26 AVRIL 2018

Présidente du bureau interface professeurs étudiants (BIPE) de la faculté de Médecine de Sorbonne Université, Donata Marra a été missionnée par les ministres de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et des Solidarités et de la Santé, pour réaliser un rapport sur la qualité de vie des étudiants en santé. Elle met en lumière l’urgence des mesures à prendre pour répondre aux difficultés de ces futurs soignants.

Donata Marra
Donata Marra - © Pierre Sivisay/Sorbonne Université

Les ministres vous ont demandé un rapport sur la qualité de vie des étudiants en santé que vous leur avez remis le 3 avril 2018. Sur quoi repose-t-il ?

Donata Marra : Plusieurs évènements graves ont eu lieu ces dernières années parmi les étudiants en santé et les jeunes médecins. Ils ont incité les représentants de ces derniers à faire des enquêtes qui ont contribué à souligner la nécessité d’agir rapidement contre ce mal-être.

Le rapport s’appuie à la fois sur ces enquêtes, sur les données internationales, sur les expériences et les retours des dispositifs de soutien aux étudiants ainsi que sur les auditions menées. Ces auditions ont concerné, sur le plan national et international, un grand nombre de personnes : des représentants des étudiants en santé, des membres des conférences de doyens, des professionnels de l‘enseignement en santé, mais aussi d’autres personnes ayant une expertise différente (en éthique en enseignement, en numérique dans l’éducation, en santé publique…).   

Quels sont les principaux facteurs de risque que vous avez pu identifier ?

D.M. : Ils sont nombreux et imbriqués les uns dans les autres. C’est ce que j’appelle, dans mon rapport, l’aspect systémique. Les causes sont multifactorielles : individuelles, sociétales, économiques, etc. L’étudiant est notamment en interaction avec deux milieux différents : le monde académique et le milieu du soin, avec leurs particularités et leurs problématiques.

Dans le cadre du soin, les étudiants en santé sont confrontés à la souffrance et à la mort de patients. Au sein de cet environnement professionnel, ils sont de moins en moins accompagnés pendant leurs stages en raison de la réduction du ratio encadrants/étudiants et des difficultés du système hospitalier.

Du point de vue académique, les études de médecine débutent et se terminent par une compétition, avec des programmes souvent surchargés. Le nombre d’étudiants a augmenté en première année et les cursus ne sont pas suffisamment personnalisés. Après l’examen national classant, la spécialisation des études peut amener un étudiant à choisir une spécialité alors qu’il n’a pas fait de stage dans cette spécialité.

Mais il y a bien d’autres facteurs, comme la recherche d’une meilleure rentabilité du système de soins ou la numérisation des études qui contribue à isoler les étudiants quand elle n’est pas étayée par un accompagnement pédagogique.

Quelles mesures préconisez-vous pour faire face à ces différents facteurs de risque ?

D.M. : Plusieurs recommandations, certaines structurelles, d’autres d’accompagnement, ont servi de base à l’élaboration des 15 mesures décidées par les ministres. Elles sont consultables dans le dossier de presse. Citons, entre autres, la création d’un centre national d’appui, la formation des responsables d’enseignement, la prévention des risques psychosociaux par les compétences transdisciplinaires, l’extension des structures de soutien pour les étudiants.

Vous avez mis en place le BIPE au sein de la faculté de Médecine de Sorbonne Université. Comment est né ce projet ?

D.M. : J’ai travaillé, lors de mon internat au Québec, sur le décrochage des adolescents et des jeunes adultes. En 2005, le vice-doyen aux études en médecine, Jean-Jacques Rouby, qui connaissait mon expérience sur le sujet, m’a demandé ce que je pouvais proposer pour les étudiants en difficulté de notre faculté.

C’est ainsi qu’est né le projet du BIPE : un dispositif de soutien et d’accompagnement qui s’adresse à l’ensemble des étudiants et non aux seuls étudiants en difficulté. Le BIPE a ouvert en 2006 sur décision du doyen Serge Uzan et le doyen Bruno Riou a étendu son accès à l’ensemble des étudiants de la faculté en 2016.

Cette structure a été jugée exemplaire par les associations étudiantes. En quoi est-elle un modèle à suivre ?

D.M. : A travers cette structure ouverte à tous les étudiants de la faculté, nous avons développé ce que j’appelle, dans le rapport, l’empowerment : nous faisons de la prévention, en apportant aux étudiants des compétences transdisciplinaires, incluant notamment la prévention des risques psychosociaux.

Nous offrons aux étudiants des conseils, une aide à l’orientation et des interventions personnalisées dans le cadre d’une stricte confidentialité. Cette confidentialité est essentielle car les étudiants en santé ont souvent peur de demander de l’aide par crainte que leurs difficultés ne mettent un frein à leurs études.

L’ensemble des représentants étudiants a demandé à avoir accès à une structure qui, tout en tenant compte des particularités locales, proposerait, comme le BIPE, des entretiens d’orientation, des formations pour « apprendre à apprendre », des ateliers d’aide à la gestion du stress et des conférences d’aide à la motivation.