02 JUIL. 2018

Henri Boutin est maître de conférences à Sorbonne Université. Après avoir suivi le master Acoustique, Traitement du signal et Informatique Appliqués à la Musique, il a fait une thèse sur la création d’instruments de musique assistés par électronique, puis a travaillé comme chercheur à l’université de Sydney et au Musée de la musique (Cité de la Musique/ Philharmonie de Paris). Il continue aujourd’hui ses recherches dans l’équipe « systèmes et signaux sonores : audio/acoustique, instruments » à l’IRCAM* et explique l’intérêt de l’émergence de ce nouveau type d’instruments augmentés : les instruments « actifs ».

Henri Boutin
Henri Boutin © Sorbonne Université - Pierre Kitmacher

L’apparition de nouveaux sons dans la musique a longtemps été liée aux transformations subies par les instruments de musique.

Au cours du XXème siècle, l’arrivée de la musique électronique a permis l’émergence de nouvelles sonorités grâce aux synthétiseurs et aux ordinateurs.

« Si cela a libéré le potentiel quasi infini de production de sons, l’interaction entre le musicien et son instrument s’est appauvrie et l’expressivité musicale s’en est trouvée réduite. Notre objectif au sein du laboratoire a été de développer une alternative permettant de conserver la relation entre l’instrument et le geste du musicien, tout en incluant les potentialités de la synthèse sonore », explique Henri Boutin.

Cette alternative repose sur la création de nouveaux instruments de musique dits « actifs ». Ces instruments acoustiques sont contrôlés à l’aide de traitement du signal.

« Ce contrôle appelé « contrôle actif » modifie les caractéristiques des résonances de ces instruments et leur impose de vibrer à de nouvelles fréquences et de nouvelles amplitudes, choisies par l’interprète en temps réel », indique Henri Boutin.

Le principe de contrôle actif s’est développé au cours du XXème siècle pour la réduction de bruit, notamment pour les hélicoptères et les casques anti-bruit. Ce n’est que récemment que les chercheurs ont tenté de l’appliquer dans le champ de la musique. 

Cette innovation enrichit considérablement l’expressivité de l’interprétation musicale, permettant au musicien de produire de nouveaux sons, en préservant l’interaction gestuelle avec son instrument.

« Cette technique vise, par exemple, à modifier le timbre et par conséquent la jouablilité et la qualité sonore des instruments à vents, de créer de nouveaux effets ou d’atténuer plus efficacement le son sans perturber le jeu du musicien », précise Henri Boutin.

Si, grâce à la science et au contrôle actif, les chercheurs peuvent innover et se projeter dans le futur en matière de créativité musicale, ils peuvent aussi partir à la recherche des sons du passé et transformer un instrument actuel en instrument ancien. 

« Dans le laboratoire, nous travaillons avec des musicologues, des spécialistes de la science des matériaux, des acousticiens, des iconographes, des facteurs d’instruments et des compositeurs dans la perspective de redécouvrir des sons et des techniques de jeux oubliés. »

Après avoir travaillé sur le xylophone et le violon, Henri Boutin espère par la suite développer de nouveaux instruments à vent actifs, et retrouver les sonorités du passé tout en inventant les instruments de demain.


*IRCAM : Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique