28 JUIN 2018
Jardin national
Vue du jardin national et des décorations, le jour de la fête célébrée en l’honneur de l’être suprême © BnF

La promenade proposée emprunte l’un des axes majeurs de l’histoire de Paris, du centre vers l’ouest, du Louvre à la Concorde, où 500 années d’histoire de la ville et de la France se dévoilent en moins d’un kilomètre.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Le Louvre et les Tuileries

Le palais-musée du Louvre sera tout d’abord l’occasion de rappeler l’essor médiéval de la cité, à travers le destin d’une forteresse devenue palais, résidence royale, lieu d’exercice et symbole de la monarchie, avant d’illustrer et d’accueillir les multiples manifestations d’un art d’État et ses diverses fonctions de mécénat. De la célèbre colonnade à la cour carrée, seront notamment évoquées les institutions dédiées à la promotion des arts et des sciences par l’État, lieu où résidèrent notamment dans leur première demeure les académies créées au XVIIᵉ siècle. De nos jours encore, l’action patrimoniale de l’État s’illustre avec la pyramide et le nouveau Louvre devenu musée national.

Le Palais des Tuileries, Nicolas Raguenet (1757).

L’arc de triomphe du carrousel, érigé entre 1807 et 1809 pour célébrer la victoire d’Austerlitz, sera l’occasion de rappeler la mémoire napoléonienne du lieu, notamment avec le fameux quadrige dont l’extraordinaire histoire, de Constantinople à Paris en passant par Venise, offre un saisissant aperçu. Présence monumentale, copies d’objets perdus, absence également : le Palais des Tuileries, désormais disparu, offrira un exercice d’évocation d’un haut lieu de l’histoire de France, particulièrement sous la Révolution et le Second Empire. Il fut le théâtre de deux entrées royales : celle, joyeuse et populaire, du peuple ramenant le roi dans la capitale en octobre 1789, puis le retour piteux de juin 1791 après la fuite à Varennes où, déjà, le corps politique du souverain n’était plus. De la journée dramatique du 10 août 1792 qui sanctionne la chute de la monarchie à l’incendie du palais, presque 80 ans plus tard, qui marque les derniers soubresauts de la Commune et la destruction des splendeurs du Second Empire, ce palais fantôme occupe une place à part dans l’histoire de France.

Arc de triomphe du Carrousel, par Louis-Pierre Baltard. Musée Carnavalet

De ce non-lieu qui aura tant marqué l’histoire, on passera ensuite au Jardin des Tuileries, qui sera l’occasion d’évoquer la civilisation des loisirs naissante au XVIIIe siècle et les grands faits de la vie politique sous la Révolution. Jardin d’agrément puis de récréation publique, lieu de spectacles et d’expérience aérostatique, il devient, avec l’installation de l’Assemblée nationale dans la Salle du Manège non loin, le témoin des grands événements politiques dont le palais des Tuileries est le théâtre. Lieu du premier haut fait de la Révolution, du 10 août, de la Fête de l’Être suprême et de l’apothéose de Jean‑Jacques Rousseau en route vers le Panthéon en 1794, le jardin sera l’occasion d’évoquer les débats révolutionnaires, le Manège, les Feuillants et Jacobins pouvez-vous préciser ?, jusqu’à la place Vendôme non loin. L’histoire contemporaine y trouvera également sa place, avec la rue de Rivoli et l’hôtel Meurice.

Un jour de revue sous l’Empire par Hippolyte Bellangé, 1862. Wikipedia

Histoire de la place de la Concorde

On accédera ensuite aux deux pavillons qui dominent la place de la Concorde. L’évocation du grand projet monumental de la place Louis XV, des majestueux hôtels qui l’encadrent, des Champs Élysées et de la rue Royale avec, de l’autre côté du pont, le Palais Bourbon, sera l’occasion d’évoquer la marche vers l’ouest de l’urbanisation parisienne au XVIIIe siècle. Lieu d’exaltation du pouvoir sous la forme du néo-classicisme, la place sera également le cadre d’une sociabilité et d’événements populaires qui vont marquer l’histoire de la ville et de la France. Théâtre de la célébration, endeuillée, du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette en 1770, la place y exposera leur exécution publique 23 ans plus tard. On évoquera donc ce second haut lieu de la guillotine sous la Révolution, où plus d’un combat politique perdu non loin à l’Assemblée trouvera un terme sanglant, jusqu’à Robespierre.

Vue de la place Louis XV, avant la construction du Pont, par Nicolas Pérignon, vers 1780. Gallica/BnF

En marge de cette macabre sociabilité, la place sera également l’occasion d’évoquer les hôtels de Coislin, de Plessis-Béllière, Cartier et d’Aumont qui bordent la place. Des événements comme la naissance diplomatique des États-Unis d’Amérique, l’érection de l’obélisque sous la monarchie de Juillet, la naissance de l’Automobile Club de France (le premier du genre), l’essor du tourisme de luxe comme les divers projets de monumentaliser un espace resté longtemps encore incertain seront évoqués. De Benjamin Franklin à l’ambassade américaine, c’est toute une page de l’histoire transatlantique qui s’est écrite autour de cette place. Le mobilier urbain, la fontaine et autres éléments monumentaux de la grammaire du pouvoir seront également détaillés pour montrer la réalisation d’un projet qui, malgré ses tours et ses détours, a conduit à la constitution d’un espace symbolique fort. De Gabriel à Hittorf, on retracera cette histoire architecturale de la célébration de la monarchie, de la Révolution puis de la République.

Érection de l’Obelisque de Louxor sur la place de la Concorde, le 25 octobre 1836. François Dubois (1529 – 1584). RMN-Grand Palais

L’histoire contemporaine y aura toute sa place, avec l’évocation de la fête et du défilé du 14 juillet qui scande, chaque année, les valeurs de la République par-delà les vicissitudes de son histoire. L’histoire du défilé et de ses lieux, jusqu’à l’adoption des Champs-Élysées et de la Concorde permettront de retracer la genèse des symboles de la république et la pédagogie républicaine en France depuis la fin du XIXe siècle. On ne manquera pas d’évoquer également, vers le nord, la perspective de la Madeleine et son histoire, comme on développera, au sud, le vaste projet du raccordement des deux rives et le pont menant au Palais-Bourbon, lieu de mémoire s’il en est et lieu en acte de la république dont nous évoquerons ici les grands moments : de la proclamation de la IIIe république au 6 février 1934 et la menace ligueuse, là encore, la chronique sera riche. La perspective et la fonction des Champs-Élysées, de la promenade boisée et aristocratique jusqu’à l’Arc de triomphe et les parades militaires seront également l’occasion d’évoquer les constantes actions du pouvoir, plus que présent avec le palais de l’Élysée, sur ce lieu symbolique et stratégique.

Jean-François Dunyach, Maître de conférences en histoire, Sorbonne Université

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