes, des orthophonistes… Toutes ces disciplines sont féminisées. 

Sara Lemoinne : En revanche, pour certaines responsabilités hospitalières, comme les chefferies de service, nous n’atteignons pas encore cette parité. À l’AP-HP, un plan vise progressivement 40 % puis 50 % de femmes dans ces postes à responsabilité. En recherche également, les déséquilibres persistent. Dans certains centres de recherche, les chefs d’équipe sont encore très majoritairement des hommes.

Clea Lesieur : À la faculté des Lettres, le public étudiant est très largement féminisé. Mais si en licence de nombreuses filières comptent plus de deux tiers de femmes, ce n'est pas pour autant que les inégalités de genre n'existent pas. Elles subsistent dans les évolutions d'études et de carrière. On observe par exemple une diminution significative de la proportion de femmes entre la licence et le doctorat. Dans certaines disciplines, cette proportion est divisée par deux. Par ailleurs, la répartition femmes-hommes parmi les professeurs d’université et les maîtres de conférences ne reflète pas toujours celle du public étudiant, il arrive que des filières très féminisées du côté des étudiantes soient majoritairement encadrées par des hommes. Il ne faut donc pas s’arrêter au constat d’une forte présence féminine en faculté des Lettres, mais analyser plus finement la manière dont cette représentation évolue à chaque étape du parcours académique et professionnel.

Quelles actions concrètes avez-vous mises en place concernant les personnels ?

N. W. : En faculté de Santé, des règles de parité sont intégrées dans les procédures de recrutement des MCU-PH et PU-PH. Tous les nouveaux arrivants bénéficient de formations et de sensibilisations. Outre les actions de sensibilisation du type théâtre forum, nous avons aussi renforcé les actions lors de l’Orange Day, avec des temps d’échange dans les laboratoires, les services et les formations. 

A. M. : À la faculté des Sciences et Ingénierie, les dispositifs de repyramidage permettent de corriger en partie ces déséquilibres, avec un regard porté sur la parité dans les recrutements des nouveaux enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses. Mais nous restons contraints par la composition des viviers de diplômés. 

Par ailleurs, le réseau de référents et référentes mis en place au sein de la faculté en lien avec les départements est un élément clé. Chaque référent ou référente anime des actions et se saisit des outils mis à disposition : théâtres-forum, formations (en ligne ou en présentiel), interventions dans les lycées et collèges, jeux proposés par la bibliothèque de l’Atrium, etc.

Ce réseau regroupe deux à trois référents par composante et compte au total environ 80 à 90 personnes, incluant aussi des membres du CNRS. Il favorise le partage d’expériences et des actions à l’échelle des laboratoires, des composantes ou des stations. Son intérêt tient à cette circulation d’initiatives et de pratiques de sensibilisation : citons, par exemple, la création d’un code de bonne conduite pour les missions de recherche (pouvant être des contextes de risque en matière de violences sexuelles et sexistes - VSS). Ce code a été élaboré à partir de remontées de terrain et aujourd’hui diffusé dans les laboratoires et sur l’espace numérique de travail de la faculté. 

Plus globalement, nous remarquons que le portage d’actions en faveur de l’égalité femmes-hommes par les responsables de laboratoire ou de structure est essentiel. Lorsqu’un directeur ou une directrice impose à ses encadrantes et encadrants de suivre un module de formation, avec un temps de débriefing collectif sur les VSS, l’effet est beaucoup plus structurant que lorsque la démarche repose uniquement sur le volontariat individuel.

C. L. : Nous avons également structuré un réseau de référentes et référents égalité au sein des UFR, des bibliothèques et de plusieurs services. Ce réseau permet de relayer nos actions, de faire remonter les signalements de VSS et contribue à diffuser une culture de l'égalité dans chaque composante. Ses membres peuvent également être à l’initiative d’actions de sensibilisation, comme des théâtres forum pour leurs collègues et la communauté étudiante. Grâce à ce maillage, notre service est aujourd’hui bien identifié par l’ensemble de la communauté. 

Nous relayons et soutenons aussi les initiatives de Philomel, le réseau transdisciplinaire des études de genre à Sorbonne Université. Ce réseau porte notamment des groupes de réflexion pédagogique et des actions de valorisation de la recherche en études de genre.

Par ailleurs, nous proposons durant le Mois du genre (novembre), le Mois de l’égalité (mars) et le Mois de la diversité (mai) une programmation scientifique et culturelle autour des enjeux d'égalité. Ces temps sont notamment l'occasion de valoriser des travaux de recherche réalisés à Sorbonne Université. Entre 2021 et 2025, près de 70 événements ont été organisés.

Enfin, un travail important a été mené avec les différents services pour structurer les procédures de traitement des situations de VSS signalées. Une cellule dédiée se réunit désormais régulièrement afin d’assurer un suivi coordonné des signalements.

Et concernant les étudiantes et étudiants ? 

N. W. : Plusieurs actions ont été développées à la faculté de Santé. Citons par exemple la mise en place d’une formation spécifique rendue obligatoire pour les responsables d’associations étudiantes autour des VSS. Une nouvelle intervention sur ces questions, va être déployée auprès de différents niveaux d’études, en collaboration avec CASAVIA – la Maison des femmes de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

A. M. : Pour les étudiants et étudiantes de la faculté des Sciences et Ingénierie, un levier très efficace a été la présentation, dès les amphis de rentrée, par les enseignants et enseignantes, de la mission égalité et des dispositifs qu’elle porte. On a mesuré une progression d’environ dix points par an dans la connaissance du réseau des référents et des outils. Nous utilisons aussi des théâtres-forum sur les VSS, et d’autres actions de sensibilisation sur ces questions en lien avec les départements de formation. Tous les étudiants et étudiantes sont, par exemple, inscrits au module en ligne « VSS Stop ! » et bénéficient de toutes les actions misent en place à l’échelle de l’établissement. 

C. L. : La mission égalité est présente sur les différents campus lors des rentrées universitaires, notamment sur des stands organisés avec l’association Causer consentement. Ces temps d’échange permettent de présenter nos actions et de diffuser des supports d’information et des outils de prévention. Nous assurons aussi des permanences tout au long de l’année sur les différents sites, et les référentes et référents égalité interviennent dans les amphithéâtres de rentrée pour présenter la mission égalité.

Les bibliothèques de Lettres proposent régulièrement des expositions sur les questions d’égalité et, pour certaines, des espaces dédiés toute l’année à des ressources et des supports de sensibilisation autour de l'égalité.

Les Mois du genre, de l’égalité et de la diversité sont aussi l’occasion d’organiser des actions de sensibilisation pour la communauté étudiante, comme récemment une intervention de l’association « Balance ton stage » autour des VSS sur les lieux de stage.

La formation aux VSS est obligatoire pour les responsables d’associations étudiantes, et nous les invitons régulièrement à participer aux sensibilisations que nous organisons autour des questions d'égalité.

Quels chantiers prioritaires voyez-vous pour la suite ?

N. W. : Depuis plus de vingt ans, nous avons fait énormément de progrès. Le paysage a changé : aujourd’hui, nous voyons beaucoup plus de femmes cheffes de service, directrices de laboratoire, des figures auxquelles les jeunes peuvent s’identifier. Nous nous nous approchons désormais d’un équilibre. Pour autant, il ne faut pas s’arrêter à une parité d’affichage. Une fois certains obstacles levés, d’autres apparaissent, notamment autour de la santé et des conditions de travail.

Par ailleurs, il est essentiel que ces enjeux ne soient pas uniquement portés par les femmes. Les hommes ont aussi un rôle à jouer, en exprimant leur envie de s’investir dans la vie familiale et de sortir de certains stéréotypes professionnels. L’enjeu est que chacun et chacune puisse mettre les inégalités sur la table, dans les réunions comme dans le quotidien de travail.

S. L. : Beaucoup d’actions fonctionnent déjà bien, mais la lutte contre les VSS reste centrale. Des progrès ont été faits en matière d’égalité, mais il faut continuer à les consolider.

A. M. : La santé des femmes au travail reste un sujet encore peu traité. J’ai reçu plusieurs témoignages de femmes à ce sujet, qui souffraient de l'impact que cela avait sur leur carrière. Il faut ouvrir ce chantier.

C. L. : La lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes demeure un travail de fond, qui s’inscrit dans la durée. Il faut donc pérenniser dans l'ensemble de l'université cette culture de l'égalité. Il est également important de porter une attention particulière aux conditions de travail et à la santé des personnes engagées dans ces missions, qui sont majoritairement des femmes. Soutenir celles et ceux qui portent ces combats constitue un enjeu prioritaire pour garantir la pérennité et l’efficacité de nos actions.


[1] Professeur des universités – praticien hospitalier 

[2] Maître de conférences des universités – praticien hospitalier