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Des chiens pour apaiser les esprits : la médiation animale s’invite à l’université

À Sorbonne Université, les bibliothèques accueillent désormais des séances de médiation animale afin de réduire le stress des étudiantes et étudiants, favoriser leur bien-être et créer du lien sur les campus. Une initiative coordonnée, pour le pôle Sciences, par Thomas Antignac, en partenariat avec le Service Santé Étudiante et l’association Médiation Animale Paris.

Une idée inspirée par d’autres universités

Le projet est né en 2024, alors que Thomas Antignac, aujourd’hui responsable des services au public du pôle sciences, dirigeait la bibliothèque des L1 à la tour 46. « C’est une bibliothèque très vivante. Nous cherchions comment renforcer l’appropriation des lieux par les étudiants et en faire un véritable lieu de vie », explique-t-il.

En s’inspirant d’exemples existants, dans plusieurs bibliothèques anglo-saxonnes, mais également françaises comme celles d’Angers, l’idée de la médiation animale s’est imposée. « Certaines bibliothèques en Angleterre proposent ça depuis des années. Et suite aux retours très positifs de collègues de l’université d’Angers, qui avaient mis en place ce type de dispositif, nous avons décidé de tester le concept à Sorbonne Université. »

Lors du lancement, des inquiétudes ont émergé, notamment sur l’hygiène ou les allergies. « Nous avons affiché une signalisation claire pour prévenir la présence d’un chien dans la bibliothèque, et nous avons expliqué que d’autres chiens, comme les chiens-guides, sont déjà amenés à circuler dans ces espaces », précise Thomas Antignac. Le bibliothécaire a également organisé une conférence animée par la journaliste Laurence Paoli, autrice du livre Quand les animaux nous font du bien : « Son intervention a permis de légitimer notre démarche et de montrer les bienfaits concrets de la médiation animale ». Après le franc succès de l’expérimentation menée sur quelques séances en 2024, le bibliothécaire et son équipe ont donc choisi de renouveler et d’élargir l’initiative en la déployant sur plusieurs campus en 2025.

La médiation animale, késako ?

La médiation animale repose sur l’interaction entre l’animal et l’humain. Ce concept, apparu il y a une vingtaine d’années, a progressivement remplacé le terme de zoothérapie, jugé trop médical et restrictif. En France, la Fondation Adrien et Pierre Sommer a largement contribué à structurer et à développer ce domaine, en soutenant de nombreux projets.

Le terme de médiation animale recouvre des réalités très variées. Il peut s’agir de séances courtes et ponctuelles, comme celles organisées dans les bibliothèques, ou d’accompagnements plus longs et répétés, par exemple en milieu carcéral ou dans des EHPAD. Les bienfaits de la médiation animale sont prouvés par de nombreuses études, notamment la baisse du cortisol, l’hormone du stress.

Le bien-être étudiant au cœur du dispositif

Ce projet s’inscrit dans une démarche globale de promotion de la santé mentale et du bien-être étudiant, renforcée après la crise sanitaire. « On a constaté une augmentation du stress et des problèmes de santé mentale chez les étudiants, surtout pendant les périodes de révisions et d’examens », souligne Thomas Antignac. « Or la bibliothèque, ce n’est pas seulement un lieu où l’on étudie. C’est aussi un espace où l’on doit se sentir bien. »

Pour le responsable des services au public, la présence d’un professionnel de santé est importante lors de ces séances, notamment pour orienter les participants si nécessaire. « Certaines personnes peuvent venir en pensant que l’interaction avec un animal suffira à apaiser leur mal-être, alors qu’elles auraient en réalité besoin d’un suivi psychologique ou médical plus adapté », détaille Thomas Antignac.

Pour répondre à ce besoin, un partenariat a été établi avec le Service Santé Étudiante (SSE). Ainsi, lors de chaque séance, deux étudiants relais santé sont présents. Ils accueillent les étudiants, leur distribuent un questionnaire pour évaluer leur état émotionnel avant et après l’atelier, et leur présentent les services proposés par l’université : consultations gratuites avec des psychologues ou des médecins, dispositifs de prévention, ateliers thématiques, ressources en santé mentale, etc.

Gloria, étudiante relais santé du SSE, résume leur rôle : « Nous profitons de ces moments pour informer les étudiants sur l’accompagnement auquel ils ont droit. Beaucoup ne connaissent pas ces services. La médiation animale est une porte d’entrée vers une meilleure prise en charge. Certains viennent juste pour caresser un chien, et repartent en ayant découvert qu’ils peuvent consulter un psy gratuitement ou participer à un atelier bien-être ».

Travail sur des exercices d'obéissance simples

Des séances encadrées et sécurisées

Les séances, d’une durée totale de deux heures, se déroulent en petits groupes, généralement entre cinq et dix participants, selon le médiateur et la capacité des animaux à interagir. Chaque groupe bénéficie d’un créneau de trente minutes.

La médiatrice débute par une présentation et rappelle les règles pour interagir avec l’animal. Ensuite, plusieurs activités sont proposées : jeux éducatifs, exercices d’obéissance ou de réflexion pour le chien, puis une phase plus calme de calinothérapie axée sur le contact et la caresse.

Actuellement, la majorité des interventions se font avec des chiens, mais d’autres animaux peuvent être impliqués dans le futur. « À l’université de Bordeaux, ils ont même des poules, sourit Thomas Antignac. Nous avons aussi testé avec un chat, mais c’est plus compliqué à gérer dans un espace ouvert. »

Médiation animale

Séance de calinothérapie

Des animaux partenaires de travail

Derrière chaque séance de médiation animale, il y a un duo indissociable : le médiateur et son animal. « Ce sont mes propres chiens, je les connais par cœur. Ils ont confiance en moi et c’est grâce à cette relation de confiance que les séances se passent bien », explique Cécile, la médiatrice dont le métier est reconnu et encadré par des diplômes universitaires et des formations certifiées. « Jump, croisé labrador beige de huit ans, a commencé la médiation à cinq ans. On a fait un essai, et ça a tout de suite fonctionné. Depuis, on ne s’est plus arrêtés et l’activité se développe aujourd’hui en présence de son coéquipier, un jeune labrador marron de six mois qui est en train de se former à ses côtés », explique la médiatrice. « Pour les chiens, c’est un vrai travail, qui demande de la concentration et peut être fatigant. C’est pourquoi on limite la durée des séances et on prévoit des pauses. C’est important qu’ils soient sereins car ils ressentent les émotions des participants. »

Les chiens ont un rôle actif durant les séances. « Pour qu’un chien soit bien dans ses pattes, il doit sortir, découvrir des environnements variés et être stimulé par des jeux et un entraînement régulier. Ce n’est pas un animal qu’on laisse au fond d’un jardin », insiste-t-elle.

Médiation animale

Jump (labrador croisé beige) et sa jeune coéquipière de six mois, Aya

Des effets visibles dès la première séance

Lors des ateliers, les chiens apportent, selon la médiatrice, un apaisement immédiat : « Je vois des étudiants arriver tendus, parfois anxieux. Et au fil de la séance, leurs gestes se détendent, leurs sourires apparaissent. »

Les retours des participants sont unanimes : ces moments sont une véritable parenthèse de détente au milieu d’une journée de révisions intenses. « Presque tous les étudiants déclarent se sentir stressés avant la séance. À la fin, ils expriment un soulagement, une sensation d’apaisement. Certains disent que c’est la première fois depuis longtemps qu’ils se sentent aussi bien. Cela créé aussi du lien entre les étudiants », rapporte Thomas Antignac.

« La séance m’a permis de déconnecter complètement de mes révisions », souligne Arthur, étudiant inscrit à l’une des séances. Cette présence animale est d’autant plus précieuse que beaucoup d’étudiants, vivant dans de petits logements, sont éloignés des animaux de compagnie de leur famille. « Mon chien me manque énormément. Pouvoir en caresser un, même pour quelques minutes, me fait beaucoup de bien », raconte une autre participante.

Médiation animale

Séance de jeu entre les chiens et les participants

Une action collective et un projet en expansion

En 2025, quinze séances sont programmées sur différents sites : Clignancourt, Malesherbes, Pitié, Saint-Antoine, et plusieurs bibliothèques du campus sciences. Ces séances permettent de toucher près de 600 étudiants par an. À terme, l’objectif est de maintenir ce rythme, voire de l’augmenter si des financements supplémentaires sont obtenus.

Avec ce dispositif, Sorbonne Université rejoint un mouvement plus large qui reconnaît l’importance du bien-être étudiant et explore des solutions innovantes pour y répondre. « À notre échelle, on contribue à rendre la vie sur le campus plus humaine et plus douce, conclut Thomas Antignac. Et si un animal peut aider à ça, alors pourquoi s’en priver ? »

D’autres séances sont prévues la semaine du 6 octobre 2025 à l'occasion de la semaine de la santé mentale en bibliothèque.

Justine Mathieu