Sorbonne Université et l’École française de Rome unissent leurs forces pour la recherche et la formation
Sorbonne Université et l’École française de Rome viennent de signer une convention pour renforcer leurs liens scientifiques et pédagogiques. Fruit de trois années de travail, ce partenariat ravive une relation ancienne entre les deux établissements. Objectif : former des chercheurs et chercheuses capables d’appréhender la civilisation romaine et l’histoire de l’Italie dans toutes ses dimensions, de l’Antiquité à l’époque contemporaine.
Une tradition commune à renouer
L’histoire qui unit Sorbonne Université et l’École française de Rome est ancienne. « Traditionnellement, il y avait une liaison étroite, à la fois humaine et scientifique, entre nos deux établissements, autour de l’étude de l’Antiquité romaine et de l’histoire de l’Italie dans toute son étendue », rappelle Alexandre Grandazzi, professeur de langue et littérature latines et directeur de l’Institut d’études latines (UFR de Latin) de Sorbonne Université.
Cette coopération s’est illustrée avec de grands noms de la recherche, parmi lesquels Jean Bayet et Pierre Boyancé, qui furent tous deux professeurs de littérature latine à la Sorbonne avant de devenir les directeurs successifs de l’École française de Rome dans la seconde moitié du XXe siècle. Mais depuis une vingtaine d’années, ces liens s’étaient relâchés. « L’étude de l’Antiquité romaine s’est orientée davantage vers l’archéologie et moins vers les textes, qui sont au cœur de notre approche à Sorbonne Université. Et puis, les relations dépendent aussi beaucoup des personnes et des réseaux qui se créent au fil des générations », analyse Alexandre Grandazzi.
Constatant cette situation, le directeur de l’UFR de Latin s’est fixé un objectif ambitieux : recréer une collaboration structurée, durable et ouverte à l’ensemble des disciplines concernées.
Un partenariat à l’échelle de l’université
La convention signée fin avril 2025 dépasse largement le cadre du latin et de l’Antiquité. Elle concerne une quinzaine d’écoles doctorales de Sorbonne Université, de l’histoire de l’art à la chimie en passant par l’informatique et la géographie. « Nous nous sommes aperçus, par exemple, que des scientifiques de Sorbonne Université avaient un rôle clé à jouer dans le déchiffrage des papyri d’Herculanum grâce à des techniques de pointe. D’où l’implication de l’école doctorale Physique et chimie des matériaux, qui peut sembler éloignée de l’étude du monde romain au premier abord », précise ainsi Alexandre Grandazzi.
Cette approche transversale reflète la diversité des missions de l’École française de Rome, qui étudie non seulement l’Antiquité romaine dans tout le bassin méditerranéen, mais aussi l’histoire de l’Italie jusqu’à l’époque contemporaine. « Nous voulions une convention à la hauteur de cette richesse, couvrant l’Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance et l’époque moderne », ajoute-t-il.
Cette convention s’inscrit dans la dynamique de l’Institut des sciences de l’Antiquité, actuellement dirigé par Alessandro Garcea, et créé récemment pour fédérer les forces de Sorbonne Université dans ce domaine.
Former une nouvelle génération de chercheuses et chercheurs
Le cœur du projet repose sur la création d’un contrat doctoral de trois ans financé par Sorbonne Université. Chaque année, pendant cinq ans, un doctorant ou une doctorante sera sélectionné pour mener sa thèse sous la direction d’un chercheur ou d’une chercheuse de Sorbonne Université et partira en immersion trois mois par an à l’École française de Rome. « C’est un effort financier considérable de la part de l’université, mais aussi un pari sur l’avenir, souligne Alexandre Grandazzi. Et je tiens à remercier la présidente de Sorbonne Université, Nathalie Drach-Temam, et la directrice de l’École française de Rome, Brigitte Marin. Sans leur soutien, rien n’aurait été possible. »
Les lauréats seront formés à la littérature et à la philologie, mais aussi à toutes les sciences de l'archéologie et de l'histoire qu'on peut étudier à Rome. « Cette pluridisciplinarité, que j'ai tant admirée chez mes maîtres, est nécessaire pour former des scientifiques capables d’expliquer les textes en tenant compte des réalités historiques et archéologiques, affirme Alexandre Grandazzi. Et il n'y a pas meilleur moyen de connaître ces réalités et cette histoire que de s’y confronter en séjournant et travaillant à Rome. »
Un environnement scientifique exceptionnel
Située dans le prestigieux Palais Farnèse et disposant également d’un centre d’hébergement et de conférences se trouvant place Navone, l’École française de Rome offre un environnement scientifique exceptionnel qui attire les meilleurs spécialistes d’Europe. « Tout le monde finit par passer par Rome. C’est un lieu d’échanges et d’amitiés scientifiques internationales », témoigne Alexandre Grandazzi.
Les doctorantes et doctorants bénéficieront des ressources uniques de l’institution, notamment dans des domaines comme l’archéologie ou le droit romain, grâce à une bibliothèque comprenant au total plus de 200 000 volumes. « Il s’agit de former des chercheurs capables d’embrasser la complexité de la civilisation romaine, qui ne peut être comprise uniquement par les textes ou uniquement par les vestiges », insiste Alexandre Grandazzi.
Un dispositif ouvert à toute la communauté scientifique
Au-delà du doctorat, la convention va permettre d’intensifier la coopération scientifique des deux établissements, en facilitant notamment la mobilité des chercheurs et enseignants-chercheurs. Des séjours de trois à six mois seront possibles à Rome, ainsi que des missions ponctuelles pour participer à des colloques ou à des projets communs. « Cela se fera sur proposition de Sorbonne Université et décision du conseil scientifique de l'École française de Rome, dans un cadre clair et équilibré pour les deux parties », précise Alexandre Grandazzi.
À travers ce partenariat, Sorbonne Université et l’École française de Rome entendent façonner les chercheurs de demain. Ce projet vise également à offrir aux jeunes chercheurs une passerelle vers l’institution romaine. « Les doctorants formés grâce à cette convention seront de bons candidats pour devenir membres de l’École française de Rome, et pourront ensuite revenir enrichir l’université et la recherche françaises », espère-t-il.
Alexandre Grandazzi
Professeur de langue et littérature latines à la faculté des Lettres de Sorbonne Université, Alexandre Grandazzi dirige l’Institut d’études latines (UFR de Latin). Spécialiste de la civilisation romaine, il allie approche philologique et historique dans ses travaux.
Latiniste, agrégé de lettres classiques et historien, cet ancien membre de l’École française de Rome a été formé par Pierre Grimal, figure majeure de l’étude du monde romain. À la tête de l’UFR de Latin depuis huit ans, il œuvre pour la formation de nouvelles générations de chercheuses et chercheurs et pour la promotion d’une approche véritablement pluridisciplinaire de la littérature et de l’histoire romaines.