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HyVibe, la startup qui transforme le monde en haut-parleur

Ancien chercheur en acoustique à Sorbonne Université, Adrien Mamou-Mani a cofondé HyVibe en 2017. Huit ans plus tard, sa technologie brevetée équipe guitares et véhicules, et séduit jusqu’aux Rolling Stones.

Adrien Mamou-Mani

« HyVibe transforme le monde en haut-parleur en révélant les propriétés vibratoires et sonores des objets qui nous entourent », résume Adrien Mamou-Mani. Cofondée par cet ancien chercheur en acoustique de Sorbonne Université et l’Ircam, HyVibe conjugue recherche scientifique et innovation industrielle. Cette entreprise française, pionnière du son embarqué, fait partie des six startups sélectionnées pour intégrer la Cité de l’innovation en 2026.

 

De la recherche à l'innovation

Avant de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, Adrien Mamou-Mani a passé plus de dix ans, depuis son doctorat soutenu en 2007 à l'Institut Jean Le Rond d'Alembert, à faire de la modélisation mécanique appliquée aux instruments de musique. « J’ai travaillé avec des luthiers dès mon premier stage au musée de la musique où j’aidais à restaurer et à concevoir des copies d’instruments anciens », se souvient Adrien Mamou-Mani.

Cette expertise se prolonge lors d’un post-doctorat à l’Open University, au Royaume-Uni, où il collabore avec des fabricants de hautbois et de trompettes pour faire le lien entre science et savoir-faire traditionnel.

C’est là qu’émerge une idée fondatrice : « Faire comme un luthier, mais de manière numérique. Modifier la sonorité d’un instrument non pas à la main, mais par le contrôle actif des vibrations, en programmant directement la matière. » L’un de ses directeurs de thèse, Charles Besnainou, avait déjà mené des prototypes en ce sens. Grâce à la miniaturisation et aux nouveaux algorithmes, ce qui se faisait alors en laboratoire devenait enfin envisageable dans des objets réels, portables, connectés.

À son retour en France, Adrien Mamou-Mani obtient un financement de l’ANR et monte une équipe de recherche à l’IRCAM autour d’un projet intitulé Smart instruments. « On faisait des études sur le contrôle, on écoutait et on corrigeait les propriétés vibratoires des instruments », explique-t-il. Ce projet de recherche s’est petit à petit transformé en projet entrepreneurial. « Il y a beaucoup d’entrepreneurs dans ma famille, et même dans ma manière de faire de la recherche, j’étais déjà tourné vers l’extérieur, j’allais à la rencontre d’investisseurs. » En 2016, un signal fort précipite la décision. « Yamaha, leader mondial des instruments de musique avait lancé quelque chose qui allait dans la direction de ce que je savais faire. Je me suis dit : c’est maintenant ou jamais. »

L’année suivante, HyVibe est née. Un fonds d’investissement deep tech, IT Translations, ainsi que les incubateurs 104factory et Agoranov accompagnent le lancement. CEO de la startup, Adrien Mamou-Mani conserve une casquette de directeur scientifique : « Aujourd'hui, je poursuis ce travail en mécanique vibratoire et acoustique en apportant mes recherches au plus près des usages », explique-t-il. Un cheminement logique, et une volonté de faire le pont entre science fondamentale et applications concrètes.

Une technologie vibratoire brevetée

La technologie d’Hyvibe, qui a débouché sur une série de brevets internationaux, consiste à maîtriser en temps réel les effets des vibrations grâce à des algorithmes. Ce design vibratoire permet à un objet de produire un son désiré, selon sa matière et sa forme.

La mise en œuvre repose sur de petits actionneurs électrodynamiques, similaires à certains vibreurs de téléphones, que l’on fixe à des objets. Pour obtenir une qualité sonore, il ne suffit pas de les faire vibrer : chaque matière, chaque forme a une sonorité propre. Un capteur est donc ajouté à l’endroit où l’objet est mis en vibration afin d’écouter la réponse acoustique en temps réel. Les algorithmes viennent alors moduler le signal sonore pour compenser les résonances naturelles de l’objet, comme le ferait un système de réduction de bruit. L’ensemble permet de transformer n’importe quelle surface en enceinte optimisée, quel que soit le matériau. « On n’a plus besoin de haut-parleurs classiques. On fait vibrer directement les objets. Résultat : une excellente qualité sonore, un encombrement réduit, et une empreinte environnementale plus faible », détaille Adrien Mamou-Mani.

Le premier produit phare de la startup, la smart guitare, est un système embarquant tous les effets numériques (réverbérations, chorus, etc.) directement dans la caisse d’une guitare acoustique. Une innovation qui dispense les musiciens de pédales et d’amplificateurs : « La caisse de résonance devient un haut-parleur à elle seule. Tous les sons numériques sortent directement de l’instrument acoustique, connectée en Bluetooth », précise-t-il. Aujourd’hui, ce kit est commercialisé dans une vingtaine de pays. Plus de 20 000 unités ont déjà été vendues à travers le monde. Et parmi les utilisateurs, on retrouve les noms de Mick Jagger et de Jean-Louis Aubert !

 

Smart guitar de Hyvibe

Smart guitar de Hyvibe ©Hyvibe

De la guitare aux voitures

Le succès du produit dans le monde de la musique a ouvert la voie à d'autres secteurs comme l’automobile : « On fait vibrer les plastiques, les aciers, les verres des voitures », explique Adrien Mamou-Mani. L’objectif : réduire la masse et le volume des systèmes audio. « Aujourd’hui, certains modèles embarquent jusqu’à 30 haut-parleurs. Notre approche permet de réduire ce nombre et de remplacer les caissons de basse volumineux par de petits moteurs qui font vibrer le pare-brise et de réduire jusqu’à 90 % le volume occupé. Ça a un vrai impact sur le design et la simplicité d’assemblage. » Ces modules sont faciles à fixer, démonter ou remplacer, à la différence des haut-parleurs classiques intégrés dans les portières. « En réduisant l’usage de matière et en intensifiant celui des objets existants, nos solutions s’intègrent parfaitement au programme d’économie circulaire », souligne le CEO de HyVibe.

Devenir le Dolby de la vibration

Pour l’avenir, HyVibe entend continuer d’explorer de nouveaux usages. « Tout ce qui vibre peut produire du son. Nous en sommes aux débuts d’un changement de paradigme, affirme Adrien Mamou-Mani. La vibration contrôlée va devenir une alternative pertinente dans les années qui viennent ». Des géants comme Sony ont déjà lancé des téléviseurs dont la dalle LED elle-même vibre, sans haut-parleur. « Ce sont des entreprises avec qui on discute aujourd’hui », précise-t-il.

Au-delà de l’audio, HyVibe s’intéresse aussi à la réduction du bruit à la source. « Comme on contrôle la vibration, on peut aussi la réduire quand elle est gênante, dans des pompes à chaleur, des blocs de climatisation, des machines tournantes dans les usines », explique-t-il. Une même technologie peut donc servir à créer une expérience sonore immersive… ou à supprimer les nuisances vibratoires.

Dans un futur proche, Adrien Mamou-Mani entrevoit la possibilité de sculpter les vibrations des objets à volonté : « On pourra faire sonner un objet comme on le souhaite, pour diffuser de la musique, limiter les bruits parasites, ou générer un retour tactile de qualité via des surfaces interactives. » Parmi eux, le son extérieur pour véhicules électriques : « Jusqu’à 30 km/h, ces voitures ne font naturellement quasiment pas de bruit. Il y a des études qui montrent que cela cause des accidents. Des réglementations internationales obligent les constructeurs à générer du son, ce qu’ils font aujourd’hui avec des petits haut-parleurs cachés derrière le pare-choc, souvent de mauvaise qualité. Une de nos applications serait faire vibrer l’extérieur de la voiture pour produire un son mieux ciblé sur les passants, et conforme aux réglementations. »

Pour cela, la startup continue de développer des algorithmes adaptatifs grâce à l’intelligence artificielle : « Aujourd’hui, nous développons des algorithmes basés sur des réseaux de neurones, en croisant le monde physique avec celui de l’apprentissage machine. »

Avec six salariés, principalement ingénieurs et docteurs, ainsi qu’un entrepreneur californien, la startup ambitionne de devenir une référence mondiale dans son domaine. « On voudrait devenir le Dolby de la vibration », confie le cofondateur. « Notre rêve, c’est que dans quelques années, il y ait un tampon HyVibe, garant d’une vibration optimisée de qualité », conclut l’entrepreneur. Une manière d’imposer cette technologie comme le standard haut de gamme, aussi bien dans la musique que dans d’autres secteurs industriels.

Une startup intégrée à la Cité de l’innovation

Présente cette année à Vivatech aux côtés de Sorbonne Université, la startup HyVibe s’installera prochainement à la Cité de l’Innovation : un retour aux sources pour Adrien Mamou-Mani, mais aussi une continuité naturelle de la collaboration avec ses partenaires académiques. « On a déjà eu plusieurs projets avec l’Institut Jean Le Rond d’Alembert, dont une thèse Cifre en commun. On a aussi mené un projet ANR avec l’IRCAM », rappelle-t-il. Pour lui, cette proximité géographique est une opportunité précieuse : « Avoir des capacités de mesure ou d’expérimentation à quelques mètres, c’est une chance énorme », se réjouit-il.

Au-delà des aspects techniques, cette intégration incarne aussi une volonté de renforcer les liens entre sciences, création et innovation. Représentant de l’Ircam à la création de Collegium Musicæ en 2016, Adrien Mamou-Mani revendique un intérêt certain pour les passerelles entre sciences physiques et sciences humaines : « J’ai enseigné en licence de musicologie et au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Le dialogue entre la recherche scientifique, l’ethnomusicologie et la création musicale m’a toujours motivé. » Faire partie de la Cité de l’innovation ouvre aussi des perspectives concrètes de valorisation. « On imagine déjà des partenariats pour intégrer nos dispositifs dans les lieux ouverts au public, avec des expériences d’écoute sans haut-parleur, via nos systèmes connectés en Bluetooth », espère-t-il.