11 JUIL. 2018
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  • Fin du XIXe siècle : la genèse du football

Inventé par les élites anglaises durant la seconde partie du XIXe siècle, le football s’est diffusé sur le continent européen et en Amérique du Sud entre 1870 et 1920.

Les jeunes Européens partis étudier en Angleterre reviennent chez eux avec la pratique de ce sport. De même, nombre d’émigrés anglais, commerçants et marchands, l’importent dans leur pays d’adoption.

  • 1910-1950 : première phase de démocratisation du jeu

Dans une période marquée par les transformations techniques et industrielles, les jeunes gens de la bourgeoisie européenne, qui voient en l’Angleterre un modèle de la modernité, se mettent à y jouer. Par mimétisme, les classes moyennes puis populaires commencent à s’emparer du jeu. Dans le même temps, des ordres ouvriers ou confessionnels y trouvent également des vertus pédagogiques et créent des organisations autour de ce sport. Ces éléments sont les principaux vecteurs du « transfert culturel ».

Durant l’entre-deux-guerres, la démocratisation de la pratique est favorisée par une médiatisation croissante du jeu. Une presse spécialisée apparaît et les commentateurs sportifs tiennent en haleine les auditeurs en dramatisant les exploits sportifs à la radio dès la fin des années 1920.

  • 1950-1990 : un jeu européen et médiatisé

Les années 50-60 sont synonymes de nouvelles mutations : les grands industriels commencent à investir davantage dans le football. Le professionnalisme se développe dans plusieurs pays européens et les promoteurs de la toute nouvelle télévision s’accordent avec les dirigeants du football pour retransmettre des matchs nationaux et internationaux.

En parallèle, les journalistes et les dirigeants des clubs appuient la création de compétitions européennes, comme la Coupe des clubs champions européens lancée en 1955. Les journalistes y voient un intérêt pour faire du football un grand événement populaire et vendre davantage de journaux, les seconds pour augmenter leurs recettes et ainsi acheter de meilleurs joueurs. La formation d’un organisme européen, l’Union des associations européennes de football (UEFA), en 1954, favorise ce développement.

La médiatisation s’accélère encore dans la décennie suivante avec l’arrivée des chaînes de télévision privées et de nouveaux investisseurs. A travers le développement de stratégies marketing au sein des clubs et des associations nationales, le football entre véritablement dans ce que les chroniqueurs nomment « le football business ».

L’extension des compétitions internationales retransmises désormais de manière systématique à la télévision renforcent la popularité du jeu qui tend à toucher de nouveaux publics.

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Match de football en 1951 © artnana / Shutterstock.com

Comment expliquer l’engouement actuel pour le football ?

Philippe Vonnard : Si la Coupe du monde de football est déjà dans les années 1960-1970 un évènement important, le tournoi est devenu, aujourd’hui, un évènement incontournable, en raison des enjeux politiques, médiatiques et économiques (tourisme, transport, sponsors, construction d’infrastructures sportives et urbaines).

L’investissement médiatique s’accroît d’édition en édition et les journalistes créent un véritable story telling autour des joueurs et des équipes. La Coupe du monde est désormais un moment exceptionnel partagé en temps réel à travers toute la planète. Grâce à internet et aux smartphones, l’information est disponible immédiatement, tout le temps et partout. Tout ce dispositif crée une sensation de proximité avec l’évènement et in fine renforce la popularité du jeu.

Comment le football témoigne-t-il de la mondialisation ?

P. V. : A l’échelle internationale, le football fait apparaître plusieurs paradoxes. Par exemple, si aujourd’hui la construction européenne est remise en cause par certains, le fait que tous les pays d’Europe participent à des compétitions communes n’est lui jamais interrogé. Il y a sans doute des supporters pro-Brexit qui souhaitent sortir de l’Europe sans vouloir, pour autant, que l’Angleterre cesse de prendre part aux championnats européens. 

Marqué dès le départ par des échanges internationaux, le football est très lié au phénomène de globalisation, lui-même renforcé ou limité par les décisions des acteurs du champ footballistique. En 1995, par exemple, l’arrêt Bosman étend au football la liberté de circulation des travailleurs et permet aux clubs d’accueillir des joueurs d’autres nations. Les identités se mélangent et se complexifient. Un supporter peut désormais soutenir son équipe nationale, comme un club étranger ou encore un joueur célèbre. Certains de ces joueurs deviennent de véritables stars transnationales et leur image est désormais utilisée par des firmes multinationales aux quatre coins du globe.

La mondialisation du jeu témoigne de disparités que l’on retrouve dans l’économie du monde. Les deux bastions du développement du jeu, l’Europe et l’Amérique du sud, accaparent la majorité des ressources de l’économie du football et dominent les compétitions mondiales au détriment des pays africains. En ce sens, ce sport est aussi le reflet d’une mondialisation inégale.

En quoi le football est-il un vecteur de cohésion nationale ?

P. V. : Avec la création de la Fédération internationale en 1904, le football s’est construit sur un internationalisme, mais dès l’entre-deux-guerres le jeu est investi par les Etats. Dès lors, ce sport est progressivement devenu un outil de la diplomatie et les athlètes des ambassadeurs de leur pays. Un match de football international est un affrontement sportif entre les peuples et son résultat permet aux commentateurs, politiciens et journalistes de jauger la vigueur d’une nation.

Si les évènements comme la Coupe du monde sont l’occasion pour les supporters de différents pays de se rencontrer au niveau mondial, les équipes nationales participent, dans le même temps, à renforcer la cohésion interne à la nation. Par exemple, en France, que les spectateurs vivent en ville ou à la campagne, qu’ils soient avocats ou ouvriers, qu’ils habitent à Paris ou à Marseille, tous se retrouvent autour des Bleus. Pour les dirigeants politiques, le football est donc un élément particulièrement puissant pour renforcer le sentiment patriotique.

Quand une équipe nationale remporte un match de Coupe du monde, les gens sont fiers d’appartenir à ce pays. Ils ont le sentiment de faire partie d’une histoire commune qui s’inscrit dans la grande histoire nationale. Cela touche au plus profond de leur émotion. 

Enfin, si les médias tirent profit de la question du hooliganisme, et s’il faut effectivement combattre les actes de violence, ceux-ci sont en réalité minoritaires. La grande majorité des spectateurs qui participent à des évènements comme la Coupe du monde le font dans un esprit certes patriotique mais qui n’exclut pas des discussions, des rencontres ou des échanges cordiaux avec des supporters étrangers.


*Institut des sciences de la communication (CNRS / Sorbonne Université)

**Ecrire une Histoire nouvelle de l'Europe