08 JUIN 2018

Olivier Adam est professeur à l’Institut Jean Le Rond d’Alembert (Sorbonne Université/CNRS), dans l’équipe Lutheries-Acoustique-Musique (LAM). Spécialiste de la bioacoustique, il travaille sur les émissions sonores des cétacés, en vue d'étudier leurs comportements, leurs habitats, leurs déplacements.

Olivier Adam
Olivier Adam

Quelles sont les principales menaces qui pèsent actuellement sur les baleines ?  

Les 89 espèces de cétacés sont toutes sur la liste rouge de l’International Union for Conservation of Nature. Cette triste situation est la conséquence directe de la chasse industrielle massive pratiquée au 20e siècle. Aujourd’hui, malgré le moratoire international contre la chasse et la création et le développement de sanctuaires marins, certains pays continuent à tuer des baleines pour la consommation. À cela, il faut ajouter les impacts directs des activités humaines sur les océans.

Le réchauffement climatique n’est pas un vain mot pour les océans et la biodiversité marine. La pêcherie industrielle est dénoncée depuis des décennies, mais la surpêche continue encore, ruinant les écosystèmes. Malheureusement, cette liste de menaces n’en finit pas de s’allonger : trafic maritime en explosion, sonars militaires surpuissants, utilisations d’engins explosifs pour des prospections pétrolières et géophysiques sous-marines, développement d’installations d’énergie nouvelle offshore, marée noire, pollution chimique par les engrais, important cumul de matière plastique dans les océans, etc.

Quel est le rôle de la recherche dans ce contexte ?

La connaissance du milieu marin n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. Pourtant, il reste encore beaucoup à découvrir. Sur les cétacés, les scientifiques travaillent sur différents aspects pour mieux les comprendre, mieux décrire leurs interactions, leurs habitats. L’objectif final est que ces nouvelles connaissances contribuent aux politiques de conservation. 

À Sorbonne Université, au sein de l’Institut Jean Le Rond d’Alembert, on  étudie l’acoustique sous-marine active et passive. On s’intéresse aux paysages acoustiques sous-marins, avec l’objectif d’avoir une meilleure connaissance des écosystèmes et de mieux décrire les effets des activités humaines. Nous collectons des données dans tous les océans et développons de l’ingénierie et des logiciels de détection et de localisation automatique des cétacés à partir de leurs émissions sonores.

Sur quoi portent vos recherches actuelles en bioacoustique ? 

La recherche en bioacoustique est pluridisciplinaire : biologie, écologie, ingénierie, traitement du signal, informatique appliquée, génétique... Pour ma part, je travaille sur le traitement du signal et suis actuellement engagé sur plusieurs projets : 

  • la description du générateur vocal des grandes baleines. L’objectif est de décrire le système laryngé des baleines pour étudier comment elles créent des émissions sonores. On travaille sur des modèles mécaniques et des simulations informatiques pour modéliser la production acoustique.
  • l’étude des chants des baleines à bosse. La description des unités sonores composant les chants nécessite des approches modernes de traitement du signal et de reconnaissance des formes.
  • l’étude des interactions des mères et de leurs petits chez les baleines à bosse. Il s’agit d’étudier les relations privilégiées entre les femelles et leurs nouveau-nés, notamment pour décrire les différentes phases d’apprentissage.
  • l’étude des comportements des dauphins. Il y a une difficulté majeure pour l’observation des cétacés, notamment le fait de ne pas pouvoir identifier l’individu qui émet des sons. Nous avons développé un nouvel outil, basé sur une caméra sous-marine 360° associé à un réseau de 4 hydrophones. Ce dispositif nous permet de recenser les comportements des dauphins pour mieux appréhender leurs activités.

Comment identifiez-vous les baleines d’un point de vue acoustique ? 

Les cétacés émettent des sons pour toutes leurs activités et interactions sociales. Pour certaines espèces, on parle de dialectes régionaux, de clans acoustiques (sons partagés par un groupe). Chaque individu a une signature acoustique qui permet de le reconnaître à travers les sons qu’il émet. On identifie les espèces par les bandes fréquentielles et la forme des sons qui sont émis.

Extrait du chant d’une baleine à bosse mâle pendant la période de reproduction :

Comment vos recherches sur les chants des baleines peuvent-elles contribuer à mieux les préserver ?

Mieux connaitre les baleines, c’est mieux les protéger et protéger l’ensemble de l’écosystème. Les baleines sont des « espèces parapluie », cela veut dire qu’en protégeant les baleines, on protège l’écosystème et les océans d’une façon large. 

À voir, à lire :
 

Chant des baleines - Cetamada
© Cetamada