Pompéi : le projet de recherche international « Bruits de couloir » découvre et réinterprète de nouveaux graffiti antiques
Une coopération interdisciplinaire entre Sorbonne Université et l’Université du Québec à Montréal, autour du projet « Bruits de couloir », vient de relire plusieurs centaines de graffiti antiques de Pompéi, dont 79 inédits, grâce aux technologies numériques. Amours, insultes et scènes de vie révèlent un espace de sociabilité et de communication intenses. Cette découverte est publiée dans l’E-journal degli Scavi di Pompei et une plateforme en ligne, disponible prochainement, permettra d’explorer ces graffiti et de découvrir les premiers résultats du projet.
Déclarations d’amour, insultes, croquis de combats de gladiateurs ou encore portraits, dessins d’animaux ou de bateaux : autant de fragments de vies ordinaires gravés il y a deux millénaires sur les murs de Pompéi. Si beaucoup de ces inscriptions incisées ont aujourd’hui disparu, le « couloir des théâtres », qui permettait l’accès aux deux édifices théâtraux de la cité, en conserve encore plusieurs centaines, certains difficilement lisibles.
C’est sur ce corpus ancien qu’un projet de recherche international renouvelle aujourd’hui en profondeur notre regard à l’aide de technologies numériques innovantes.
Le projet « Bruits de couloir » est mené par Louis Autin (Sorbonne Université, Institut Universitaire de France), Éloïse Letellier-Taillefer (Sorbonne Université) et Marie-Adeline Le Guennec (Université du Québec à Montréal). Il propose une relecture globale de cet ensemble de près de 300 inscriptions, dont 79 jusqu’à présent restées inédites, parmi lesquelles l’article présente le texte d’une déclaration d’amour et un dessin représentant deux gladiateurs.
Un graffito inédit représentant deux gladiateurs s’affrontant : relevé manuel (gauche) et photographie en lumière rasante (droite) @Projet « Bruits de couloir », 2025
L’enjeu du projet est à la fois scientifique et patrimonial. D’un côté, il s’agit de mieux comprendre les formes de sociabilité, de culture populaire et d’appropriation de l’espace public dans la Pompéi antique. De l’autre, le projet contribue à préserver et valoriser ces témoignages fragiles, menacés par le temps et les conditions de conservation en plein air.
Pour y parvenir et aborder ces inscriptions comme un ensemble parlant, l’équipe scientifique a adopté une approche novatrice, combinant épigraphie, archéologie, philologie et humanités numériques. Plusieurs semaines ont d’abord été consacrées au repérage et à l’identification de chaque inscription sur les deux murs du couloir, suivis d’un travail de description, de traduction et de relevé. Afin de retrouver le caractère interactif de ces écrits, les échos entre inscriptions ont également été systématiquement recherchés.
Dans un second temps, une couverture par photogrammétrie a été réalisée, doublée de l’emploi, innovant à cette échelle, de la RTI (Reflectance Transformation Imaging). Cette technique consiste en une modélisation numérique d’un objet éclairé successivement par des lumières rasantes variables, qui contribuent à révéler des tracés presque invisibles à l’œil nu. Ces méthodes ont été rendues possibles grâce au partenariat établi avec Éloi Gattet, fondateur de Mercurio Imaging. Elles renouvellent profondément l’analyse des textes et des images, tout en assurant leur conservation numérique sur une plateforme qui permettra, à terme, la lecture, le relevé et l’annotation de toutes ces inscriptions.
Une partie de l’équipe travaillant avec le dôme d’acquisition RTI développé par Mercurio Imaging lors d’une séance de prise de vue nocturne dans le couloir des théâtres de Pompéi @Projet « Bruits de couloir », 2025
Les résultats mettent en lumière un espace de passage intensément investi par les habitants de la ville et autres visiteurs qui en parcouraient les rues il y a deux mille ans : un véritable lieu d’échanges, d’expression des émotions et de prises de parole diverses, non sans similitude avec certains murs de nos villes et de nos bâtiments publics, voire nos réseaux sociaux. Les graffiti apparaissent ainsi comme une documentation essentielle pour comprendre comment était investi l’espace urbain, et plus largement pour analyser la culture des habitants ordinaires d’une cité italienne comme les autres.
Ce projet ouvre donc de nouvelles perspectives pour la recherche sur l’Antiquité romaine. La plateforme numérique associée permettra aussi bien aux chercheuses et chercheurs qu’au grand public d’explorer ces graffiti et de découvrir les premiers résultats du projet. En parallèle, le Parc archéologique de Pompéi prépare un dispositif de protection du couloir, afin d’en garantir la préservation et de permettre une future expérience de visite enrichie par les technologies issues de ces recherches.
Pour en savoir plus :
- Lien vers l’article de l’E-journal degli Scavi di Pompei (en italien et en anglais).
- Lien de la plateforme Bruits de couloir.
- Lien vers un précédent article sur les débuts du projet, publié dans le Bulletin archéologique des Ecoles françaises à l’étranger.