Think Education & Recherche 2026 : un rendez-vous pour penser, ensemble, le futur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Le 5 février, Sorbonne Université a accueilli une nouvelle fois l'évènement Think Education & Recherche 2026, organisé par News Tank et Campus Matin. Pour cette onzième édition, se sont réunis décideuses, décideurs, dirigeantes, dirigeants, actrices et acteurs de l’ESR. Leur objectif : débattre des transformations à l’œuvre à travers la thématique « Diversité en question, diversités en action ».
Cette journée a été ouverte par Nathalie Drach Temam, présidente de Sorbonne Université et d’Udice, Philippe Aghion, co-lauréat 2025 du prix Nobel d’économie et professeur au Collège de France, et Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan.
Nathalie Drach-Temam a rappelé le rôle central des universités en tant qu’acteurs clés de la souveraineté technologique. Elle a insisté sur l’importance de la recherche menée sur le temps long, tout en soulignant la nécessité de renforcer la recherche partenariale ainsi que les transferts des travaux issus du monde universitaire. Elle a également cité en exemple les alliances entre universités européennes, comme 4EU+, qui reposent avant tout sur une coopération étroite.
Nathalie Drach-Temam« Les universités sont des actrices incontournables pour la souveraineté technologique. Elles ont évolué de manière remarquable ces 10 à 15 dernières années pour s'adapter au marché du travail et renforcer les transferts de technologie. Il existe toutefois encore un déficit de connaissance et de reconnaissance de tout ce que les universités peuvent apporter en France et en l'Europe ! »
De son côté, Philippe Aghion a souligné l’excellence de la recherche française, qui, bien que confrontée à un manque de moyens, parvient à créer un écosystème favorable aux innovations de rupture à l’échelle internationale. Il a rappelé que ce type d’innovation repose nécessairement sur un investissement dans la recherche de long terme. À ce titre, il a valorisé le rôle central des LabEx, ces laboratoires d’excellence français, véritables incubateurs de recherche intensive et moteurs des innovations de demain. Il a lancé un appel au « réveil de l’Europe » afin d’attirer les meilleurs chercheuses et chercheurs du monde.
Philippe Aghion« La grande nouveauté actuellement est que les États-Unis cessent d’être un pays vraiment démocratique. L’Europe a du soft power, on a un certain nombre d’atouts qui font qu’on a vocation à attirer des chercheurs. Aux États-Unis, on ne se sent plus libre de parler, les gens n’osent plus s’exprimer dans les réunions où je vais. Les étudiants étrangers ont peur car ils pensent qu’ils vont être reconduits à la frontière. »
Clément Beaune a, lui, abordé le sujet de la méconnaissance de la recherche issue du monde universitaire chez les politiques et a rappelé le rôle du haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, comme « carrefour de la République » et centre d'expertises mêlant universitaires et politiques.
Clément Beaune« Les décideurs publics sont bien formés, mais la démarche de recherche est mal connue et réciproquement. Nous essayons d'être le pont entre ces mondes. »
Coopérer, former, gouverner : repenser l’action publique à l’heure des transitions
La première keynote a mis en avant l'association La Cordée qui œuvre à l'inclusion, l'égalité des chances et la diversité au sein du service public. Renaud Mimin (Casden) et Emilien Bayette (La Cordée) ont tous les deux insisté sur l'importance d'attirer les jeunes talents dans la fonction publique.
La matinée s'est poursuivie avec un débat consacré aux coopérations internationales dans l’ESR et les stratégies à adopter dans un contexte géopolitique en profonde mutation, avec Éric Berton (Aix-Marseille Université), Coralie Chevallier (Hcéres), Thierry Damerval (Ministère en charge de la recherche, de l’Europe et des affaires étrangères), Delphine Manceau (Neoma Business School, CGE, AACSB) et Anne Lequy (Conseil scientifique allemand Wissenschaftrat). Les échanges ont porté sur les choix de partenariats, les initiatives Choose France et Choose Europe, la régionalisation des mobilités et l’ouverture vers des pays émergents comme l’Inde, le Brésil et l’Asie du Sud.
En parallèle, s'est tenue une table ronde dédiée à la formation des leaders inclusifs de demain. Les échanges, nourris par les interventions d’Élisabeth Crépon (Institut Polytechnique de Paris), Bertrand Monthubert (programme Atypie-Friendly), Raphaëlle Renusson-Ndaw (Covéa), Amaël André (Inspé de Rouen) et Yannick Girault (Ecoles nationales des finances publiques), ont souligné la nécessité de faire de la diversité, de l’équité et de l’inclusion de véritables compétences à enseigner et à incarner.
Pour clôturer cette matinée d'échanges, deux débats parallèles se sont tenus : l’un sur les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur avec Léon Laulusa (ESCP Business School), Agnès Van Zanten (CNRS, Sciences Po Paris), Régis Bordet (Université de Lille, L’Initiative) et Emmanuel Duflos (EPF, Cdefi) ; l’autre sur l’interdisciplinarité en recherche et innovation, réunissant Nathalie Dompnier (Comue Université de Lyon), Martina Knoop (CNRS), Bernard Lahire (CNRS, Centre Max Weber), Jean-Luc Moullet (Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace) et Philippe Roingeard (Université de Tours)..
Mettre la diversité au cœur de la science et de l’ESR
L'après-midi s'est ouverte sur une keynote de Guillaume Leblanc (Elsevier/Relx Group) sur l'importance de la diversité comme boussole pour aiguiller la science.
Ces réflexions se sont poursuivies autour d’un débat consacré aux moyens de la diversité et à la diversité des moyens, et a interrogé les capacités de l’ESR à soutenir ses ambitions dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Face aux incertitudes et aux évolutions de la loi de programmation de la recherche, Vincenzo Vinzi (Essec, CDEFM), Jean-Philippe Bourgoin (CEA), Bruno Bouchard (Université Paris Dauphine - PSL), Jean Charroin (FESIC) et Claire Giry (ANR) ont débattu des leviers encore mobilisables.
Ensuite, une table ronde dédiée aux missions égalité et diversité a mis en lumière le défi de leur généralisation, entre reconnaissance institutionnelle et contraintes opérationnelles. Caroline Rolland-Diamond (Université Paris Nanterre), Pascale Gibert (Institut Gaston Berger – INSA) et Véronique Van de Bor (CPED) ont partagé leurs analyses sur la structuration de ces missions majeures.
Après de riches échanges et débats, la journée s’est achevée avec la deuxième édition des prix de News Tank/Emerging. Plusieurs distinctions ont été attribuées, notamment pour la structuration de la coopération, la contribution aux dynamiques territoriales, le développement durable et la pertinence des contenus.