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Sorbonne Université accueille la 1re édition de la Journée européenne du doctorat

L'évènement se déroulera le 13 mai 2026 sur le campus Pierre et Marie de Sorbonne Université.

Promouvoir les compétences des docteures et docteurs

Lancée à l’initiative de la France et portée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, la Journée européenne du doctorat se tiendra pour la première fois le 13 mai 2026. Bertrand Granado, directeur du Collège doctoral, fait le point sur cet évènement qui vise à faire connaître et valoriser le doctorat auprès du grand public et du monde socio-économique.

Entretien avec Bertrand Granado

Quel est le programme prévu pour cette Journée européenne du doctorat à Sorbonne Université ?

Bertrand Granado : Cette journée est organisée en lien avec plusieurs acteurs comme l’Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT), l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), le Réseau national des collèges doctoraux (RNCD) mais aussi l’Association nationale des docteurs (ANDès) et Adoc Talent Management, un cabinet spécialisé dans le recrutement de docteurs, le réseau Biotechno et Eurodoc. Avec eux, le Collège doctoral a souhaité structurer le programme autour d’un enjeu central : faire connaître le doctorat au-delà du cercle académique.

La première partie de cette journée s’adresse aux entreprises, en particulier aux ressources humaines (RH), pour qui des incompréhensions persistent : si les équipes techniques perçoivent souvent bien l’intérêt des docteurs, ils restent parfois mal identifiés dans les grilles RH. Cela montre la nécessité d’un travail pédagogique sur ce que les docteurs peuvent apporter aux organisations. Dans cette optique, un « procès du doctorat » durant lequel nous confronterons les idées reçues sur ce diplôme pour mieux les déconstruire sera organisé.

La seconde partie de la journée est tournée vers le grand public. Elle se veut conviviale, avec des témoignages d’ambassadeurs et d’ambassadrices du doctorat ou des interventions inspirées de Ma thèse en 180 secondes

Que révèle le thème de la journée « Le doctorat face aux grands défis de notre temps » sur l’évolution du doctorat et le rôle des docteurs aujourd’hui ? 

B. G. : L’évolution du doctorat s’inscrit dans un mouvement engagé depuis les années 1980, avec l’idée que ce diplôme n’a pas vocation à produire uniquement des enseignants-chercheurs, mais aussi des profils capables d’apporter leurs compétences à l’ensemble de la société.
Cette évolution est déjà très visible dans certains domaines, en particulier dans les disciplines de l’ingénierie ou du numérique. Si l’on prend l’exemple de l’intelligence artificielle, les grands groupes recrutent aujourd’hui massivement des docteurs pour leur capacité à imaginer le futur, à formuler des hypothèses et à les tester rigoureusement.

Mais cette utilité dépasse largement les secteurs technologiques. Les docteurs apportent aussi beaucoup aux organisations sur des aspects de conseil, d’analyse des transformations des entreprises, ou encore d’aide à la décision publique. Leur force est de savoir poser un problème, analyser une situation en profondeur, travailler dans un contexte fait d'incertitudes et produire des réponses étayées par des faits. Dans un monde traversé par de grandes mutations (climatiques, sanitaires, technologiques, géopolitiques), cette capacité est devenue essentielle.

Le doctorat a aussi été redéfini progressivement au niveau européen, notamment avec les principes de Salzbourg en 2005, qui ont contribué à faire reconnaître les doctorants non plus seulement comme des étudiants, mais comme des chercheurs en formation, avec un encadrement, des droits, une rémunération et une véritable expérience professionnelle. 

Avec environ 70 000 doctorantes et doctorants et 14 000 docteurs diplômés chaque année en France, l’enjeu est aussi d’augmenter le nombre de chercheuses et chercheurs capables de travailler sur les grands défis contemporains.

Comment préparez-vous les doctorantes et doctorants aux nouveaux enjeux, et quelles sont aujourd’hui les compétences essentielles qu’ils développent ?

B. G. : La formation doctorale repose d’abord sur le travail de recherche, qui représente environ 80 % du temps. Mais elle s’accompagne aussi de formations transversales pour développer d’autres compétences. L’un des enjeux majeurs est la communication : les doctorants travaillent sur des sujets très spécialisés et doivent apprendre à les synthétiser et à les rendre accessibles. Des dispositifs comme Ma thèse en 180 secondes permettent de faire le lien entre le monde académique et la société. 

Le doctorat mobilise aussi une forte dimension créative : les doctorantes et doctorants apprennent à explorer des idées nouvelles, à imaginer des solutions innovantes tout en les cadrant par une démarche scientifique rigoureuse, pour les confronter à la réalité.

Une autre compétence essentielle est la capacité à travailler dans l’incertitude. La recherche implique de formuler des hypothèses qui ne se vérifient pas toujours, et il faut savoir analyser, comprendre, puis rebondir. Cette aptitude à avancer malgré le doute est aujourd’hui précieuse dans un monde marqué par des transformations rapides et des situations complexes.

L’intégrité constitue également un pilier fondamental. Les doctorants sont formés à l’intégrité scientifique et prêtent un serment en ce sens à la fin de leur thèse. Dans un contexte où les outils évoluent rapidement, notamment avec l’essor de l’IA, cette capacité à interroger les pratiques et à garantir la fiabilité des résultats est essentielle.

Enfin, le doctorat développe une capacité à construire et entretenir un réseau en allant à la rencontre d’autres chercheuses et chercheurs. À l’issue de leur thèse, ils disposent ainsi d’un réseau solide, qu’ils savent mobiliser, notamment à l’international.

Toutes ces compétences ont été formalisées en 2019 avec leur inscription au Répertoire national des certifications professionnelles. L’objectif est ainsi de mieux faire comprendre aux entreprises qu’elles recrutent non pas un jeune diplômé, mais un professionnel de la recherche, capable d’analyser, de communiquer, d’évoluer dans des environnements complexes, de piloter des projets ou encore d’encadrer une équipe.

Comment renforcer les liens entre le doctorat et le monde socio-économique ?

B. G. : Il existe déjà plusieurs dispositifs, à commencer par les conventions Cifre, qui permettent à une entreprise d’accueillir un ou une doctorante en bénéficiant d’un soutien financier de l’État. Ce dispositif fonctionne particulièrement bien dans les disciplines de l’ingénierie. Il reste en revanche encore sous-utilisé dans d’autres domaines, notamment en sciences fondamentales ou en humanités, même si des initiatives existent, y compris dans des collectivités locales ou des associations. Dans la même logique, les conventions de formations par la recherche en administrations (Cofra) permettent cette fois à des administrations publiques d’accueillir des doctorantes et doctorants. L’objectif est similaire : intégrer la recherche au cœur des organisations, qu’elles soient privées ou publiques.

Nous avons mené, avec Adoc talent management, une enquête à dix ans qui montre la diversité des trajectoires professionnelles des docteurs. Environ 50 % travaillent dans le secteur privé, signe d’une insertion réelle dans le monde socio-économique. Parmi les 50 % restants dans le secteur public, seule la moitié poursuit une carrière de chercheur ou d’enseignant-chercheur, les autres occupant des fonctions variées, notamment dans l’administration, l’appui à la recherche ou l’enseignement secondaire. Ces résultats rappellent que le doctorat ne conduit pas uniquement à une carrière académique : il forme à la production de connaissances, mais aussi à des compétences mobilisables dans des environnements professionnels variés.

Existe-t-il une vision européenne du doctorat ?

B. G. : La recherche se construit de manière collective, sur la coopération, le partage des données et la confrontation des approches. À l’échelle européenne, cette mise en réseau est essentielle pour mobiliser davantage de compétences et de points de vue. Elle ne repose toutefois pas sur un modèle unique : les systèmes doctoraux restent très différents selon les pays, entre cadres nationaux, comme en France, et organisations propres aux établissements dans d’autres pays.

Dans ce contexte, certains outils jouent un rôle stratégique, notamment les cotutelles, qui favorisent des parcours internationaux et renforcent les collaborations. À Sorbonne Université, elles sont activement développées, notamment via l’alliance 4EU+. D’autres dispositifs, comme les bourses Marie Skłodowska-Curie, contribuent également à structurer cette dynamique en encourageant la mobilité et les échanges en Europe. 

Quelles sont aujourd’hui vos priorités en tant que directeur du collège doctoral ?

B. G. : Nos priorités sont multiples, mais l’une des principales concerne la reconnaissance de l’interdisciplinarité. Les grands enjeux de recherche nécessitent aujourd’hui de croiser les approches, et il est essentiel de mieux valoriser les travaux menés à l’interface des disciplines. Nous avons mis en place un système de labellisation pour soutenir ces parcours, notamment dans le cadre des Instituts et Initiatives de l’Alliance Sorbonne Université. L’objectif est aussi de faire évoluer les pratiques d’évaluation afin que ces trajectoires soient pleinement reconnues car la recherche de demain sera nécessairement plus transversale. 

Une autre priorité concerne la valorisation des compétences des docteurs, en particulier en dehors du monde académique. Nous travaillons à mieux accompagner nos doctorants et doctorantes dans leur insertion professionnelle, à travers des ateliers ou des rencontres avec des employeurs. L’enjeu est double : faire reconnaître ces compétences par les recruteurs, mais aussi encourager les docteurs eux-mêmes à les valoriser. 

Enfin, nous souhaitons renforcer la dimension internationale du doctorat. Aujourd’hui, environ 10 % des thèses sont réalisées en cotutelle. L’objectif est d’augmenter cette proportion, notamment à l’échelle européenne. Parallèlement, nous travaillons au développement de mobilités plus courtes, de quelques semaines à quelques mois, pour permettre aux doctorants de renforcer leurs collaborations et d’élargir leur réseau, sans nécessairement s’engager dans des mobilités longues.

Programme et inscription

L'évènement se déroulera sur le campus Pierre et Marie de Sorbonne Université, en amphi 15, de 14h à 20h. Accès gratuit, sur inscription.

La date limite d'inscription est fixée au 11 mai 2026.

Programme détaillé et modalités d'inscription sur le site l’Association nationale des docteurs (ANDès) :

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