Des voiliers de plaisance pour l'observation océanographique : le projet Vela Lab lance une enquête auprès des navigatrices et navigateurs.
Vela Lab, projet de recherche porté par le Laboratoire d'océanographie de l'Institut de la Mer de Villefranche-sur-Mer (LOV - Sorbonne Université/CNRS), lance une enquête en ligne auprès des navigateurs et navigatrices de plaisance pour évaluer leurs motivations et les conditions concrètes d'embarquement d'instruments scientifiques à bord de leurs voiliers. Cette enquête s'inscrit dans le volet science-société du projet, soutenu par le programme SOUND de l'Alliance Sorbonne Université. L'objectif à terme : construire un réseau de voiliers d'opportunité en complément des campagnes institutionnelles.
Pourquoi cette enquête ?
L'océan se transforme rapidement sous l'effet du changement climatique. Il est donc urgent de mieux comprendre son évolution pour anticiper les impacts et adapter les réponses. Pourtant, les moyens d'observation restent insuffisants : les campagnes océanographiques traditionnelles, menées par les navires de recherche institutionnels, restent coûteuses, limitées dans l'espace et dans le temps, et génèrent une empreinte environnementale non négligeable.
Chaque année, des milliers de voiliers parcourent les mers et les océans sur des itinéraires très variés. Les progrès technologiques ouvrent désormais une voie novatrice : équiper ces voiliers de plaisance d'instruments scientifiques autonomes, compacts et peu énergivores pour collecter des données au fil des navigations. Un réseau pérenne de ces voiliers pourrait jouer un rôle complémentaire essentiel aux campagnes institutionnelles. Les données rassemblées constitueront une ressource collective précieuse pour les chercheurs et chercheuses, renforçant leur compréhension de l'océan global.
« En parallèle de la validation d'instruments de mesure que nous menons actuellement à bord de notre propre voilier, en partenariat avec plusieurs laboratoires de recherche, nous souhaitons analyser les conditions concrètes d'un déploiement à plus grande échelle. Comprendre les motivations des plaisanciers, mais aussi les spécificités techniques de leurs bateaux, est une étape indispensable avant de pouvoir constituer une communauté de voiliers au service de la science », expliquent Zoé Mériguet et Paco Stil, co-fondateurs de Vela Lab.
L'enquête, accessible sur velalab.org, vise à identifier les navigatrices et navigateurs disposés à s'engager dans cette démarche, à comprendre leurs motivations, et à recenser les opportunités et contraintes techniques : type de voilier, routes habituelles, disponibilité, conditions d'installation à bord... Les réponses permettront d’évaluer les possibilités de déploiement à plus grande échelle et d’identifier quels instruments scientifiques, parmi ceux actuellement testés dans le cadre du projet Vela Lab, seraient réellement compatibles avec les usages de cette future communauté. Ces retours contribueront à orienter les priorités de développement et, si nécessaire, à adapter les dispositifs existants.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de projets de science d’opportunité, qui démontre déjà sa capacité à enrichir l’observation océanique en mobilisant des plateformes navigantes existantes [1]. Les voiliers de plaisance dits d'opportunités représentent un maillon encore inexploité : beaucoup plus nombreux, capables d’emprunter des routes variées et de naviguer sur de longues périodes, ils pourraient compléter les dispositifs existants.
De la Méditerranée à l'Atlantique : l'expédition Vela 2026-2027
Vela Lab est un projet de recherche mené sur deux ans par deux océanographes à bord d'un voilier de onze mètres représentatifs des voiliers d'opportunité. Il vise à tester une approche innovante d'océanographie participative et poursuit trois objectifs complémentaires :
- Valider : tester et valider des instruments de mesure adaptés aux voiliers, par comparaison avec les instruments de référence utilisés à bord des navires de recherche.
- Observer : contribuer à l'observation des océans par la collecte, l'analyse, l'interprétation et la publication de données scientifiques.
- Agir : construire un premier réseau de navigateurs volontaires et de voiliers d'opportunité, en installant et promouvant ces instruments pour poser les bases d'une démarche participative pérenne.
Depuis le printemps 2026, le voilier du projet Vela Lab navigue en Méditerranée avec à son bord un ensemble d'instruments océanographiques : un radiomètre hyperspectral mesurant la couleur de l’eau de surface, contribuant à la calibration des satellites et à l’estimation de la biomasse planctonique en surface ; des systèmes de microscopie automatique et de prélèvements génétiques pour l’étude des communautés planctoniques (prélèvements ADN réalisés en collaboration avec le programme Plankton Planet, qui mobilise déjà des voiliers de plaisance à des fins de calibration satellitaire, projet PlanktoSpace) ; ainsi que des capteurs de température, de salinité et de CO₂, complétés par des mesures météorologiques et atmosphériques.
À partir d'août 2026, l'expédition rejoindra l'Atlantique pour douze mois, couvrant entre autres les Canaries, le Maroc, le Sénégal, Le Cap-Vert, les Antilles et les Açores. Cette boucle atlantique, représentative des routes de navigation les plus fréquentées, permettra de structurer un réseau d’observation fondé sur des trajets récurrents de la plaisance.
Vela Lab est porté institutionnellement par le Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer, qui en assure la gestion administrative et scientifique. Le projet est financé par le programme SOUND de l’Alliance Sorbonne Université pour son volet science-société, et par le programme PNTS 2025 du CNRS (Programme national de télédétection spatiale) pour son volet instrumentation et validation des capteurs. Il s’appuie sur un large réseau de partenaires scientifiques, parmi lesquels l’Ifremer, Plankton Planet (Station biologique de Roscoff), RBR et plusieurs autres collaborations en cours.
La rencontre de deux océanographes
Vela Lab est né de la rencontre de deux océanographes aux expertises complémentaires, Zoé Mériguet et Paco Stil, formés au laboratoire de Villefranche-sur-Mer.
Zoé Mériguet, docteure en écologie du plancton de Sorbonne Université, étudie l'impact de l'environnement sur les communautés planctoniques. Ses travaux l'ont amenée à valider, lors d’expéditions sur Tara des instruments de collecte du plancton adaptés aux contraintes spécifiques de la navigation à la voile.
Paco Stil, ingénieur CNRS en instrumentation océanographique au LOV depuis quatre ans, est spécialisé dans le déploiement de capteurs physiques, chimiques et optiques en mer, ainsi que dans la mesure des flux de CO₂ entre l’océan et l’atmosphère à partir de planeurs sous-marins (gliders). Moniteur de voile et compétiteur en voile légère pendant une dizaine d’années, il possède également une solide expérience de la navigation en mer.
[1] À l’échelle internationale, le réseau Ship of Opportunity Programme (SOOP), coordonné par la NOAA, s’appuie sur des navires marchands instrumentés pour collecter des données océanographiques, notamment sur les échanges de CO₂ entre l’océan et l’atmosphère. En France, plusieurs initiatives illustrent également cette dynamique. La Mission Bougainville, coordonnée par Sorbonne Université avec la Marine nationale, mobilise des campagnes embarquées pour documenter la biodiversité. Plus récemment, le projet Avel Lab, porté par la Flotte océanographique française et soutenu par le Fonds vert, explore les conditions d’une océanographie opérationnelle à la voile afin de réduire l’empreinte environnementale des campagnes scientifiques tout en maintenant leur qualité scientifique.
Participez à l'enquête
Ce questionnaire a pour objectif de comprendre vos motivations et les conditions de mise en place d'une démarche innovante de science participative au service de l'océan.
Temps de réponse estimé : entre 5 et 10 minutes.
Soutien
Un projet soutenu par l’Alliance Sorbonne Université dans le cadre du projet « SOUND - pour un nouvel engagement » - aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 et par l’Union européenne NextGenerationEU (ANR - 22 - EXES - 0004).