Plongez au cœur de l’endormissement en participant à une étude mondiale sur ce moment clé de notre sommeil
Comment basculons-nous de l’éveil au sommeil ? Ce moment mystérieux, où nos pensées s’effilochent et où le monde extérieur s’efface, fascine les scientifiques.
Nicolas Decat, doctorant dans l’équipe DreamTeam de l’Institut du Cerveau (Sorbonne Université/CNRS/Inserm/APHP), lance une vaste étude internationale pour mieux comprendre la diversité des expériences liées à l’endormissement. Objectif : mieux caractériser ce passage et, à terme, améliorer la qualité du sommeil et prévenir les troubles comme l’insomnie ou la somnolence excessive. Pour cela, il a besoin de vous.
L’endormissement, une transition encore mal comprise
Chaque nuit, nous traversons un état particulier : celui de l’endormissement. Un passage souvent imperceptible, où notre cerveau bascule progressivement de la veille au sommeil, de la conscience de soi et du monde qui nous entoure à un état de déconnexion de l’environnement extérieur.
Pour la plupart d’entre nous, ce moment reste flou : on se souvient parfois d’images étranges, de pensées décousues, avant de « tomber » dans le sommeil. Mais, sur le plan scientifique, ce processus est encore mal compris. « Pendant longtemps, on a pensé que le sommeil fonctionnait comme un interrupteur : soit on est éveillé, soit on dort, explique Nicolas Decat, doctorant à la tête de l’étude au sein de l’équipe DreamTeam. Mais en réalité, l’endormissement est un état très dynamique et graduel. Toutes les régions du cerveau ne s’endorment pas en même temps, et notre comportement s’altère de façon progressive. »
Cette complexité explique pourquoi la recherche s’est longtemps concentrée sur les phases plus stables du sommeil, en mettant de côté cet état hybride où se mêlent des états de veille et de sommeil. Pourtant, l’endormissement joue un rôle majeur dans notre quotidien, notamment dans certains processus comme l’attention, la mémoire et la créativité. « Des études récentes montrent que c’est un moment propice aux idées nouvelles », souligne le chercheur.
Un enjeu de santé publique
Mieux comprendre l’endormissement, ce n’est pas seulement satisfaire une curiosité scientifique. C’est aussi répondre à un enjeu de santé publique majeur. Environ 10 % des individus souffrent d’insomnie chronique, et la population mondiale est massivement touchée par le manque de sommeil.
« Ne pas réussir à s’endormir a des conséquences désastreuses : sur l’attention, la régulation des émotions, le système immunitaire, la santé mentale… et, à l’inverse, le fait de s’endormir quand il ne faut pas, comme au volant, est un fléau pour la sécurité routière, insiste le doctorant. La somnolence au volant est l’une des premières causes d’accidents graves. »
Différents états d’endormissement
Pour percer les mystères de cette transition vers le sommeil, le doctorant mène une étude auprès d’une centaine de volontaires. Son objectif : observer ce qui se passe dans l’esprit des participants juste avant qu’ils ne s’endorment complètement.
Pendant des siestes, les volontaires sont régulièrement réveillés et invités à décrire leurs pensées selon différentes dimensions subjectives, telles que le niveau de perception et de bizarrerie. Ces témoignages sont ensuite analysés grâce à des techniques d’intelligence artificielle pour tenter d’identifier des états mentaux distincts (souvenirs personnels, images oniriques, etc.).
Une étude internationale inédite
Fort de ces premiers résultats, l’équipe lance aujourd’hui une étude à grande échelle, ouverte à toutes et tous. Ils espèrent recueillir les expériences d’au moins 5 000 personnes à travers le monde, grâce à un questionnaire en ligne traduit en français, anglais et espagnol.
« Nous voulons mieux comprendre la diversité des vécus liés à l’endormissement, explique le jeune chercheur. Est-ce qu’il existe des profils types ? Certaines personnes s’endorment-elles d’un seul coup, alors que d’autres restent longtemps dans un état intermédiaire ? Ces profils pourraient-ils être liés à la qualité de sommeil, à la créativité ou à l’anxiété ? Pour cela, j’ai établi un questionnaire visant à caractériser l’aspect subjectif de l’endormissement dans un large échantillon multiculturel. Je cherche ensuite à évaluer comment les dimensions subjectives varient à travers la population, et comment elles sont corrélées ou non avec la qualité de sommeil subjective et des traits de personnalité. C'est une première, en tout cas avec cette envergure-là, dans la littérature scientifique. »
Comment ça marche ?
Le questionnaire, qui dure environ 20 minutes, s’adresse à toutes les personnes de plus de 18 ans. Il propose des questions du type : « A quel point perdez-vous le fil de vos pensées quand vous vous endormez ? A quelle fréquence ? A quel moment de l’endormissement ? ». Sept dimensions sont étudiées parmi lesquelles : la bizarrerie, la fluidité, l’aspect immersif et émotionnel du contenu, etc. « Je recommande aux participants de prendre une ou deux nuits pour observer ce qui se passe dans leur esprit au moment de s’endormir, conseille le chercheur. Ce petit exercice d’introspection rend les réponses plus précises et intéressantes. »
Les données sont collectées sur une plateforme sécurisée et conforme au RGPD. Elles sont entièrement anonymes. À la fin du questionnaire, les participants peuvent m’envoyer un mail s’ils souhaitent être informés des résultats une fois l’étude terminée.
Les premiers résultats : déjà des différences marquées
Une version pilote du questionnaire sur 600 personnes aux États-Unis et en France a déjà révélé la diversité des contenus mentaux et l'existence de différents profils subjectifs. « Nous voyons déjà des trajectoires très variées : certaines personnes s’endorment très vite, avec des pensées ordinaires qui s’éteignent brusquement, tandis que d’autres restent longtemps dans un état hybride, peuplé d’images étranges et de sensations bizarres », raconte le doctorant.
À terme, ces données permettront d’identifier des phénotypes, c’est-à-dire des profils typiques d’endormissement, et d’étudier leurs liens avec des facteurs comme la qualité du sommeil, la créativité, l’anxiété, ou encore le fait d’être plutôt couche-tôt ou couche-tard. Pour cela, l’équipe s’appuiera sur des outils de machine learning afin de détecter des patterns et des corrélations dans ces milliers de données.
Une contribution directe à la recherche
Cette approche s’inscrit dans une démarche de science participative : chaque participant apporte une pièce du puzzle en partageant ses impressions personnelles. Contrairement à l’environnement de laboratoire, qui peut fortement affecter cet état fragile qu’est l’endormissement, ce questionnaire se base sur une réflexion rétrospective : chacun répond tranquillement depuis chez soi, après avoir observé ses propres pensées au moment de l’endormissement.
Tous les volontaires deviennent des acteurs d’un projet scientifique inédit. « Dans cette étude, seul le participant possède l’information essentielle : son expérience consciente, souligne le doctorant. Et nous ne pouvons y accéder qu’à travers son rapport d’expérience. Chaque réponse est donc une contribution unique, qui fait avancer la science de manière concrète. »
Plus l’échantillon sera large et diversifié, plus les résultats auront de poids. À terme, ils pourraient déboucher sur de nouvelles approches pour aider les personnes qui ont du mal à s’endormir, réduire les risques liés à la somnolence, et mieux exploiter les bienfaits de cette phase mystérieuse.
Comment participer ?
Le questionnaire est ouvert jusqu’à l’été 2026, accessible en ligne et totalement gratuit.
• Qui ? Toute personne de plus de 18 ans, dans le monde entier.
• Où ? A travers ce lien
• Durée : environ 20 minutes.
• Confidentialité : données anonymes et sécurisées.
• Date limite : été 2026.