Les étudiantes et étudiants de la promotion 2025/2026 du DU RESPE sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Crédits photo : Osama Fidail

DU RESPE : Permettre la reprise d'études des personnes en exil à Sorbonne Université

À Sorbonne Université, le diplôme universitaire RESPE (Retour aux études supérieures des personnes exilées) accompagne depuis 2018 des étudiantes et étudiants dont le parcours académique a été interrompu par l’exil. Pensé comme une passerelle vers la reprise d’études, ce dispositif associe renforcement linguistique, remise à niveau disciplinaire et accompagnement personnalisé. Retour sur la genèse d’un projet au service de l’accueil des personnes en exil dans l’enseignement supérieur.

Une initiative née du terrain

L’histoire du DU RESPE commence en 2017, dans un contexte marqué par une forte visibilité des questions migratoires en région parisienne. « Les chiffres de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) confirmaient alors qu'une forte proportion de personnes en exil détenaient l'équivalent du baccalauréat ou des diplômes du supérieur », se souvient Clémentine Vignal, professeure à Sorbonne Université au sein de l’UFR Terre Environnement Biodiversité, chercheuse en comportement animal à l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement et co-directrice du DU RESPE. Face à ce constat, un groupe d’enseignants-chercheurs, de personnels administratifs et de représentants étudiants de Sorbonne Université formule des propositions et interpelle la gouvernance de l’établissement.

Après un semestre de discussions, la gouvernance de l'époque valide le format du diplôme universitaire, permettant une ouverture dès septembre 2018. Membre du groupe à l’origine du projet, Clémentine Vignal explique son engagement : « La mise en place du DU RESPE est aussi venu d’un engagement personnel sur la question de l’accompagnement des personnes en exil et un intérêt de longue date pour l’accompagnement des publics à besoins spécifiques. » Elle co-dirige aujourd’hui le DU avec Cécile Braunstein, enseignante-chercheuse en informatique, également actrice de l’initiation du projet.

Un diplôme passerelle pour reconstruire un parcours d’études

Le DU RESPE s’inscrit dans le réseau national MEnS (Migrants dans l’enseignement supérieur), qui rassemble les établissements engagés dans l’accueil des personnes en exil. La plupart de ces structures ont développé des « DU Passerelle ».

Ce label national est issu de discussions entre le réseau MEnS et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche pour obtenir une reconnaissance officielle. Cette habilitation, à renouveler tous les deux ans est indispensable : « elle permet aux étudiants inscrits d'accéder aux bourses du CROUS, un élément vital au vu de leur situation matérielle », rappelle Clémentine Vignal. 

Comme les autres DU Passerelle, le DU RESPE de Sorbonne Université a pour objectif de permettre à des personnes dont le parcours académique a été interrompu, de manière forcée par l’exil, de reprendre des études supérieures dans de bonnes conditions. 

Un programme structuré autour de trois axes pédagogiques

Le dispositif repose sur trois piliers complémentaires : le renforcement en langue française ; la remise à niveau disciplinaire et méthodologique et l’accompagnement du projet personnel de formation.

À Sorbonne Université, le choix s'est porté sur un parcours court : les candidats sont recrutés à un niveau de français intermédiaire avancé (B1) pour être menés en un an vers un niveau B2, voire C1 (maîtrise avancée). 

Les cours se déroulent de septembre à mai, du lundi au vendredi, de 16h à 20h. Ce choix horaire permet aux étudiants de concilier leurs études avec un emploi ou des contraintes administratives. Le contenu pédagogique est généraliste, conçu comme une année de révision des bases du secondaire ou de transition avec la première année de licence. La promotion est répartie en deux groupes : le premier est orienté vers les sciences et l'ingénierie, tandis que le second se destine aux lettres, sciences humaines et disciplines artistiques.

Les enseignants, majoritairement titulaires à Sorbonne Université, doivent s'adapter à des profils très hétérogènes : « certains étudiants possèdent seulement le baccalauréat, quand d'autres ont validé un niveau bac+4 ou bac+5 dans leur pays d'origine plusieurs années auparavant », détaille Clémentine Vignal. Les objectifs de sortie varient également, allant d'une réorientation en année de remise à niveau, jusqu'à des candidatures en master. Selon les années, 50 à 70 % des étudiants poursuivent leurs études à Sorbonne Université, les autres postulant dans d'autres établissements.

Accompagner au-delà des apprentissages

L’ambition du DU RESPE dépasse la seule dimension académique : « l’équipe pédagogique accompagne également les étudiantes et étudiants dans leurs démarches d’orientation, leurs candidatures futures et leur insertion dans l’environnement universitaire ou professionnel », précise Clémentine Vignal.

Cet accompagnement s’appuie sur une coordinatrice administrative de formation, Delphine Péan, et une chargée d’accompagnement, Manon Ehl, et bénéficie du soutien sans faille des services existants de Sorbonne Université : accompagnement social, santé étudiante, soutien psychologique ou orientation vers des structures externes lorsque cela est nécessaire.

Le dispositif intègre aussi une dimension collective forte. Depuis 2020, un atelier théâtre est proposé aux deux groupes. Conçu comme un espace d’apprentissage du français, de développement de l’expression orale et de création de lien social, il s’est progressivement enrichi grâce à un partenariat avec le Théâtre du Rond-Point. Les étudiants assistent à des spectacles, rencontrent des équipes artistiques et construisent leur propre création collective. Depuis deux ans, leur représentation finale est accueillie sur la scène du théâtre. « Pour eux, c’est une expérience unique et très complète », insiste Clémentine Vignal.

Le DU s’appuie également sur un système de tutorat étudiant et, depuis trois ans, sur un programme de mentorat ouvert à l’ensemble des personnels de Sorbonne Université. L’objectif : accompagner individuellement les étudiantes et étudiants dans leur découverte des études, de la vie professionnelle et des choix d’orientation.

Les étudiantes et étudiants de la promotion 2025/2026 du DU RESPE sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Crédits photo : Osama Fidail

Les étudiantes et étudiants de la promotion 2025/2026 du DU RESPE sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Crédits photo : Osama Fidail

Une réponse encore insuffisante face aux besoins

Chaque année, le DU RESPE accueille une quarantaine d’étudiantes et étudiants répartis en deux groupes. Mais la demande dépasse largement les capacités d’accueil. À l’échelle des établissements franciliens engagés dans le dispositif, environ 250 places sont proposées pour près de 2500 candidatures annuelles. Pour Clémentine Vignal, ce constat montre que « l’offre est encore bien en dessous du besoin. »

Les vagues de candidatures reflètent directement l'actualité géopolitique internationale. Avant 2022, les principales nationalités représentées parmi les candidats étaient l'Afghanistan, le Soudan, la Syrie, l'Irak et le Bangladesh. L'année 2022 a été marquée par un pic d'étudiants en provenance d'Ukraine et de Russie. Bien que la formation n'impose aucune limite d'âge et accueille régulièrement des trentenaires ou des profils de plus de 40 ans, le recrutement priorise, à niveau équivalent, les candidats plus jeunes en raison des lourdes contraintes matérielles et de reconversion liées à l'âge. Par ailleurs, bien que la population globale des personnes en exil compte statistiquement plus d'hommes que de femmes, le DU RESPE parvient à afficher une parité de recrutement.

Depuis quatre ans, treize établissements de la région parisienne se sont regroupés, sous l'impulsion du réseau MEnS, pour coordonner les candidatures. Cette centralisation évite les doublons de dossiers, simplifie la gestion des désistements pour les universités et offre une meilleure visibilité aux postulants, qui ne remplissent qu'un seul formulaire à une date unique.

Construire une université toujours plus accueillante

Après huit années d’existence, le DU RESPE affiche des résultats très positifs. Des anciens étudiants ont validé des licences, des masters ; l’une d’entre eux a même entamé une thèse. Mais les réussites prennent aussi d’autres formes. « Pour certains, le DU RESPE a permis de reprendre confiance et de mieux valoriser leurs acquis antérieurs », explique Clémentine Vignal. Pour d’autres encore, il agit comme un tremplin vers l’emploi ou comme une étape de clarification du projet personnel.

Les perspectives d’évolution du DU sont nombreuses : amélioration du suivi des anciens étudiants, accompagnement renforcé après l’entrée en formation, développement de nouveaux parcours, notamment, à la rentrée, un futur groupe pilote orienté vers les formations de santé développé en collaboration avec le réseau MENS et l'université de Strasbourg.

Au-delà du diplôme lui-même, Clémentine Vignal défend une ambition plus large : « Continuer à agir à tous les niveaux de l’université pour être faire de Sorbonne Université un établissement accueillant pour ce type de parcours. » Une réflexion qui, selon la chercheuse, dépasse la seule question des personnes en exil et interroge plus largement la capacité de l’université à accueillir des trajectoires étudiantes multiples, non linéaires et parfois éloignées des parcours traditionnels.